« Canada is not a bilingual country. In fact it is less bilingual today than it has ever been. » Stephen Harper
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La santé, un intouchable ?

Le gouvernement Charest devrait réformer le réseau avant de sabrer dans les autres ministères

Tribune libre de Vigile
mercredi 11 mars 2009
321 visites 2 messages

Texte également publié
dans la section Forum-Opinion de La presse aujourd’hui en page A23

***

En ces temps de turbulence économique, le gouvernement du Québec entre
dans une période d’austérité budgétaire, période qui rappellera sans doute
le lointain souvenir des compressions liées à l’atteinte du déficit zéro au
milieu des années 1990.

À quelques semaines du dépôt du budget, on ne sait pas encore quelle sera
l’ampleur du déficit pour l’année en cours et les années subséquentes, mais
à voir la détérioration rapide des finances publiques du gouvernement
fédéral et des autres provinces canadiennes, il ne faut pas être devin pour
imaginer ce qui se profile à l’horizon : compression, rationalisation, gel
des dépenses, etc. Bref, outre les programmes de stimulation économique
reliés aux infrastructures ou encore aux baisses d’impôt, les différents
ministères risquent de voir leur budget amputé.

Toutefois et malgré la crise des finances publiques, le gouvernement
libéral a manifesté son intention de maintenir certains services jugés
prioritaires. C’est le cas du ministère de la santé, qui accapare à lui
seul plus de 40% de l’ensemble des dépenses gouvernementales de la
province. À terme, les compressions ou le gel des dépenses des autres
missions de l’État combinés à une augmentation — même modérée — des
dépenses en santé auront pour résultat d’accroître le déséquilibre déjà
existant entre les dépenses en santé et les dépenses liées aux autres
missions de l’État. On peut penser ici à l’éducation, au transport, à la
culture, à l’environnement, aux affaires municipales, à la solidarité
sociale, à la famille, tous des domaines pourtant essentiels au
développement de la société québécoise.

Pourquoi donc la santé occupe-t-elle une place sans cesse croissante en
rapport avec les autres missions de l’État et quelles sont les conséquences
de ce choix de société ? Ces questions, avouons-le, méritent réflexion.

Depuis l’universalisation des soins de santé dans les années 1970, la
société québécoise a subi de profondes mutations. Nous n’avons qu’à penser
au vieillissement de la population, à la chute du taux de natalité, à
l’augmentation rapide des coûts des médicaments et aux nombreuses
découvertes technologiques. Le système de santé, lui, s’est mal adapté aux
nouvelles réalités et les Québécois semblent être restés figés à cette
conception d’un système qui doit répondre instantanément à leur besoin.
Est-il réaliste, par exemple, de s’attendre à ce qu’un patient reçoive des
services d’urgence dans les mêmes délais en région éloignée que dans un
grand centre ?

Pire encore, la santé est maintenant un mythe, un tabou et la population
québécoise est réfractaire à tout débat abordant une remise en question,
même partielle, du système actuel. Pensons au fameux ticket modérateur,
dont la simple évocation fait frémir les politiciens trop souvent rivés sur
les sondages d’opinion.

Pourtant, depuis plus de vingt ans, plusieurs rapports et commissions se
sont penchés sur les manières de réformer le réseau de la santé. Le rapport
Rochon, la Commission Clair et encore récemment la Commission Castonguay
ont tenté de répondre à cette question délicate. Certaines solutions sont
donc connues et il ne manque qu’une véritable volonté politique pour
appliquer les nombreuses recommandations suggérées.

En ce sens, peut-être que Mario Dumont, malgré ses formules parfois
malhabiles, arrivait à mettre en lumière des débats que n’osent pas
affronter les partis traditionnels, attachés à une conception du réseau de
la santé qui ne correspond plus aux nouvelles réalités. Le résultat est
cependant douloureux pour la société, car en refusant de mettre en
application les nombreuses suggestions des experts, le gouvernement accepte
implicitement de restreindre sa marge de manœuvre au point de n’avoir que
pour principale mission la santé.

Est-ce donc normal, en cette période de crise économique, d’avoir un
gouvernement qui semble vouloir tenir tête aux cégeps et universités, aux
écologistes, aux syndicats mais qui, en même temps, veut sans cesse
réinvestir en santé sans pour autant réformer véritablement le réseau ?

Il serait cependant malhonnête de penser que le gouvernement est le seul
responsable de cette situation. Il est primordial que chaque citoyen prenne
conscience des grands privilèges collectifs que nous avons décidé de nous
octroyer ; l’accessibilité, l’intégralité, l’universalité, la
transférabilité et la gestion publique du réseau, grands principes de la
loi canadienne sur la santé, sont maintenant considérés comme acquis.

Pour que les prochaines générations puissent à leur tour maintenir ces
idéaux, il est nécessaire que nous fassions preuve d’ouverture devant les
modifications que subira inévitablement notre système de santé.

Chaque citoyen doit se sentir personnellement interpellé par les choix
difficiles mais nécessaires que nous devrons faire tôt ou tard. Bref, ce
n’est qu’avec une implication collective responsable que nous parviendrons
à éviter les écueils des prochaines décennies sans trop de dommages…
Espérons que nous saurons le comprendre !

Antonin-Xavier Fournier, professeur de science politique au cégep de
Sherbrooke

Marie-Claude Roy, médecin spécialiste

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Commentaires

  • MichelG, 3 avril 2009 11h19

    Charest vient justement de passer sa loi pour vider le Québec de ses médecin au profit de l’Ontario. Déjà nous formons bêtement des médecins anglophones

  • Jean-François-le-Québécois, 13 mars 2009 00h44

    Disons que notre système de santé, et son mode de financement, ont les défauts de leurs qualités...

    Je crois que s’il devait y avoir une réforme importante du système de santé québécois, elle devrait s’accompagner (et rapidement !) d’une certaine réforme fiscale. Pourquoi ? Parce que si certains, ou plusieurs services médicaux, devaient être désassurés pour toute la population, ou sinon pour une partie de notre population québécoise, je crois que relativement peu d’entre nous, seraient capables d’assumer des grands frais médicaux ou de bien dispendieuses primes d’assurance santé privée, tout en étant des citoyens autant imposés sur leurs revenus que nous le sommes là.

    Permettez-moi cependant d’ajouter, que peu importe la direction dans laquelle notre système de santé devra évoluer, je n’ai absolument aucune espèce de confiance en l’équipe de Jean Charest, pour accomplir, de manière un tant soit peu compétente, efficace ou équitable, un tel travail !

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