Mme Leduc,
J’espère que vous n’avez pas écrit ce texte concernant VLB et la "Reine Nègre", pour servir la cause fédéraliste de votre employeur Gesca et monter dans la hiérarchie de la Presse. J’espère... mais en tout cas, cela ressemble à cela.
Vous dites à la fin de votre article que Dany Laferrière n’a pas commenté. Peut-être ne voulait-il pas qu’on lui rappelle que son premier livre s’appelait "Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer" ?
La négritude est un courant littéraire créé par l’écrivain nègre martiniquais Aimé Césaire en 1935 et qui revendique l’identité noire et sa culture. Vivaine Barbot n’a pas l’air de savoir cela. Mais VLB, lui, le sait.
Il y a une énorme différence entre invoquer la négritude et traiter quelqu’un de "sale nègre", qui, à la rigueur, pourrait peut-être être considéré comme un compliment pour un militant de la négritude. Quand Vallières a écrit son "Nègres blancs d’Amérique", personne n’a protesté. Bien au contraire.
Alors pourquoi cette tempête dans un verre d’eau, sauf pour amener de l’eau au moulin des fédéralistes ?
D’autre part, l’expression "Roi-Nègre" est un concept politique. Voici comment le grand André Laurendeau l’utilisait en 1958 dans 3 articles intitulés : "La théorie du Roi-Nègre" :
Les journaux anglophones du Québec se comportent comme les Britanniques au sein d’une colonie d’Afrique. Les Britanniques ont le sens politique, ils détruisent rarement les institutions politiques d’un pays conquis. Ils entourent le roi nègre mais ils lui passent des fantaisies. Ils lui ont permis à l’occasion de couper des têtes : ce sont les moeurs du pays. Une chose ne leur viendrait pas à l’esprit : et c’est de réclamer d’un roi nègre qu’il se conforme aux hauts standards moraux et politiques des Britanniques. Il faut obtenir du roi nègre qu’il collabore et protège les intérêts des Britanniques. Cette collaboration assurée, le reste importe moins. Le roitelet viole les règles de la démocratie ? On ne saurait attendre mieux d’un primitif …
Je ne prête pas ces sentiments à la minorité anglaise du Québec. Mais les choses se passent comme si quelques-uns de ses chefs croyaient à la théorie et à la pratique du roi nègre. Ils pardonnent à M. Duplessis, chef des naturels du pays québécois, ce qu’ils ne toléreraient de l’un des leurs.On le voit couramment à l’Assemblée législative. On l’a vu à la dernière élection municipale. On vient de le vérifier à Québec.Le résultat, c’est une régression de la démocratie et du parlementarisme, un règne plus incontesté de l’arbitraire, une collusion constante de la finance anglo-québécoise avec ce que la politique de cette province a de plus pourri.
Source : André LAURENDEAU, « La théorie du roi nègre - I », dans Le Devoir, le 4 juillet 1958, p. 4.
En ce qui me concerne, VLB, comme indépendantiste, a parfaitement le droit de décrire Michaelle Jean comme la "Roi-Nègre" du Canada, puisque son titre n’est qu’un titre honorifique, symbole de la monarchie britannique au Canada, mais représentante réelle d’un pays auquel le Québec est inféodé.
Pierre Cloutier ll.m, avocat



