« Je peux pas croire que tu sois si bas - Je peux pas croire que tu sois si rat - Faudrait que tu sois si bête - À semer du vent de cette force-là - Tu te prépares une joyeuse tempête - Peut-être bien que tu t'en aperçois pas » Gilles Vigneault
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La prière qui tue

Une façon de proclamer que le roi est déjà nu et qu’en 2012, c’est à genou et la corde au cou qu’il recevra de lui les clés de l’Elysée.

samedi 30 janvier 2010

« Arrêtez monsieur le président cette haine qui ne peut vous faire que du tort ! » : la supplique est de Dominique de Villepin apprenant en direct sur RMC la décision du parquet de faire appel du jugement le concernant dans l’affaire Clearstream. La prière - qui est d’abord une accusation... - ne surprendra que ceux qui avaient oublié le personnage Villepin, sa fougue, ses élans poétiques, sa grandiloquence romantique, ses envolées lyriques à la tribune de l’ONU.

Pour les autres, ceux qui voient en lui soit un Don Quichotte, soit un nouveau Monte-Cristo, cette prière renvoie à la version moderne de la clémence de l’empereur Auguste dans Cinna. Comme si, au-delà de la colère froide contre ce président qu’il accuse d’être un menteur et de faire passer ses passions et sa soif de pouvoir personnel avant son devoir au service de la France, Dominique de Villepin, tout en priant son adversaire de reprendre ses esprits, se donnait la hauteur de celui « qui pardonne à ceux qui ne savent pas ce qu’ils font »... Une façon de proclamer que le roi est déjà nu et qu’en 2012, c’est à genou et la corde au cou qu’il recevra de lui les clés de l’Elysée.

A l’inverse d’un Sarkozy qui, arrivé au pouvoir suprême, n’a pas su renoncer à se porter partie civile en accordant la clémence du prince à celui qu’il accusait d’avoir comploté contre lui, Dominique de Villepin se paie, lui, le luxe de pardonner. Un pardon évidemment très peu... catholique car il n’est accordé que pour mieux souligner la petitesse de l’adversaire.

Ce faisant, Villepin ne fait que s’engouffrer dans la brèche que Nicolas Sarkozy vient d’ouvrir lui-même. Comment en effet penser que le procureur Marin ait pu faire appel sans y être fortement encouragé ? Personne n’imagine que dans une affaire pareille, il ait pu déroger à la pratique qui veut qu’il avertisse la chancellerie. Personne n’imagine non plus que Michèle Alliot-Marie n’ait pas sollicité - ou déjà reçu... - alors l’avis de l’Elysée.

Dès lors le communiqué-pirouette de Nicolas Sarkozy qui, la veille, jouait les grands seigneurs en expliquant qu’il ne ferait pas appel - ce qui par parenthèse n’avait aucun sens quant au fond - apparaît comme une manoeuvre dérisoire et mesquine. Même si évidemment, il n’existe aucune preuve que le président ait donné des ordres au parquet, chacun pourra également s’interroger sur le curieux démenti apporté hier matin par le procureur Marin expliquant qu’il n’avait pas reçu « d’instructions écrites ». Ce qui n’exclut donc pas les consignes orales...

On ne sait encore qui de Sarkozy ou de Villepin sortira vainqueur de ce duel à mort. On connaît déjà par contre les grands perdants de cette tragi-comédie : la fonction même de président de la République, l’idée que les Français vont pouvoir désormais se faire de leur justice et évidemment l’image de notre pays à l’étranger. Beau gâchis.


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