Vigile.net
Quand on va tous faire feu dans la même direction, je vous garantis que nos ennemis vont être mis en déroute, eux qui sont tellement habitués à provoquer chez nous le réflexe pavlovien de la rectitude. - Bernard Desgagné
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 12806$  64%  
Objectif : 20000$
La peur comme arme de persuasion massive
Xavier Dionne
Tribune libre de Vigile
lundi 26 février 2007      204 visites      3 messages


J’ai tout de suite sursauté : selon Jean Charest, les transferts fédéraux diminueraient advenant l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois. Étant donné que la priorité du Parti Québécois est celle de réaliser l’indépendance du Québec, Ottawa serait tenté de couper les vivres à la province. Et advenant une victoire d’un référendum, les transferts seraient tout simplement abolis.

C’est bizarre. Depuis que je suis tout petit, on me dit que je vis dans une société libre, démocratique ; une société de droit. Que les conflits qui traversent notre société trouvent inévitablement, grâce à un système de justice infaillible et neutre, un dénouement juste et équitable. On me répète depuis toujours que l’État n’est pas le gouvernement, qu’il est égalitaire et qu’il ne se soucie pas des intérêts partisans.

Or, ce que notre premier ministre tente de nous faire comprendre, c’est que ce système est illusoire. Notre État fédéral, finalement, ne supporte pas la neutralité lorsque son intégrité est remise en question par des objectifs politiques et démocratiques. Seule l’élection du PQ suffirait à Ottawa pour qu’il prenne des mesures radicales contre le Québec.

Une conclusion ressort de la position libérale : le radicalisme n’est pas exclusif aux souverainistes. Le nationalisme canadien se manifeste de façon tout autant sinon plus radicale que le nationalisme québécois. Du moins, ça semble être ce que M. Charest tente de nous faire croire.

D’ailleurs, si ce qu’il dit est vrai, les Québécois auront une excellente raison de désirer cette indépendance.

Daniel Johnson, en renfort, viens en rajouter : il dénonce la « tactique électorale » du PQ, soit le « débat sémantique » qui vient remplacer le mot « référendum » par « consultation populaire ». Puis, remisant le débat sur la négociation des conditions de séparation « sous le tapis », Johnson nous convie à une réflexion sur l’indépendance du Québec en comparant la pertinence de cette idée à celle du chef qui la porte : « La cause sécessionniste exige cependant de ses chefs qu’ils manifestent un minimum de respect de leurs propres convictions, démontrent en tout temps la franchise qui permet de mesurer la ferveur de leur engagement et de comprendre les moyens qu’ils envisagent pour y donner suite, et fassent preuve d’honnêteté, de limpidité et de courage lorsqu’ils s’expriment. » En d’autres mots, la liberté n’est l’affaire que d’un seul homme, et non celle d’un peuple.

L’incarnation par André Boisclair du projet souverainiste ne me convient pas. Cependant, je reste tout de même résolument indépendantiste. Je voterai OUI à un référendum, que ce soit René Lévesque, André Boisclair, Jacques Parizeau, ou Françoise David qui me pose la question.

Pour revenir à l’exercice sémantique du PQ dénoncé par Johnson, que dire de celui qui associe constamment les mots indépendance, sécession, séparation ou souverainisme à des mots tels que division, « chicane », ou désunion ? Que dire de la désunion, la « chicane » et la division qui sont ressorties de l’élection de Jean Charest. Vous vous rappelez la « coalition pour la destitution de Patapouf Charest » ? Et des 103 millions $ arrachés aux étudiants les plus pauvres du Québec, à l’origine d’un mouvement étudiant d’une envergure sans précédent ? Et du financement des écoles juives ? Et des CPE ? Et du mont Orford ? Et de l’échec criant du pacte en santé fait par le parti ?

Et de l’insatisfaction d’une proportion approchant, de plus en plus, la moitié de la population envers la fédération canadienne ?

