Un rappel...

La pesanteur et la grâce...

Le PQ a la frousse de proposer aux Québécois le projet de l’indépendance nationale.

Éditorial de Vigile
jeudi 20 juin 2002
8 messages

Le Parti Québécois est une coalition souverainiste. C’est sa nature. Il est un rassemblement de militants et de partisans qui ont un but : combattre pour réaliser l’indépendance nationale. De sensibilité de gauche ou de droite, ils ont fait en commun le choix de mettre de côté ce qui les oppose, le temps de régler la question nationale. Comme certains ministres, les analystes de GESCA et de Can-West ignorent ce fait. Pourtant, c’est la perspective essentielle qui donne à la conjoncture présente sa véritable portée.

Le temps de régler la question nationale...

Ça fait 30 ans que ça dure. C’est peu dans l’histoire d’un peuple, c’est peu dans un processus d’affranchissement national.

Mais, depuis le 30 octobre 1995, le processus s’est enlisé. Merci au Déserteur. Alors, 30 ans c’est beaucoup, beaucoup trop. La Grande Frousse d’Octobre 95, c’est le PQ qui l’a eue... S’il fallait que le OUI gagne, bonjour les problèmes... Ce serait une crise avec Ottawa... Vaudrait mieux négocier, régler à l’amiable, demander à Ottawa la permission. Ce serait « moralement irréprochable », même si ce serait politiquement « irréalisable »... Etc.

Tel est le sentiment qui se dégage de la stratégie péquiste depuis 1995 : le PQ a la frousse de proposer aux Québécois le projet de l’indépendance nationale. Il se contente d’en parler. Pour la rhétorique, il est imbattable. Dans les congrès, les élections, les assemblées de cuisine, oui, tout baigne. Mais, dans l’arène politique, tout freine... Il se réfugie dans le projet de reconfédération très politically correct. Ça fait « moralement bien »... Puis, sachant que le Canada a déjà dit NON à un tel projet, par le rapatriement de 1982, par le C-20, par la propagande intensive et ininterrompue depuis sept ans, le projet de reconfédération n’est pas un projet compromettant... Ce qui a pour effet d’ouvrir des débats stériles, sur le modèle européen, par exemple. Ce qui a pour effet de consolider la perception que les Canadians se sont faite à l’effet que le séparatissss québécois est mort et enterré.

Ce qui a pour effet, plus gravement, de décourager les « porteurs de liberté » eux-mêmes. Par son inaction, par sa rhétorique essoufflée, par sa prétention à « occuper tout l’espace politique », par son orgueilleux esprit provincialiste, satisfait de son bilan de gouvernement provincial, le PQ travaille contre le projet qui l’a fait naître et durer...

30 ans d’angélisme ou le déni de la subordination

Depuis les commencements, le Parti Québécois a proposé un projet de reconfédération, il a posé la question du Québec dans le cadre canadian, il a cherché à donner une suite politique au fait des deux peuples fondateurs. Depuis longtemps, ce fait a perdu de sa signification. Le pays d’immigration, multiculturel, qu’est devenu le Canada n’a que faire de ces archaïsmes. Le projet péquiste est voué à l’échec depuis les commencements.

Le PQ a cherché à donner une suite politique à un déni. Pourtant, la Conquête a eu lieu, le peuple québécois est un peuple dominé. C’est exactement ce que dénie son projet, en cherchant un accommodement avec le conquérant, niant ainsi les rapports de domination qui ont fait l’histoire des relations Canada-Québec depuis des générations.

La logique est dans les choses. Puisque le PQ ne semble pas résolu à prendre le chemin de la lutte, puisqu’il se contente de la rhétorique, puisqu’il esquive l’action, faut-il s’étonner que s’affaiblisse le lien qui cimentait la coalition péquiste ? Le PQ a perdu son âme. Le corps péquiste se défait, morceau par morceau.

Certains ministres tentent d’étirer à droite dans le but de ramener les péquistes désenchantés qui ont fui vers l’ADQ. Peine perdue. Le PQ n’est pas un parti de droite. C’est une coalition souverainiste.

Certains ministres, le premier ministre Landry lui-même, tentent d’étirer à gauche dans le but de ramener les péquistes désenchantés qui ont fui vers la Gauche. Peine perdue. Le PQ n’est pas un parti de gauche. C’est une coalition souverainiste.

S’ils ont fui vers l’ADQ ou vers la Gauche, ce n’est pas parce que le PQ n’est pas assez à droite ou pas assez à gauche. Ce n’est pas parce que l’ADQ ou la Gauche feraient mieux avec leurs programmes ou leurs leaders. S’ils fuient le PQ, c’est parce que le PQ ne les retient plus. Parce que le projet de souveraineté, tel qu’il est porté par le PQ, ne les convainc plus. Nous sommes devant une crise de confiance. Une rupture. Le liant ne lie plus...

Le lien de confiance peut-il être rétabli ? Le PQ peut-il gagner un 3e mandat ? Le PQ va-t-il survivre à cette grave crise existentielle ? Car il s’agit bien de cela, de son existence même, au-delà de sa réélection. La pesanteur péquiste est telle qu’il faudrait un moment de grâce extraordinaire pour y arriver.

La pesanteur...

