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Je commenterai le rapport Bouchard-Taylor quand je l’aurai lu. Je veux plutôt attirer votre attention sur une transformation fondamentale en cours qui passe presque inaperçue.
Le fédéralisme québécois traditionnel, celui d’un Robert Bourassa par exemple, était centré sur l’idée que la place du Québec à l’intérieur du Canada posait problème. Ce dernier devait donc changer en profondeur.
Ce fédéralisme est mort et enterré. Les nouveaux fédéralistes québécois prônent l’acceptation de notre situation. Mais loin d’être résignée, cette acceptation est active, sans complexes et totalement assumée.
Pour s’en convaincre, il faut lire Reconquérir le Canada, véritable manifeste de ces néofédéralistes décomplexés et enthousiastes.
RÉVOLUTIONNAIRE
Ce livre est important parce qu’il repose sur l’idée qu’il faut changer les termes mêmes du débat. C’est l’équivalent intellectuel d’une mutation génétique de la pensée fédéraliste québécoise.
On ne raisonne plus à partir d’une lecture fédéraliste québécoise du Canada. Le plan est d’imposer dans les esprits une lecture intégralement canadienne de la trajectoire québécoise.
On commencera par nous dire qu’il faut « reconceptualiser » notre vision du Canada. On donne ensuite un vernis de modernisme et de sophistication à cette vision.
Si vous voyez comme des malheurs nos défaites passées, c’est que vous macérez dans « la rancœur, la paranoïa et l’amertume ». Votre culture politique est « victimaire et isolationniste ».
Il faut faire « table rase » du passé et « exorciser nos vieux démons ». Même la Conquête comporta « d’indéniables avantages », nous dit André Pratte. Rien de moins.
Bref, notre sort est enviable, nous avons tout l’espace pour nous affirmer, et rien ne doit jamais être dramatisé.
La langue anglaise, détachée de tout rapport de force, n’est qu’un « pur outil de travail quotidien ». Et les « tensions » sont normales.
Si nous ne réalisons pas notre bonheur, c’est parce que nous n’arrivons pas « à nous défaire de nos préjugés », nous explique Marc Garneau.
On lit ça, et on se demande si on a bien lu.
RÉSIGNATION
On comprend dès lors qu’ils s’opposent systématiquement à la moindre proposition ambitieuse pour affirmer l’autonomie du Québec.
Une nouvelle loi 101 ? Ils sont contre. Une constitution pour le Québec ? Contre. Rapatrier des pouvoirs ? Contre. Des nouveaux pourparlers constitutionnels ? Contre. Le déséquilibre fiscal ? Réglé. L’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser ? Pas essentiel.
C’est évidemment parce qu’ils savent que le Québec n’obtiendra rien de sérieux et qu’ils craignent que de nouveaux blocages relancent la souveraineté. L’unité canadienne prime donc sur toute autre considération.
Face à un problème que vous ne pouvez régler, minimisez-le ou, mieux encore, soutenez qu’il n’y a pas de vrai problème.
RADICAL
Le chroniqueur Alain Dubuc vient de demander aux souverainistes de déposer unilatéralement les armes. Les fédéralistes qui cherchaient jadis à élargir l’autonomie politique du Québec au sein du Canada les ont déposées depuis longtemps.
Non seulement les nouveaux fédéralistes québécois n’apportent rien qui réponde aux doléances alimentant le nationalisme québécois, mais ils nous proposent d’assumer, pleinement et pour toujours, toutes les conséquences d’être une éternelle minorité.
Ce fédéralisme intégral, qui veut faire passer la résignation pour un réalisme progressiste, est un choix légitime. Mais il faut en saisir le radicalisme et travailler à son dévoilement.

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