Comme plusieurs d’entre vous le savez, j’ai participé dimanche dernier à la Grande marche pour l’indépendance de Gatineau. Là comme dans la plupart des autres villes où elle a été tenue, cette marche s’est avérée un succès remarquable. À Montréal seulement, 3 000 personnes y ont participé. À Québec et Gatineau, pour de mentionner que ces deux villes parmi la dizaine où des marches se sont tenues, plusieurs centaines de personnes ont défilé.
*Je voulais donc par la présente féliciter chaleureusement la militante obstinée qui est derrière ce succès, et j’ai nommé : Julie-Blanche Graveline. *Ce succès est d’autant plus remarquable qu’elle a dû foncer contre les vents et les marées qui lui ont fait obstacle dans son propre camp : elle a réussi à garder le cap et le moral du début à la fin.
Dans tous les milieux où je fraie j’ai entendu des gens dénigrer cette marche. La moitié les discréditaient en disant que les organisateurs étaient peu connus et non affiliés et qu’ils n’avaient aucune chance de réussir. L’autre moitié des détracteurs affirmaient qu’il ne fallait surtout pas faire de marche afin de ne pas mettre en évidence la faiblesse du mouvement souverainiste, de peur QU’IL N’Y AIT PAS ASSEZ DE MONDE et que la radio poubelle rie de nous. (vous avez bien lu : à Québec, c’est désormais la radio poubelle qui décide de ce que font les souverainistes).
Le raisonnement fallacieux derrière un tel ratatinement de nos ambitions est le suivant : si quelqu’un lance une initiative qui RISQUE de ne pas obtenir le succès escompté, on la condamne. Les souverainistes ont tellement intériorisé la peur de l’échec qu’ils n’avancent désormais que s’ils ont la garantie à 100 % qu’il n’y a aucun obstacle à l’horizon. Et quand il n’y aucun obstacle, ils en fabulent de faux.
Je vais parler plus concrètement : d’abord, cette marche n’a pas reçu l’appui officiel du PQ. (J’ai vu Bernard Landry et Pierre Curzy à Montréal, mais où était la chef ?) À Gatineau, le député bloquiste Richard Nadeau a pris la parole dans un discours enflammé remarquable, mais où était son chef ? Le RRQ n’est pas mieux : il a appuyé timidement et in extremis la démarche comme si c’était une patate chaude... Pathétique... Le Conseil de la souveraineté a suggéré quant à lui à ses membres de l’appuyer de façon individuelle, mais n’a jamais cautionné la chose de façon collective.
Non mais, c’est quoi le problème ? Les souverainistes sont des jaloux, des envieux ? Si leurs porte-parole officiels ne contrôlent pas tout, dans les moindres détails, ils se cachent, se terrent comme des marmottes ? Ou pire : leurs causes personnelles les intéressent plus que la cause nationale ?
Quarante ans après La fatigue culturelle du Canada français, un Hubert Aquin de 2009 devrait écrire un pamphlet intitulé : La peur congénitale de l’échec des Québécois modernes. Dorénavant, ce n’est plus Ottawa ni le Canada anglais qui a besoin de nous faire perdre, nous nous faisons perdre tout seuls, comme des grands.
Cela dit, cette attitude m’a convaincu que nous devrions appuyer sans réserves des initiatives comme celle de l’artiste Luc Archambault, qui a suggéré une marche le 23 juin qui viserait à réclamer la rétrocessions des terrains fédéraux en face du parlement et des parcs fédéraux comme les plaines ou la parc des Braves. Elle partirait du pont de Québec à 16h jusqu’aux plaines et les participants se fondraient dans la foule du spectacle de soirée. Mais on l’accuse déjà de vouloir politiser une fête qu’on voudrait apolitique... Comme si la fête du 1er juillet n’était pas, elle, éminemment politique ! Y’en a marre d’être les seuls à respecter les règles, tous candides et gentils, quand l’adversaire commandite, triche, manipule, subventionne ceux qui pensent comme lui, etc... Y’en a marre de ne PAS agir pour ça change...
Le 23 juin, j’irai marcher avec les quelques fous qui croient encore que l’unité des indépendantistes est encore possible. J’espère que je ne serai pas le seul. À un moment donné, il faut bien qu’un mouvement s’enclenche, quelque part.
*(voir Proposition*
**Rapatrier le * http://www.jesignequebec.com/detail-proposition.php?id=6
****250^e *
La marche de Vigile du 24 juin 2009* http://www.jesignequebec.com/detail-proposition.php?id=6 *et sa* **Pétition *connexe* Rapatrier les Plaines
Enfin, je vous invite à lire la lettre ci-bas d’Andrée Ferretti, cofondatrice du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale avec Pierre Bourgault en 1963, parue aujourd’hui dans le Devoir (27 mai). Elle a vu juste.
Jean-François Vallée
Le 27 mai 2009
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*Lettres - Sans rire et sans honte*
Andrée Ferretti, Brigham, le 24 mai 2009
Selon Pierre Curzi (bulletin de nouvelles de 17h à la radio de Radio-Canada), la Grande marche vers l’indépendance du Québec, organisée par un groupe de jeunes militants indépendantistes, avait le défaut de n’être pas partisane, autrement dit de n’être pas péquiste.
Sans rire et sans honte, il a déclaré que le seul véhicule apte à mener à l’indépendance était le Parti québécois. Comme si celui-ci n’avait pas renoncé depuis belle lurette à s’en faire le porte-étendard, en dehors de ses campagnes de financement.
Est-ce par un manque inquiétant d’intelligence politique que l’ex-président de l’Union des artistes n’a pas été gêné de faire une telle déclaration, alors que si son parti, avec ses puissants moyens financiers et organisationnels, avait convoqué une telle manifestation, les marcheurs se seraient comptés par milliers plutôt que par centaines.
Est-ce par l’effet dévastateur de la corruption du pouvoir que l’acteur Pierre Curzi, à peine élu et ne siégeant que dans l’opposition, se croit autorisé à jouer le rôle de grand moralisateur des forces indépendantistes qui, encore vives — parce que vives —, comprennent que le combat ne peut plus être abandonné aux mains partisanes d’un parti ?

