Dans sa lettre ouverte de dimanche dernier, Martin Lemay, le porte-parole du Parti québécois en matière d’immigration, exprimait la volonté de son parti de « rapatrier tous les pouvoirs (d’Ottawa) en matière d’immigration », puisque assumer tous les pouvoirs fait partie de l’engagement politique de son parti.
Je constate d’abord que la confusion sur l’objectif ultime n’est toujours pas dissipée et que le dogmatisme n’est pas mort au PQ. Alors que Pauline Marois refuse désormais de parler de souveraineté (sic), son député, lui, réaffirme que c’est son objectif. Qui plus est, il le fait avec un dogmatisme aveuglant : rapatrier pour rapatrier ! La pensée magique du Parti québécois est de retour, la souveraineté du Québec est la solution à tous les problèmes ! Pourtant le député Lemay sait très bien que même si Québec agissait ainsi, cela ne donnerait pas de nouveaux pouvoirs réels au Québec (sic).
En matière d’immigration et d’intégration, Québec dispose déjà de tous les pouvoirs dont il a besoin pour assurer son avenir démographique, la pérennité du français et l’intégration de ses immigrants.
En 1991, le gouvernement libéral a rapatrié tous les pouvoirs reliés à l’immigration sélectionnée et l’intégration des nouveaux arrivants. (Accord Gagnon-Tremblay/McDougall). Par cette entente, Québec obtenait l’entier contrôle de la sélection de ses immigrants indépendants. Pour des raisons évidentes, seules les enquêtes de sécurité et de santé demeurent de compétence fédérale.
Le reste de notre immigration est composé de réfugiés sélectionnés dans des camps ou acceptés pour des raisons humanitaires et de gens venus dans le cadre du programme de réunification de famille. Pour ces catégories, ni Ottawa ni Québec n’exercent de « véritable » sélection. Elles sont assujetties aux conventions internationales signées par le Canada.
Mieux encore, par cet accord, le Québec se voit même garantir par Ottawa le droit de recevoir un pourcentage d’immigrants égal à son poids démographique au Canada. Il peut même le dépasser de 5% si tel est le désir du Québec.
La culture québécoise est forte
Il en est de même pour l’intégration des immigrants, Québec a tous les pouvoirs dont il a besoin. La même entente prévoit que tous les services d’accueil, d’aide à l’établissement, de francisation et d’insertion en emploi offert aux immigrants sont assumés et offert par le gouvernement du Québec. À ce titre, ce dernier reçoit d’Ottawa une juste compensation financière et ce, sans condition.
Donc, contrairement à ce qu’affirme le Parti québécois, les nouveaux arrivants ne reçoivent pas de messages diffus sur leur appartenance à la société québécoise. Ainsi, avant même son arrivée, au moment du dépôt de sa demande, l’immigrant est informé qu’il s’apprête à joindre les rangs de la nation québécoise, et à adhérer à ses valeurs fondamentales, notamment l’usage du français dans la vie commune et l’égalité des hommes et des femmes. C’est le gouvernement du Québec qui l’accueille à l’aéroport, qui lui offre ses cours de français, ses premiers services, son accès aux soins de santé. Le message ne saurait être plus clair, à moins, bien sûr, que l’on s’enferme dans la pensée magique du Parti québécois.
Monsieur Lemay dit trouver notre culture fragile et s’en inquiéter. Ce n’est pas mon avis. Notre culture, elle est forte, rayonnante et novatrice. Il faut la chérir, la préserver et l’enrichir.
Loin d’être un obstacle à la venue où à l’intégration des immigrants, l’appartenance du Québec au Canada est une valeur ajoutée. Il suffit de se promener à l’étranger, de questionner un peu les motivations des immigrants et leur choix du Québec pour réaliser que, loin d’envoyer un message contradictoire, notre appartenance à l’État canadien est un facteur positif à leur venue et leur intégration.
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Yolande James
L’auteure est ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles. Elle répond ici à la lettre du député péquiste Martin Lemay, publiée dans cette page, dimanche dernier.


