À entendre les chroniqueurs de la médiacratie fédéralistes, il n’y aurait que des perdants dans cette élection. Or s’il y a un constat qui ressort clairement c’est bien le triomphe de la nation québécoise. Celle que les libéraux de Trudeau ont tenté de noyer dans le multiculturalisme canadien depuis 40 ans. C’est celle là qui refait surface pour leur faire payer le prix de leur méprise. Et qui réduit les conservateurs à un gouvernement minoritaire.
Voilà donc ce grand parti Libéral, celui de la gouvernance naturelle, ramené au Québec au statut de tiers parti, réduit à fantasmer sur un éventuel retour au pouvoir par cette même nation dont il nie l’existence. Certains diront que c’est la faute au Chef. Mais qui l’a appuyé, et pour quelles raisons ? Le choix de Dion à la chefferie découle de la même logique négationniste vis-à-vis la nation québécoise. Il fut élu pour barrer la route à un Ignatieff, qui avait osé évoquer le concept de nation québécoise. Sa reconnaissance, sur le tard, de cette nation réduite à un concept sociologique, et cette dérisoire déclaration, « je suis aussi nationaliste que M Duceppe » ne suffiront pas à sauver M Dion de la chute. Exit Dion.
Les libéraux auront-ils enfin compris la leçon ? Combien de temps se cogneront-ils le nez sur la réalité géopolitique qu’est l’état-nation du Québec avant de la reconnaître ? En attendant, c’est cette même nation qui prend une douce revanche sur Trudeau et ses héritiers.
Ce que les libéraux n’ont jamais compris, M. Harper a cru le comprendre. Son flirt avec la nation québécoise lui a ouvert la porte du pouvoir minoritaire. Et, en fin finaud, il a pensé qu’une reconnaissance de la nation, réduite à une dimension ethnique, en l’enfermant dans un Canada uni, suffirait à lui assurer le pouvoir majoritaire. Ignorant ce qu’est la nation québécoise, la croyant sans substance, ses stratèges conservateurs ont fait l’erreur d’une coupure dans la culture : « L’âme et l’identité » de la nation. On ne pince pas ce nerf sensible sans une réplique. Un crochet de « gauche » du milieu artistique aura suffi pour envoyer les conservateurs au plancher. Mettant K.O leurs espoirs d’une majorité : Phoque Harper !
Si au Québec, ni les libéraux, ni les conservateurs, ont ce qu’il faut pour justifier un appui des plumes à gages de Gesca, c’est dire la domination du Bloc. Mais, bien entendu, cette conclusion que seul le Bloc a assuré la victoire de la nation québécoise dans cette élection ne peut venir d’idéologues du fédéralisme se questionnant sur sa pertinence. Eux aussi, refusent de voir que leurs narrations de la planète Canada se butte sur la réalité de la nation québécoise. C’est pourquoi ils boudent sa victoire.
Je sais, le Bloc n’a pas la capacité de nous donner la souveraineté à partir d’Ottawa. Son rôle, c’est d’être PRÉSENT pour la nation du Québec, en position de force, dans un parlement qui se fait à l’idée d’un gouvernement en perpétuelle minorité. Avec un Gilles Duceppe en pleine possession de ses moyens, ce positionnement augure bien pour la suite des choses.
Le contexte n’a jamais été aussi favorable à notre cause. Les tensions géopolitiques internes de la fédération canadienne iront en s’amplifiant : les intérêts économiques divergents entre l’Ouest et l’Est ne feront que grandir. Et les intérêts des provinces primeront sur toutes autres considérations, même sur l’unité du pays. Nous sommes dans un nouveau paradigme, il y a des fissures dans le mur du ROC, et elles deviendront des brèches. À suivre....
Pour le moment, apprécions la victoire de cette nation sur laquelle, libéraux, conservateurs, et médiacratie se butent le nez.
