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Le débat autour de la présence du Canada en Afghanistan est devenue un formidable révélateur de la confusion intellectuelle et morale dans laquelle baigne notre société.
Nous ne serions pas humains si nous n’étions pas profondément émus de voir nos valeureux soldats revenir dans des cercueils. Mais il est trop facile et parfaitement lâche de ne commencer à s’opposer à cette opération militaire que parce qu’elle se complique ou que cela devient politiquement payant.
L’heure de vérité approche pour toutes les familles politiques. Stephen Harper pourrait perdre le pouvoir sur cette seule question. Les libéraux fédéraux sont profondément divisés. Jack Layton, l’oeil sur les sondages, se drape dans la fausse vertu pour dissimuler son minable opportunisme. Pour les souverainistes, voici un vrai test de maturité politique : gouverner un pays au lieu d’une province, c’est parfois décider, à l’encontre de l’opinion publique, d’envoyer des hommes à la mort. C’est plus exigeant moralement que de gérer des sentiers de motoneige.
Stephen Harper n’a pas suffisamment préparé la population à ce qui s’en venait. Distraits, les Canadiens ont tenu pour acquis qu’il s’agissait d’une autre de ces gentilles missions de paix qui flattent la vanité canadienne à peu de frais. Mais à l’ère du terrorisme sophistiqué et du fanatisme religieux, il n’y a plus de promenades de santé pour une armée en sol étranger. Il reste que si les justifications initiales de la participation du Canada étaient bonnes, les difficultés d’aujourd’hui ne les rendent pas moins bonnes.
Les bonnes âmes
Cette logique ne convainc évidemment pas ceux pour qui tout recours à la force est toujours, par définition, condamnable. Ce même point de vue faisait dire à des gens, dans les années trente, qu’il fallait chercher à contrer Hitler par des moyens diplomatiques. L’histoire enseigne pourtant à distinguer entre les guerres justes et les guerres injustes. De nos jours, les premières sont celles qui ont été avalisées par les organisations multilatérales et qui sont conformes au droit international, ce qui est le cas de l’intervention en Afghanistan.
On ne comprend pas suffisamment que la guerre en Afghanistan et la guerre en Irak sont deux affaires distinctes. On peut parfaitement être pour l’intervention des forces de l’OTAN en Afghanistan et contre celle des États-Unis en Irak. Que George Bush y voie une croisade commune ne change rien au fait que l’opération en Afghanistan vise à détruire les camps d’entraînement du terrorisme islamiste, qu’elle s’appuie sur une résolution de l’ONU et que plus de vingt pays y participent, dont des pays qui ne sont d’aucune manière des marionnettes des États-Unis.
Il est évidemment inutile de demander à des gens pour qui la seule bonne politique est celle qui, en toute circonstance, prend le contre-pied de celle des États-Unis de faire ces élémentaires distinctions. On pourra cependant demander à ces belles âmes comment elles peuvent, chez nous, défendre l’égalité des sexes et la laïcité, et envisager avec placidité le retour au pouvoir des talibans. Est-ce que nos nobles principes ne valent que pour nous, mais pas pour les jeunes femmes afghanes qui ne veulent pas vivre sous le joug d’un régime médiéval ? Après les arrestations de Toronto et ce qui se passe dans certaines mosquées de Montréal, nous ne pouvons pas non plus dire que cette guerre ne nous concerne pas.
Tout serait tellement plus confortable, n’est-ce pas, s’il pouvait y avoir une position mitoyenne. Mais on ne la voit pas : on reste et on s’accroche, ou on part, et on laisse les talibans ramener ce pays quelques siècles en arrière et confortablement préparer la prochaine ronde d’attentats terroristes en Occident. Partir maintenant, ce serait aussi dire à toutes ces familles de soldats décédés, qui ne demandent pas le retrait des troupes, que leurs bien-aimés sont vraiment morts pour rien.

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