Déclaration étonnante de la part du président du conseil d’administration du plus prestigieux collège catholique français d’Amérique. Bernard Amyot, avocat et président du Collège Jean-de-Brébeuf, écrit dans le Devoir de ce matin - Que reste-t-il du délire des Plaines ? - que le projet indépendantiste est fondé sur une incompréhensible nostalgie du bon vieux temps de la race blanche, catholique et française en terre d’Amérique. N’est-ce pas justement là l’héritage du collège qu’il préside ? Celui que le conquérant Anglais a autorisé l’Église catholique à transmettre aux Canadiens français en en faisant sa principale alliée dans le maintien de la paix et de l’ordre auprès des populations catholiques et françaises de la province de Québec ?
Bernard Amyot est un véritable personnage de roman de Mordecaï Richler, à l’image de ces Canadiens français qui ont choisi de devenir Canadiens en construisant toute leur carrière sur le déni de leurs origines. Anglophiles, ils préfèrent les salons de Wesmount à ceux d’Outremont, où ils peuvent renier sans remords l’héritage de leurs ancêtres et allègrement dénigrer tout ce qui les horripile chez les Québécois de souche. Lorsque Mordecaï Richler dit de nos grands-mères qu’elles étaient des truies, il n’invente rien, il ne fait que reprendre des propos qu’il a maintes fois entendus dans la bouche de ces Canadiens.
Bernard Amyot ne s’attaque pas qu’aux indépendantistes lorsqu’il chiffonne le drapeau du Québec comme il le fait dans son opinion de ce matin, mais à tous les Québécois. Si on en croit ses propos, le fleurdelisé serait la preuve des idéaux réactionnaires des indépendantistes québécois : « une croix avec comme toile de fond les couleurs et l’emblème de la royauté française de l’époque ». On comprend aussitôt que Bernard Amyot a choisi l’unifolié comme seul drapeau, dont le rouge et l’unique feuille d’érable ne laissent aucun doute sur ce qu’il représente à ses yeux.
Bernard Amyot ne détourne pas l’histoire, il la nie. La défaite des Plaines n’en serait pas une, il s’agirait plutôt de la fin de l’arbitraire du Régime français, un progrès selon lui. S’il vante les mérites de l’habeas corpus que le conquérant anglais nous aurait légué, ainsi que les vertus de la Charte canadienne des droits de 1981, il pratique aussi les restrictions mentales que lui ont enseignées les bons Jésuites, oubliant de mentionner que le droit à l’habeas corpus fut justement un des droits suspendus en 1970 par le père de la Charte canadienne, Pierre Trudeau, lorsqu’il a emprisonné arbitrairement des centaines de victimes innocentes à l’occasion des événements d’octobre.
Suivant sa logique toute canadienne, nous ne devrions pas parler de Conquête, mais de cession. Les idéaux des indépendantistes ne seraient pas ceux de la France républicaine de 1789, mais bien ceux du régime totalitaire de la monarchie de 1759. Encore là, Bernard Amyot oublie que le Canada n’a rien d’une république, qu’il s’agit en fait d’une monarchie constitutionnelle, un régime qui autorise une véritable dictature où le premier ministre d’un gouvernement minoritaire a plus de pouvoirs qu’un président américain et peut dissoudre la chambre afin d’éviter un vote des parlementaires qui provoquerait la chute de son gouvernement, cela sans que la gouverneure générale ne s’y oppose, agissant en véritable pantin au service de la dictature de l’extrême droite canadienne.
Il vante même la progression de la langue française en Acadie, au Manitoba et en Ontario, alors que dans les faits, le français est en net recul partout au Canada et n’a jamais été aussi menacé à Montréal et ailleurs au Québec où le bilinguisme instauré par le gouverneur Murray en 1759 est en voie de devenir la norme 250 ans plus tard. Les Anglais pourront bientôt savourer les fruits de leur victoire et être servis dans leur langue n’importe où au Québec sans que cela ne soulève le moindre tollé, y compris dans nos universités françaises, tout cela grâce à la constitution et à la charte de 1982 imposés de force au Québec. Un autre évènement de l’histoire qu’occulte Bernard Amyot.
Trop pressé de dénoncer la pensée unique dans laquelle s’enfermerait selon lui le mouvement indépendantiste québécois, Bernard Amyot tait sciemment tous les abus que les gouvernements du Canada ont commis contre les Québécois au cours des 250 dernières années, préférant n’importe quel gouvernement fasciste canadien - selon qui il y aurait deux classes de Canadiens : les blancs, catholiques ou protestants, fédéralistes de bonnes mœurs et les autres - au républicanisme québécois qu’ont défendu les Patriotes et dont il nie non seulement l’existence, mais également toutes les vertus.
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