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La victoire de l’immobilisme
Bernard Descôteaux
Éditorial - Le Devoir
vendredi 20 juin 2008


Un temps, la droite faisait activement campagne au Québec pour moins de gouvernement. Si ce discours s’est atténué, c’est néanmoins ce que les Québécois obtiennent de la part du gouvernement Charest depuis un an. Et apparemment, ils aiment cela, et ils sont disposés à en récompenser le Parti libéral.

Les députés de l’Assemblée nationale ont quitté Québec hier pour ce qu’en d’autres circonstances on qualifierait de vacances méritées. Cette fois, on ne peut leur donner un A pour la constance de l’effort. Rarement auront-ils siégé et débattu si peu. Le coupable serait, prétend l’opposition, le gouvernement, qui souffre de paresse.

Si paresse il y a, il s’agit de la part des libéraux d’un choix délibéré. D’entrée de jeu, le premier ministre Charest avait indiqué au lendemain des dernières élections qu’étant minoritaire, son gouvernement devrait faire moins. Son discours inaugural de la session ne contenait que cinq grandes priorités, vite complétées, et un nombre limité d’interventions législatives.

On pourrait penser que les libéraux ont les mains liées par l’opposition qui, majoritaire, contrôlerait l’ordre du jour parlementaire. À certains égards, cela est vrai, mais le gouvernement, même minoritaire, garde le pouvoir de déposer des projets de loi. Il aurait pu chercher l’appui alternativement de l’un ou l’autre des deux partis d’opposition, mais visiblement il a perdu tout goût pour l’activisme parlementaire qui a caractérisé son premier mandat. Résultat : peu nombreuses, les lois adoptées ont porté le plus souvent sur des sujets faisant consensus, par exemple celle introduisant dans la Charte des droits et libertés l’égalité hommes-femmes comme clause interprétative.

À défaut d’avoir la liberté parlementaire d’un gouvernement majoritaire, le premier ministre s’est concentré sur la gestion. Mais là aussi, il a choisi des sujets rassembleurs susceptibles de lui rallier l’opinion publique. Qui, en effet, pourrait lui reprocher de s’occuper de changements climatiques, de protection de l’eau douce, de sécurité routière ou de réfection des infrastructures ? Rassembler ses concitoyens autour de sa personne est aussi ce qui a inspiré cet hommage rendu hier aux cinq anciens premiers ministres toujours vivants.

Cette attitude correspond bien à l’air du temps, qui n’est pas à la mobilisation. La réaction des électeurs est bonne. Le dernier sondage Le Devoir-Léger Marketing de cette semaine met les libéraux sur le chemin d’une majorité pour peu que se poursuive la remontée amorcée en novembre dernier. Avec maintenant 42 % des intentions de vote, ils distancent largement adéquistes (14 %) et péquistes (32 %). L’écart chez les électeurs francophones avec ceux-ci est maintenant presque nul. On peut parler d’une tendance forte qui se poursuivra si péquistes et adéquistes ne réagissent pas.

Leur succès, les libéraux le doivent aussi aux deux partis d’opposition, qui ont souvent été erratiques et désordonnés. Rarement ont-ils uni leurs efforts. Il y avait pourtant matière à attaquer le gouvernement. Il y a des crises qui perdurent, comme celles des urgences et des listes d’attente en santé. Malgré leurs efforts, ils n’ont pas su créer un début de désaveu des politiques libérales dans ce domaine. De la part de l’ADQ, il y a eu davantage d’esbroufe que d’action. Rapidement, les Québécois ont vu dans le PQ une opposition plus aguerrie et lui ont redonné le titre de premier parti d’opposition, ce qui n’en fait pas à l’heure actuelle une réelle menace pour le gouvernement. La chef péquiste, Pauline Marois, comme la députation, n’arrive pas à trouver ses repères.

Des odeurs d’élections flotteront inévitablement dans l’air cet été. Le gouvernement pourrait être tenté d’aller aux urnes pour obtenir une majorité qui semble à portée de main. Mais il est loin d’être acquis que les électeurs le souhaitent alors qu’aucun enjeu ne l’exige et que le gouvernement fonctionne à la satisfaction générale.

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