Après le sommet de Copenhague

La souveraineté peut-elle encore incarner le changement ?

lundi 21 décembre 2009

Le sommet réunissant les chefs d’État et de gouvernement à Copenhague fut sans doute vu, chez les souverainistes, comme une excellente occasion de dénoncer l’insuffisance des pouvoirs d’un État fédéré par rapport à l’État central. Noyé dans l’ensemble hétéroclite de la fédération, le Québec serait mieux servi s’il avait à sa disposition tous les instruments d’un État indépendant. Par ailleurs, la présence de plusieurs provinces canadiennes à Copenhague illustre fort bien la difficulté pour un État fédéral de parler d’une seule voix dans le domaine de l’environnement, une compétence partagée entre les deux paliers de gouvernement.

Au-delà de la dialectique canadienne et québécoise, le sommet de Copenhague a révélé la difficulté pour les souverainistes de saisir l’importante transformation des positionnements idéologiques provoquée par les enjeux environnementaux. En ce sens, le Parti québécois, s’il désire véritablement retrouver son dynamisme, aurait peut-être avantage à reconsidérer certains dogmes qui le guident depuis plus de quarante ans.

Parti de cadres et parti idéologique

Au Québec, ce qui distingue les deux grands partis dominants repose sur la structure même des partis politiques. Le Parti libéral est le modèle de ce que l’on pourrait décrire comme un « parti de cadres » dans lequel les instances du parti sont fortement hiérarchisées au détriment des militants qui, en fin d’analyse, ont peu d’influence sur les orientations partisanes.

À l’inverse, le PQ est plutôt un parti idéologique dont le principal objectif est de promouvoir l’indépendance du Québec. Ce type de parti politique peut être mobilisateur et source d’un grand dynamisme, comme ce fut d’ailleurs le cas dans les années 1970. Toutefois, un parti politique tel que le PQ est largement tributaire de la cause qu’il défend et des militants qui l’animent. En somme, sans une forte mobilisation derrière une cause, ce genre de parti est appelé à stagner, voire péricliter.

Aujourd’hui, les possibilités pour le PQ de remporter les élections reposent davantage sur l’usure du pouvoir, qui provoque presque invariablement une alternance à la tête de l’État, que sur un projet mobilisateur et dynamique. Les sondages d’opinion montrent d’ailleurs clairement qu’en dehors d’une crise du fédéralisme, la souveraineté ne recueille guère plus de 30 % d’opinion favorable. Dans ce contexte, le Parti québécois, s’il veut retrouver sa vigueur, doit chercher à redevenir le parti d’une cause, et peut-être que les préoccupations environnementales pourraient lui fournir cette occasion unique de renouveler en profondeur sa plate-forme électorale.

L’environnement, la cause du XXIe siècle

Ce qu’illustre clairement le sommet de Copenhague c’est que, sur plusieurs enjeux, les fractures idéologiques d’hier tiennent difficilement la route. Devant la menace des changements climatiques et les problématiques environnementales, les clivages historiques doivent peut-être passer au second plan. L’effort que doivent fournir les pays pour résoudre les défis de demain dépasse largement le clivage nord-sud, l’antagonisme gauche-droite et, au Québec, la division traditionnelle entre les fédéralistes et les souverainistes. Cela ne veut pas dire pour autant que ces différents clivages disparaîtront, mais simplement qu’ils seront des enjeux périphériques à d’autres problématiques plus globalisantes comme l’environnement et la mondialisation économique.

L’environnement se pose donc comme un enjeu planétaire dont la portée universaliste dépasse les frontières. En ces circonstances, la souveraineté du Québec, même si elle demeure un projet stimulant, reste une problématique essentiellement locale et difficilement compatible avec la réalité du XXIe siècle.

Incarner le changement

Pour réussir à incarner à nouveau le changement et redevenir le parti d’une cause susceptible de mobiliser un électorat varié et créatif, le Parti québécois devrait peut-être entrer dans l’ère du temps et abandonner les recettes d’une époque révolue. Pour ce faire, le Parti aurait avantage à cesser de lier son projet de société uniquement à l’indépendance politique du Québec. Cela ne veut pas dire qu’il doit nécessairement abandonner son projet d’indépendance, mais simplement que la souveraineté doit être un enjeu parmi d’autres.

Autrement dit, l’environnement a une dimension planétaire qui modifie l’ordre hiérarchique des moteurs du changement. Traditionnellement, on le sait, les souverainistes avaient tendance à lier tous les enjeux à l’indépendance du Québec. Impossible dans cette perspective de changer le Québec sans l’avènement d’un chimérique Grand Soir, où en l’espace d’un instant les problèmes du Québec se trouveraient résolus, comme par enchantement.

Ce qu’il faut peut-être faire, sans abandonner pour autant la souveraineté, c’est inverser cette logique aujourd’hui improductive. Il ne faut donc plus que l’environnement soit lié à la souveraineté, mais plutôt voir la souveraineté comme un élément, avec d’autres, qui permette à l’environnement d’être le moteur du changement social. Cela implique bien sûr une transformation en profondeur de l’argumentaire souverainiste et de sa plate-forme électorale. Penser qu’un virage aussi radical est possible est sans doute un peu illusoire, mais la question nationale peut-elle nous déchirer encore bien longtemps au moment où la planète se meurt ?

Être dans l’opposition comporte nombre d’inconvénients, mais laisse aussi le temps de procéder à de grandes métamorphoses. Les bouleversements à venir sauront-t-ils interpeller le Parti québécois et, peut-être, lui permettre de redevenir ce qu’il était ?

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Antonin-Xavier Fournier - Professeur de science politique au Cégep de Sherbrooke


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