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La question nationale s’invite au 400e
Deux linguistes notent que le fédéral évacue la dimension identitaire de la fête
Le Soleil
mardi 6 mai 2008


Cliche, Jean-François - Mine de rien, l’éternel débat sur la nation québécoise s’est frayé un chemin jusque dans les célébrations du 400e de Québec. D’après les travaux de deux jeunes linguistes de l’Université Laval, le fédéral tenterait d’évacuer la dimension identitaire de la fête - au prix, parfois, de curieuses contorsions historiques.

Se basant sur le contenu des sites Internet quebec400.gc.ca (fédéral) et monquebec2008.com (provincial), Andy Van Drom et Julie Pelletier ont constaté que le 400e n’était pas du tout décrit de la même façon par les deux paliers de gouvernement.

Ainsi, alors que le site provincial décrit Québec comme un "lieu naturel de rencontre", une ville "ouverte sur le monde" ayant accueilli des "visiteurs du monde entier", le site canadien met plutôt le fédéral à l’avant-scène. "Ici, c’est le Canada qui est l’acteur, dit M. Van Drom. Le site fédéral écrit qu’"en 2008, le Canada déroule le tapis rouge à Québec". Donc, la ville de Québec qui "subit" la rencontre. (...) Un autre sens qui se retrouve souvent dans le site canadien est le sens de colonisation. En effet, le site parle des "Britanniques, des Écossais et des Irlandais qui arrivent à la rencontre d’un monde francophone"."

Les deux linguistes ont également observé ce genre d’écart dans la façon dont Ottawa et Québec parlent des autochtones. "Du côté de la Société du 400e, on va parler des nations autochtones, qui sont très présentes, mais du côté canadien, on va avoir une conception des faits historiques très différente. On peut même parler de réappropriation des faits historiques pour servir l’idéologie de la nation canadienne", explique Mme Pelletier.

Le site fédéral affirme quant à lui que les autochtones et les Européens ""ont établi ensemble un dialogue interculturel"... Mais était-ce un vrai dialogue, ou des affrontements violents ?" demande M. Van Drom.

"Face à une reconnaissance objective des faits historiques du côté québécois, poursuit-il, on observe du côté canadien une conception en quelque sorte modifiée des faits. Le site fédéral parle par exemple des "400 ans de la ville de Québec et du Canada", alors que le Canada est né en 1867."

Le numéro de téléphone que donne le site fédéral pour des renseignements sur le 400e est d’ailleurs 1 800 O-Canada, note M. Van Drom.

On ne doit cependant pas se surprendre du fait qu’un même événement soit vu de deux façons si différentes. M. Van Drom, Flamand d’origine, dit avoir observé des différences du même type en Belgique.

Mme Pelletier affirme que tout le monde, du côté tant fédéral que provincial, tente "de se réapproprier les symboles forts de la fondation de Québec afin de nourrir leurs propres modèles identitaires".

jfcliche@lesoleil.com

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