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La souveraineté : aussi la franchise
Laurent Jodoin
Le Devoir
mardi 11 juillet 2006


Libre-Opinion : Dans une lettre publiée le 1er juillet dans Le Devoir, M. Stéphane Dion affirme que le Canada est un pays exceptionnel. Certes. Mais il n’apporte aucun argument solide contre la légitimité d’un Québec souverain.

En effet, les raisons soulevées pour décrire le Canada en termes élogieux s’appliquent la plupart du temps proprement au Québec. Que ce soit son pacifisme, plus marqué au Québec que dans le reste du Canada (a-t-on besoin de rappeler où logent M. Stephen Harper et l’Ouest à ce sujet ?) ; son ouverture, qui fait de la tolérance une acceptation de l’autre plutôt qu’une propension à l’uniformisation (et l’on constate que le multiculturalisme débridé favorise une ghettoïsation au lieu d’une réelle intégration) ; son écologisme, qui détonne de plus en plus dans cette fédération (et malgré le fait que, sans le Québec, le Canada serait le plus grand pollueur per capita au monde, M. Dion refusait de reconnaître ses réalisations).

Le député de Saint-Laurent-Cartierville ne voit pas non plus que « l’assimilation linguistique et la perte d’autonomie provinciale » qui ont été évitées sont circonstancielles dans une position d’aliénation, et que le fait qu’elles ne se sont pas produites résultent davantage de l’effort de souverainistes et non pas d’un gouvernement fédéral qui se définit bien souvent en opposition aux provinces. Et cette opposition, M. Dion la connaît. Lui qui se vautre dans la « franchise », lui père d’une loi qui autorise le gouvernement fédéral à décider de la clarté d’une question référendaire et du pourcentage nécessaire à l’octroi de la victoire d’un peuple par rapport à son autodétermination. Voilà qui est franc : c’est le fédéral qui décide.

Imaginons maintenant ceci. Poussé par la prospérité albertaine et les politiques de M. Harper, l’Ouest se colle plus qu’il ne le fait déjà aux valeurs états-uniennes. Il décide alors, avec l’aval des États-Unis et du premier ministre canadien, de se joindre à eux et d’amener le Canada avec lui. Ne serait-ce pas une belle occasion d’éliminer cette chose « grave » en démocratie qu’est « une frontière internationale qui [transforme] des concitoyens en étrangers » ? Étrange rappel de l’Acte d’union (qui, soit dit en passant, disparaîtra probablement des cours d’histoire). Il n’y a pas plus de raisons pour le Canada de ne pas se joindre aux États-Unis qu’il y a de raisons pour le Québec de se séparer du Canada. Les fédéralistes l’ont compris puisqu’ils ont voulu — et veulent encore — « construire » une différence : c’est le nation building.

Le dysfonctionnement de la fiscalité fédérale est aussi un argument en faveur de la souveraineté du Québec. Que ce soit une dette ou un surplus, un déséquilibre subsiste. D’une part, les revenus fédéraux « augmentés », qui devaient être temporaires en temps de guerre, se sont maintenus, alors que les besoins sont dans les provinces. Rien ne justifie un tel pécule fédéral à moins qu’il y ait une identité à « construire » ; ou encore, si l’on désire se prévaloir d’une gigantesque armée ou d’un système postal démesuré. D’autre part, les divergences d’opinions quant à son utilisation reposent justement sur les raisons (plus fondamentales) de faire un pays. C’est pourquoi l’argument économique est important mais insuffisant. C’est pourquoi le pays du Québec ne se fera pas par une négation (du Canada) mais par une affirmation (de son identité).

J’invite donc M. Dion à revoir la « franchise » de ses arguments. Mais, s’il reste sur ses positions, j’espère qu’il respectera, ou plutôt tolérera ma différence. Je serais même prêt à lui expliquer en anglais... si je lui rends visite à Ottawa.

Laurent Jodoin
Ingénieur junior et étudiant à la maîtrise en philosophie, Université Laval

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