Il aura donc fallu 40 ans (deux générations !) pour qu’on apprenne que Pierre Laporte n’a pas été assassiné par le FLQ mais qu’il est mort "accidentellement".
Alors qu’on s’apprêtait à le transférer, la cachette de la rue Amstrong étant brûlée suite à la descente policière juste en face de la maison, Laporte, déjà blessé par une tentative d’évasion à travers la fenêtre, s’est débattu et s’est mis à crier avant d’entrer dans le coffre de l’auto. On s’est assis dessus, l’étouffant (Kordic, l’ancien nordique, a été tué un peu de la même façon dans un motel à Québec, mais cette fois par une demi-douzaine de beus). Une "bavure" évidemment qui n’était pas au programme de nos révolutionnaires, un peu brouillons.
Paul Rose, reconnu coupable de sa mort, n’était même pas sur place. Mais ça on le savait depuis longtemps.
Ce qui a trompé tout le monde, depuis 40 ans, c’est le foutu communiqué du FLQ disant qu’on avait assassiné "le ministre du chômage et de l’assimilation". "De la bravade", a dit laconiquement l’auteur, Robert Comeau, à Guy Gendron qui a produit l’excellent reportage à Radio-Canada. La cellule Chénier a voulu jouer des mécaniques, montrer qu’elle avait du coffre (on me pardonnera le jeu de mot), qu’elle était sérieuse, qu’elle irait jusqu’au bout, alors qu’elle venait de commettre une énorme bavure, une bavure qui devait avoir des conséquences énormes pour le mouvement souverainiste (Drapeau a été réélu avec 90% des voix et Bourassa a été réélu avec 102 députés sur 108).
Mais il n’y a pas que le FLQ qui a menti dans cette histoire puisqu’on apprend que la police avait enregistré une conversation, en prison (bonjour l’intégrité de la police !), entre Jacques Rose et Robert Lemieux. Elle savait donc, depuis 1971, que Laporte était mort "accidentelllement". Si la police le savait en 1971, Bourassa le savait aussi, Choquette le savait, Trudeau le savait, Lalonde le savait, Drapeau le savait.
Pourtant, toute la classe politique fédéraliste a surfé sur l’assassinat de Laporte, trop contente de montrer à quoi ressemblerait un Québec libre dirigé par le Pikiou, grand frère du Effelkiou.
Quarante ans avant que le peuple apprenne le fond de l’histoire.
D’autres questions restent encore à répondre sur la crise d’Octobre, comme pourquoi on a mis autant de temps à ouvrir le coffre ou ce qui est advenu de certains communiqués, mais au moins on aura percé la principale énigme sur le seul mort de la crise, une énigme de 40 ans !
PS : Le terrorisme en Irlande du Nord a fait 3000 morts en 30 ans. Tout est relatif.
