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La révolution tarifaire
Mais l’avenir du modèle québécois en dépend.
André Pratte
Éditorial - La Presse
lundi 28 septembre 2009


À la fin du conseil général du Parti libéral du Québec, le président de la commission jeunesse, Julien Gagnon, est monté sur scène au son de Revolution, des Beatles. C’est bien à une révolution que les militants libéraux convient les Québécois. Un changement douloureux, mais nécessaire : la révolution tarifaire.

Poursuivant la démarche amorcée par le rapport Montmarquette, les libéraux ont demandé au gouvernement de présenter une loi-cadre sur la tarification. En vertu de cette loi, les tarifs des services publics ne seraient plus fixés arbitrairement, mais en fonction d’un pourcentage déterminé des coûts. Par conséquent, les tarifs seraient indexés (fini les gels !). Les libéraux ont aussi voté en faveur de l’instauration d’un système de péages dans la région de Montréal.

Si le gouvernement met de l’avant une telle politique, beaucoup de contribuables se rebifferont, l’accusant de leur imposer des impôts déguisés. Or, tarifs et impôts sont foncièrement différents. En plus de servir à financer les services publics, les tarifs font porter la responsabilité principale de ce financement aux utilisateurs des services en question : l’entretien des routes aux automobilistes, celui des parcs aux campeurs. De plus, les tarifs influent les comportements des usagers : si l’électricité coûte plus cher, on en gaspillera moins.

Au Québec, on a toujours financé les services publics davantage par l’impôt sur le revenu que par les tarifs. Or, comme nous avons aussi choisi de s’offrir des services publics plus généreux que les autres États du continent, les revenus tendent à être lourdement imposés... ce qui a pour effet de décourager le travail. C’est cela qu’il faut changer si nous voulons continuer à bénéficier des mêmes services tout en nous assurant que le gouvernement revienne à l’équilibre budgétaire et que notre économie prospère.

Le passage à une tarification étendue doit se faire de façon cohérente. Or, c’est mal parti. Le gouvernement Charest tient mordicus à maintenir à 7$ par jour le prix des garderies. Pourquoi les CPE échapperaient-ils à la logique de la tarification ? S’il y a une brèche là, il sera difficile d’éviter d’autres exceptions.

Hier, le premier ministre a été d’une prudence extrême dans ses propos. Il a insisté sur la nécessité de consulter les Québécois et a refusé de se prononcer sur l’une ou l’autre des propositions adoptées par ses militants. Est-ce déjà l’amorce d’une retraite ? Espérons que non. En ce début de troisième mandat, M. Charest a l’occasion de faire prendre au Québec un virage historique en matière de financement des services publics et de mettre ainsi un terme à la culture malsaine de la gratuité. Certes, le combat sera rude et politiquement coûteux. Mais l’avenir du modèle québécois en dépend.




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