La conclusion du livre de Jean Bouthillette
La reconquête passe par un nom : Québécois
Pour le réconfort des âmes bien nées qui participent ou fréquentent le site Vigile.net, voici la conclusion du livre de Jean Bouthillette, “le Canadien français et son double” écrit de 1961 à 1971 dont, à l’époque, Pierre Vadeboncoeur et Gaston Miron ont fait un éloge dithyrambique. (Il n’y a pas de trait-d’union entre Canadien et français.) Si cette conclusion soulève une autre polémique, je serai obligé de tenter de faire un résumé de tout le livre qui conduit, inéluctablement, à cette conclusion.
Voici cette conclusion intitulée : Reconquête.
“Mais si, par le jeu de l’être et de l’avoir, toute servitude porte en elle la liberté de l’asservi, le réflexe nationaliste, à travers notre Histoire, témoigne de notre instinct le plus profond et le plus sûr : l’instinct ontologique de la liberté. C’est dire que c’est cet instinct qui a toujours eu- et a encore- raison contre la Raison ; c’est lui et non la Raison pancanadienne qui a été- et est encore- porteur de notre libération. C’est lui qui désormais doit fonder une Raison enfin désaliénée. Notre Histoire retombera sur ses pieds quand nous nous rendrons à l’instinct enfin sorti de sa nuit et épuré des automatismes et des schèmes de pensée de nos idéologies traditionnelles.
A l’heure de la décolonisation du monde, cet instinct nous rend universels d’emblée. C’est lui qui, depuis 1960, nous fait lentement renaître à nous-mêmes et au monde ; c’est lui qui, dans l’intuition d’un nom- puisque tout a commencé dans un nom- retrouve dans toute sa réalité notre véritable identité, un nom qui lève toute ambiguïté, un nom clair et transparent, précis et dur, un nom qui nous reconstitue concrètement dans notre souveraineté et nous réconcilie avec nous-mêmes : Québécois.
C’est ce que la Conquête - et 1867-, dans la servitude, avait virtuellement fait de nous : des Québécois. C’est ce que, contre elle et dans la liberté, nous devons devenir : des Québécois. Car il n’y a plus d’ethnie canadienne-française : elle s’est dissipée dans la servitude canadienne. Ce que nous trouvons à la place- et qu’il nous faut construire-, jeune, moderne, enraciné et ouvert au monde, c’est le peuple québécois, soit un groupe culturel, homogène par la langue, et qui cherche - dans son nationalisme décolonisateur- son expression politique totale. Notre décolonisation commence par l’amputation volontaire de la part de nous qui, sans la servitude, aurait pu être mais qui n’a pas été et ne peut plus être et que seul un rêve de colonisé peut continuer d’entretenir : la part canadienne. Au-delà de la chimère canadienne, il y a la réalité québécoise. C’est là la vraie mesure de notre taille.
Un peuple s’affirme souverain dans le concert des peuples de la terre ou il disparaît. Dans la nuit de notre servitude, notre disparition a depuis longtemps commencé ; notre libération aussi, qui voit enfin poindre le jour. La Conquête avait figé notre histoire en destin, comme on dit de la mort qu’elle fige une vie en destin.
La Conquête avait engendré en nous le terrible dialogue de la liberté et de la mort. C’est dans le dialogue de la liberté et de la vie que se fera notre Reconquête. Mais à l’heure de tous les possibles et des échéances déchirantes, ce que doit d’abord vaincre notre peuple, c’est sa grande fatigue, cette sournoise tentation de la mort.”
***
Jean Bouthillette, “Le Canadien français et son double”, Montréal, 1961-1971, Editions de l’Hexagone, 1972)
Robert Barberis-Gervais,
Longueuil, 29 juillet 2009

