Gros titre dans La Presse de ce matin auquel se réfère Jacques Dupuis pour attaquer Pauline Marois : En plus d’accélérer les départs, Marois a freiné l’arrivée de nouvelles infirmières.
Ce titre, qui donne une information incomplète, se base sur le témoignage de Jacques A. Plamondon à l’époque recteur à l’UQUAM qui décrit un réunion des recteurs tenue le 21 novembre 1997 où Pauline Marois alors Ministre de l’Education “avait fermé le robinet et réduit le nombre d’admissions en nursing”.
Comme Jacques Dupuis a utilisé cet article à l’émission Franchement Martineau, Bernard Drainville a répliqué avec les chiffres du Ministère de l’Education que, dès que le déficit zéro a été atteint, le nombre d’inscriptions pour devenir infirmière est passé de 1796 à presque 5,000 en 2002-2003, que le nombre d’inscriptions a donc triplé et que cela a été fait par le Parti québécois au pouvoir. Même chose avec les médecins. Les facultés de médecine et les cégeps ont été ouverts après l’atteinte du déficit zéro.
Par conséquent, il serait temps que Jean Charest prenne ses responsabilités par rapport à sa gérance du système de santé pendant presque six ans. Il serait temps aussi que La Presse donne des informations plus complètes quand elle traite d’un dossier aussi complexe que l’historique des soins de santé au Québec. Il faudrait peut-être que La Presse atteinte tout à coup d’un souci d’honnêteté intellectuelle explique que le déficit du Québec dans les années 96 et 97 a été aggravé par les coupures du gouvernement fédéral de Chrétien-Martin de 2.3 milliards dans les soins de santé. Peut-être que l’historien du fédéralisme André Pratte pourrait expliquer aux lecteurs de La Presse les décisions prises par le gouvernement fédéral après la victoire à l’arraché du référendum de 1995 pour étrangler financièrement le Québec et accumuler des surplus sur le dos des provinces.
Pour obtenir un peu de professionnalisme dans le traitement de l’information, il faut se tourner vers Le Devoir où Jean-Robert Sansfaçon, le 18 novembre, explique chiffres à l’appui ce qui s’est passé. Sur un total de 33,000 départs, 1500 médecins, 4000 infirmières, 1800 auxiliaires ont pris volontairement et prématurément leur retraite tous en même temps. L’erreur est dans le nombre et dans le “tous en même temps”. L’objectif du déficit zéro était légitime. Mais le voyage que Lucien Bouchard a fait à New York aux agences de cotation l’a troublé (comme a dit Parizeau à TLMEP) et même traumatisé. Il a voulu atteindre son objectif trop vite.
L’économiste Jacques Parizeau, moins énervé par le déficit, aurait agi différemment. Comme l’écrit Jean-Robert Sansfaçon “un programme ciblé aux seuls employés en trop dans les hôpitaux fermés, par exemple, comme au fédéral où 45,000 salariés sont partis en douceur, aurait été beaucoup plus approprié.”
L’erreur a été faite par Lucien Bouchard qui l’a reconnue. Comme premier ministre, c’est lui le premier responsable et ce n’est pas pour rien qu’il a démissionné. Monsieur Bouchard qui aime bien intervenir dans le débat politique ne sent-il pas qu’il serait de son devoir d’intervenir pour remettre les pendules à l’heure et décharger Pauline Marois d’un fardeau qui commence à être pas mal lourd pour elle. Pour un gentilhomme et un citoyen engagé, n’est-ce pas le bon geste à faire ! Et n’est-il pas urgent de le poser, ce geste !
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 19 novembre 2008
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