Avec l’arrivée de Bernard Landry aux commandes, des militants s’étaient ramenés au PQ, croyant qu’enfin le parti avait trouvé son chef, celui qui ne pouvait que triompher..., et qui allait engager le bras-de-fer, et sérieusement. En lâchant son fameux « chiffons rouges », Bernard Landry montrait une rare détermination à ouvrir les hostilités. Las ! Après quatre minutes de gloire, il a pris quatre jours à s’excuser, cédant à la réaction bien orchestrée du Canada anglais, qui s’attaque toujours au chef souverainiste pour le déstabiliser. Imaginez le Général De Gaulle allant s’excuser auprès de Pearson après avoir lâché son « Vive le Québec libre »... Ces gestes symboliques doivent être posés avec résolution. Cela n’a pas été le cas. On y a surtout constaté la confusion... La pesanteur péquiste, c’est cela même. Une rhétorique stérile, jamais suivie d’effet. Les militants ont déchanté. Et ont quitté.

La même confusion guette les appels à la solidarité souverainiste : pourquoi être solidaires si rien ne se passe ? Pourquoi des démocrates consentiraient-ils à restreindre pendant plusieurs années encore leur pouvoir de choisir d’autres programmes quand la raison pour laquelle ils y consentaient ne leur semble plus être prise en compte sérieusement par ce parti ? Pourquoi être plus souverainistes que démocrates ? Souverainistes aux dépens de la démocratie ?

La même confusion guette les appels à la solidarité social-démocrate : pourquoi être solidaires si rien ne se passe ?

La même confusion guette les appels à la modernisation du projet souverainiste : pourquoi « retourner chaque pierre » si rien ne se passe ?

Pour le dire en un mot : pourquoi appuyer la rhétorique péquiste que des années d’immobilisme et une confusion originelle ont démentie ?

... et la grâce

Le moment de grâce, on le voit, ne peut se présenter que d’une seule façon : dépasser la rhétorique par l’action. Maintenant.

Qu’est-ce à dire ?

D’abord qu’il est inutile de promettre qu’avec un 3e mandat, le PQ fera ceci ou cela. Du déjà-vu. Du déjà-cru. Du déjà-déçu. Ainsi, inutile de promettre un référendum lors d’un 3e mandat. Inutile de promettre des grandes réformes... Aujourd’hui même, le premier ministre et le ministre Charbonneau lancent « le coup d’envoi à une grande réflexion nationale sur la réforme des institutions démocratiques »... Comment faire confiance ? À ceux-là qui n’ont pas été foutus d’amender un simple règlement de l’Assemblée nationale ? Eux qui n’ont retenu des « États généraux sur la langue française » que ce qu’il y avait de moins progressiste ; eux qui ont tabletté les « Études sur la citoyenneté » et comble de méfiance, en catimini : les « Études sur la souveraineté »... Comment faire confiance ? Comment ? La parole du PQ est rejetée par ceux qui l’ont déserté. On ne rétablit pas la confiance par un discours, fût-il mille fois réitéré.

Inutile de dire que SANS le PQ, la souveraineté est dans un cul-de-sac. Elle l’est déjà AVEC le PQ...

Bref, inutile de dire...

Faire.

Faire quoi ?

Il semble qu’il n’y ait plus qu’une seule possibilité dans la situation actuelle : une élection référendaire.

Que le PQ s’engage à enclencher, immédiatement, le processus d’indépendance s’il réussit à obtenir plus de 50% des voix et une majorité de députés à l’Assemblée nationale aux prochaines élections.

Exit le partenariat, la reconfédération, le modèle européen. Exit la menace du C-20, les cassures ethniques. Exit le référendum. Exit la majorité qualifiée du ti-Dion.

Une élection référendaire serait l’occasion de souder discours et action. Elle montrerait un PQ libéré, guéri de la rhétorique stérile et infantilisante. Un PQ résolu à passer à l’action. Ce faisant, elle rétablirait la confiance, elle créerait les conditions d’une remobilisation des troupes. Elle ferait écho à la demande de changement des électeurs. Une demande de changement qui ne va pas nécessairement dans le sens que les journalistes de GESCA tentent de lui imprimer. Une demande qui exige de PASSER DE LA PAROLE AUX ACTES POUR ENFIN EN SORTIR... Sortir de manière HONORABLE ET TRIOMPHALE de l’impasse constitutionnelle et de la crise identitaire qui frappent depuis des décennies le peuple québécois. Sortir de cette ornière qui gruge nos forces et qui rabaisse notre fierté nationale, d’abord et avant tout à nos propres yeux.

Si le PQ rejette cette solution, s’il s’entête à étirer à gauche et à droite..., s’il s’enlise dans son mantra du « sortir, écouter, convaincre », s’il persiste dans la rhétorique habituelle, alors il faudra dire adieu à ce parti de coalition qui, après avoir gravement négligé son mandat originel et essentiel, ne peut, sans ce liant, satisfaire ni sa droite ni sa gauche, et est promis à la déconfiture.

En sachant bien que dire adieu au PQ ne signifie pas dire adieu au combat pour l’indépendance nationale. Ce serait peut-être même le contraire. Bonjour les vrais combattants de la liberté !

(Rappel) Bernard Frappier 20.6.2002

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