La « mosquétéria »

vendredi 22 juillet 2011

L’école secondaire publique accueillant les jeunes du quartier de Toronto abritant la plus forte concentration de musulmans au Canada est dans l’eau chaude. Et ce, à cause d’une histoire de « mosquétéria » qui a fini par enflammer les esprits... On aura deviné qu’il est question de religion, de multiculturalisme et d’accommodement, redoutable trilogie dont le Québec n’a visiblement pas l’usage exclusif.

Voici donc.

La Valley Park Middle School cède pendant une demi-journée par semaine sa cafétéria à un imam qui y préside une séance de prière à l’intention des élèves musulmans. Les garçons sont installés à l’avant. Les filles derrière eux. Les filles ayant leurs règles (!) complètement à l’arrière de la salle.

L’école plaide qu’elle ne fait qu’accommoder ses élèves musulmans. Le conseil scolaire estime que, légalement, la religion (protégée par la Charte canadienne) a préséance sur l’éducation (encadrée par l’Education Act ontarien). Et les quotidiens torontois jugent qu’il s’agit, au choix, d’une « dynamique communautaire inclusive prometteuse pour notre avenir multiculturel » ; ou d’un « retour dans le temps faisant en sorte que les filles dites impures sont écartées pour ne pas souiller les autres ». (Toronto Star et National Post, respectivement)

Enfin, tant il est vrai que seul un dieu peut en bousculer un autre, les positions les plus tranchées viennent des lobbies hindou, juif et chrétien, qui descendront dans la rue pour protester.

* * *

En pareille matière, nous ne reprendrons pas toute l’argumentation qui a été mille fois exposée dans cette colonne. Un bref rappel, tout de même, de deux grands axes.

Un : presque toutes les sociétés occidentales, dont la nôtre, sont prêtes à renoncer à leurs valeurs les plus fondamentales si la pression est assez forte : pas grave, s’excuse-t-on chaque fois, ce n’est qu’un tout petit accommodement sans conséquence. Deux : si les droits sont égaux en principe, la pratique privilégie ceux qui ont trait à la religion, devant la laïcité de l’espace public, l’égalité, la liberté d’expression.

Mais peut-être le recours à l’analogie sera-t-il plus éclairant.

Par exemple, face à une institution religieuse qui forcerait ses fidèles noirs à s’asseoir derrière les fidèles blancs lors d’une prière publique (et les Noirs homosexuels, ou handicapés, ou vieux, derrière tous les autres à l’arrière de la salle), quelle serait la réaction ? On enverrait la police, tout simplement.

Et quelle serait la réponse donnée à un prêtre catholique qui réclamerait la célébration hebdomadaire d’une messe dans la cafétéria (l’« églitéria » !) de l’école publique du quartier ? On lui ordonnerait dans un langage fleuri de remballer ses ciboires et ses calices, à n’en pas douter...

Il faudra un jour que quelqu’un, quelque part, nous explique la logique qui préside à tout ça.


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