Alors que l’on note une baisse de popularité de Jean Charest dans les sondages, même les analystes sympathisants au régime se surprennent qu’il s’en tire aussi bien. S’il est vrai que la cote du parti Libéral retarde de dix points sur ses rivaux du Parti Québécois, vu l’inefficacité d’ensemble du gouvernement, on peut dire que Jean Charest jouit d’une certaine déférence de la part de la population.
Oui, on s’attendait à ce que le fossé se creuse plus drastiquement entre le Parti Québécois et le Parti Libéral. Les preuves d’une bonne administration font cruellement défaut. Après avoir utilisé le slogan La souveraineté ou la santé puis La souveraieté ou l’économie, Jean Charest n’a jamais dérogé de l’essentiel de son message : les fédéralistes sont des gens qui se préoccupent de votre sort, des gens qui multiplient les efforts avec vous, pour vous.
Les piètres résultats concrets s’expliqueraient par une cause fondamentale, soit l’incurie et l’idéologie des gouvernements séparatistes précédents. C’est carrément un scénario du Méchant et du Gentil. André Pratte du journal La Presse s’étonne de voir le premier ministre appliquer ce scénario sans nuance au point d’effacer toute référence à René Lévesque ou au Plan Nord du gouvernement Landry dans ses prospectives sur les développements de l’hydro-électricité au Québec.
Charest se veut simplement conséquent dans sa stratégie. Sachant son gouvernement très limité, peu inspiré, son unique recours est de réussir dans les perceptions par comparaison avec le Méchant et son gouvernement venimeux d’antan. Partout dans le monde on voit des gouvernements hantés par l’idée de diriger le message. Charest fait vraiment partie de cette école.
Au cours de son premier mandat, les analystes sympathisants avec son régime expliquaient les déboires du gouvernement par son inaptitude à communiquer. Pourtant le gouvernement Charest profitait d’un traitement de faveur. On ne voyait pas des échelles barométriques au bas des écrans censées nous indiquer le taux d’engorgement des hôpitaux comme ils le firent du temps du gouvernement de Lucien Bouchard.
Charest emporte davantage l’adhésion. Tout se passe comme si on était progressivement moins enclin à le fustiger bien qu’il ne fasse pas mieux. Pourquoi ? Jean Charest se cassait le nez plus fort dans les sondages il y a cinq ou six ans simplement parce que le gouvernement Landry était encore frais dans la mémoire collective. Il avait beau être élu, Charest ne réussissait pas à convaincre qu’il était une figure d’autorité. Le temps passant, le public apprend à le voir à la tête des autorités compétentes.
L’habitude d’associer ce politicien populiste et provincialiste fait lentement son chemin. Ceux qui craignent que le Québec se donne des droits finissent par trouver Charest sécurisant. Le premier ministre dit que le Québec sera une province modèle et inspiratrice. Le bon citoyen canadien qui redoute les problèmes veut bien voir dans cette tirade un raccourci précieux pour décider de la conduite à tenir. Celle-ci se fera en symbiose avec le Fédéral selon les injonctions d’une autorité supérieure qui n’est certainement pas dénuée de raison.
Charest n’a pas changé mais il profite de son inertie dans une position élevée. Il passe devant les micros et on apprend à associer sa figure rondouillarde avec le principe d’accès à des informations privilégiés, de pouvoir supérieur, d’autorité légitime. Moralité ? Si vous êtes médiocre, essayez d’occuper un haut fauteuil le plus longtemps possible. À force de vous voir là, on finira par vous trouver aussi rassurant que les beaux meubles.
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Je pars pour trois semaines pour compléter du boulot à l’étranger. Je vous souhaite une bonne fête nationale. Avec la hâte de vous revoir en juillet, recevez les meilleures pensées du chroniqueur.
André Savard

