Avant la crise financière qui a entraîné la chute du prix du baril de pétrole, peu de gens savaient jusqu’à quel point le régime de péréquation reposait sur cette industrie et sur celle de l’automobile. L’Alberta et l’Ontario viennent de rejoindre le Québec parmi les provinces qui comptent sur ce régime pour se maintenir à flot.
Pour l’Ontario, la péréquation s’élève à 350 millions, beaucoup moins que les huit milliards qu’attend le Québec. Comme le Québec est la province la plus populeuse de l’est, elle est celle qui reçoit le plus dans cette périphérie canadienne qui regroupe aussi les maritimes. Si la situation touchant la demande pétrolière perdure, il faudra se demander s’il restera des provinces pour alimenter le régime de péréquation.
La péréquation est supposée d’être une répartition équitable de la richesse canadienne. Le Québec s’est habitué à la voir comme un maillon nécessaire, une force centrale sans laquelle il ne peut vivre. On a même fini par s’imaginer que la péréquation finançait un axe bien pensé de développement du Québec, comme si cet argent provenant des profits de l’or noir permettait de recevoir une solution exhaustive et correcte à nos problèmes de développements régionaux.
Comme on est porté à penser que l’argent peut tout et que huit milliards de dollars apparait comme une très grosse somme, il en résulte une déformation de la réalité. Huit milliards de dollars ne changent pas le gouvernement québécois comme individualité politique. Si le Fédéral avait la capacité d’allouer le double de cette somme au Québec, cela ne constituerait pas en soi un ensemble stratégique de développement économique.
Avec douze milliards de dollars ou quinze, le Québec resterait dans le monde des autorisations spéciales et de la promotion des dossiers. Des dossiers seraient traités comme des brèches ouvertes à l’infiltration des compétences exclusives ou partagées. Avec vingt milliards de péréquation, rien ne dit que le Québec se développerait comme un pays en soi ou comme une périphérie canadienne qui, autant en son centre que dans ses parties, se voit comme le complément régional du flux économique canadien.
Avec vingt-cinq milliards de péréquation, si ce chiffre était possible, rien ne dit si Montréal serait la plus grosse ville anglaise de l’est du pays ou la métropole du Québec. Pendant qu’on s’interroge sur l’avenir du pétrole, en fait la planète ne survivra pas si le règne du pétrole se prolonge, le Québec doit se demander comment la situation peut être foncièrement différente.
Le développement du Québec est-il pensé quelque part ? Attend-on la fin de la crise, l’espoir que la demande du pétrole de l’Alberta, et celle des forêts québécoises, celle de nos produits miniers, ne connaîtront qu’un relâchement passager ? Si c’est tout ce que nous avons, le goût d’attendre, baissons les bras. Si là réside l’axe de développement ultime du Québec, eh bien, le Québec n’a besoin que d’un gouvernement provincial pour se diriger.