Ce n’est pas la tenue d’un référendum qui diviserait davantage la population. Ce que le référendum permet de faire, dans un contexte de division permanente, c’est de tenter de dépasser le débat. C’est justement l’aboutissement le plus démocratique d’un enjeu viscéralement inscrit dans notre société. Le genre d’enjeu qui, très souvent, provoque des guerres civiles lorsqu’on ne permet pas son existence. Un référendum, c’est une volonté d’unir les Québécois autour d’un enjeu, qui les divise depuis toujours, grâce à l’exercice démocratique libéral par excellence.

C’est un moyen de sortir des arguments démagogiques, des campagnes de peur et des « chicanes ».

Suggérer cet article par courriel


Vos commentaires:
  • La peur comme arme de persuasion massive
    26 février 2007
    Le peuple ’canadian’ n’est pas près de renoncer de bon gré aux avantages sur le Québec que lui procure encore et toujours l’état de fait de l’annexion du Québec par la Conquête. Et le plus fort jouit notamment du privilège d’exiger du plus faible qu’il établisse sa respectabilité et ses qualités. C’est le sort de tout groupe en position d’infériorité et\ou de discrimination.Qu’on pense aux femmes ou aux Noirs qui devaient faire plus et mieux pour obtenir un statut. L’état canadien est l’héritier du pouvoir anglais sans moralité qui a déporté les Acadiens et répondu positivement au mouvement ’Rep by pop’. Pour mémoire, ce mouvement a réclamé ET OBTENU la représentation proportionnelle après que la population anglophone eut dépassé en nombre la francophone dans la décennie 1840-50. L’immoralité c’est que pendant que la population francophone était majoritaire, les 2 peuples avaient le même nombre de députés ! Jean Charest ne peut pas défendre son bilan, donc il en détourne l’attention par tous les moyens. Quant à M. Johnson, il hausserait beaucoup sa crédibilité en dénonçant plus vigoureusement les commandites et les injustices historiques à l’encontre des Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Acadiens et Québécois,injustices établies sur une base purement ethnique par le pouvoir anglais et les états canadiens-anglais qui lui ont succédé, comme le prouvent notamment l’interdiction de l’enseignement du français en Ontario et l’abolition du bilinguisme au Manitoba. Les fédéralistes ont une poutre dans l’oeil et n’ont pas l’autorité morale pour faire la leçon. L’Etat des commandites est à jamais disqualifié pour tout ce qui touche l’Éthique. Et je dis bien l’Etat, car il est faux et simpliste de dire que les commandites étaient l’affaire d’un parti. Elles sont l’affaire d’un Etat qui était prêt à tout, avec la complaisance de nombre de citoyens fédéralistes, toutes langues confondues, pour sauver sa juridiction issue de la discrimination sytématique.
  • La peur comme arme de persuasion massive
    26 février 2007, par Germain Tremblay
    je viens d’envoyer un commentaire et j’ai oublié de m’identifier. Ce commentaire commence par ’Le peuple canadien n’est pas près de renoncer...’
  • La peur comme arme de dissuasion massive
    27 février 2007, par Francis Déry
    "La peur comme arme de persuasion massive" n’est pas approprié pour motiver le peuple à reporter le PLQ au pouvoir. Changer plutot le titre pour "La peur comme arme de dissuasion massive". L’objectif de Charest étant d’empêcher l’élection du PQ et de bloquer la venue d’un autre référendum. Après tout, c’est pour cela qu’il fut commis chef du PLQ par Ottawa. S’il perd le pouvoir aux mains de l’ADQ, il retournera en héros conservateur à Ottawa, accompagné de Philippe Couillard. Mission accomplie !
  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     12806$  64%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    4/09 Jean-Roch Villemaire : 25$
    30/08 Claude Morin : 50$
    26/08 Jean-François Houle : 25$
    26/08 Georges-Étienne Cartier : 200$
    26/08 Giselle Chagnon : 100$
    25/08 Meili Faille, BQ Vaudreuil-Soulanges : 100$
    25/08 Gilles Bousquet : 25$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net