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La méthode PKP

lundi 17 mars

Il a hérité d’un empire et l’a totalement rebâti à son image, bousculant les syndicats au passage. Son union avec Julie Snyder et ses efforts pour ramener les Nordiques à Québec l’ont propulsé au rang de star. Partout où Pierre Karl Péladeau est passé, il a appliqué la même méthode : fixer un objectif, s’y accrocher avec un souci maniaque du détail et écraser tous ceux qui s’y opposent. Le PDG le plus controversé du Québec pourra-t-il utiliser la même recette en politique ?

Le patron

La vieille dame, qui venait tout juste d’emménager dans un nouveau lotissement immobilier de la grande région de Montréal, n’en revenait tout simplement pas. L’homme qui sonnait à sa porte pour lui « vendre le câble » n’était nul autre que Pierre Karl Péladeau, le grand patron de Vidéotron. « Parlez-moi donc de Julie ! », lui dit-elle à la blague. Péladeau ne fait ni une ni deux, appelle Julie Snyder et passe son téléphone à la possible-future-cliente.

« Je peux vous dire que la dame a acheté du Vidéotron ! », dit en riant Luc Lavoie, qui a été l’un des plus proches conseillers de Péladeau pendant près de 10 ans.

Après avoir mis la main sur Vidéotron, PKP est monté dans des poteaux, est descendu dans des trous d’homme et a « vendu le câble » aux nouveaux ensembles résidentiels. C’est la méthode Péladeau : d’abord, explorer l’entreprise dans ses moindres détails et ensuite, exercer un contrôle serré sur les finances.

Un jour à peine après que le CRTC eut approuvé la transaction, PKP était déjà aux bureaux de Vidéotron. En s’y rendant, il a remarqué le stationnement plein de camions, en plein après-midi. « Coudonc, on est-tu dans une business de stationnement ? », s’est-il exclamé. Dès le lendemain, l’entreprise mettait en vente 50 % de son parc de véhicules.

Comme après chaque acquisition, Péladeau a signé personnellement tous les chèques émis par l’entreprise pendant deux mois. « Il pouvait passer des soirées entières avec des caisses de chèques. Et il demandait souvent : pourquoi je paye ça ? C’était un message envoyé à tout le monde. Il n’y a pas de petites économies », raconte Luc Lavoie.

Sa devise : acheter

La vie de PDG de Péladeau a été ponctuée d’acquisitions. Sa toute première entreprise, il l’a achetée à 26 ans. « Mon père m’a mis le book de la compagnie Maxwell Graphics sur mon bureau et il m’a dit : "Occupe-toi de ça" », raconte Pierre Karl Péladeau, en entrevue à La Presse. À l’époque, il était encore étudiant en droit. « Lors du closing, un des avocats qui représentait le consortium bancaire était mon professeur à l’Université de Montréal. Il m’a dit : "Est-ce que vous avez l’autorisation de signer ce deal, M. Péladeau ?" »

Cette toute première transaction, il l’a réalisée avec la Caisse de dépôt. Signe des temps, c’est cette même caisse qui lui signera un chèque de 2,5 milliards pour réaliser ce qu’il qualifie de meilleur coup de sa carrière, d’acquisition « transformationnelle » pour son entreprise : l’achat de Vidéotron.

À l’époque, le propriétaire André Chagnon voulait vendre à l’ontarienne Rogers. « On a dit à Pierre Karl : "Il faut que tu t’intéresses à Vidéotron." Au début, il était très sceptique. Il avait grandi dans le papier », raconte Michel Nadeau, à l’époque numéro deux à la Caisse de dépôt.

La transaction a été vertement critiquée. « Ça n’a pas été le Pérou financièrement, admet Michel Nadeau. Sur 10 ans, ça a donné le rendement du marché. Mais sur 20 ans, ce sera un excellent investissement. Et regardez les emplois ! Le siège social est à Montréal ! Avec Rogers, les emplois, le siège social, tout aurait disparu. »

Vérification faite, l’investissement de la Caisse dans Vidéotron a généré entre 2000 et 2012 un rendement de 7 % (incluant les dividendes de 324 millions versés et la perte nette de 100 millions sur les actions vendues par la Caisse en 2012), comparativement à la progression de l’indice de la Bourse de Toronto, qui a gagné 15 % durant la même période.

Avec cette transaction de 5,4 milliards, qui aurait pu faire couler l’entreprise sous le poids d’une dette pharaonique, Pierre Karl Péladeau a vécu un rare accès d’anxiété, avoue-t-il. « C’est arrivé en ski. Au Massif. Et le lendemain, c’était parti », raconte-t-il sobrement, plus de 10 ans après les faits.

Un régime de peur

Nombreux sont les ex-cadres de Québecor avec qui on a pris contact pour cet article qui ont refusé de nous accorder une entrevue. Et ceux qui parlent le font, la plupart du temps, sous le couvert de l’anonymat, invoquant la crainte de représailles. Pas surprenant : un ex de l’empire Québecor parle de « régime de peur » pour décrire ce qu’il a vécu pendant quelques années.

Quand ça ne marche pas au goût de PKP, ses colères peuvent être spectaculaires. Certains hauts cadres de direction de Québecor gardent un souvenir horrifié d’une réunion où le patron était tellement furieux qu’il était monté debout sur la table de la salle de conférence pour les haranguer.

« Il est monomaniaque, narcissique, il est au centre de tout et c’est son idée qui doit primer », dit un ex-cadre de l’empire. « Revanchard, rancunier, antagoniste », ajoute un autre. Péladeau a en effet imposé une culture de la poursuite à son entreprise. Il s’est lancé dans de nombreuses guérillas juridiques, du président de Radio-Canada au président de l’Assemblée nationale.

« Il a payé le loyer d’Ogilvy Renault (un grand cabinet d’avocats, devenu Norton Rose) pour les 20 prochaines années », affirme ironiquement un ancien cadre de l’empire. « Le service juridique est actif, influent et très agressif. S’il y a un obstacle légal, on te répond : on va faire changer la loi ! », ajoute un autre.

En annonçant sa candidature cette semaine, Péladeau a fait la déclaration suivante : « Vous connaissez la politique chez Québecor : la direction n’intervient pas dans le contenu éditorial. » En entendant cela, plusieurs membres du club des ex de Québecor ont éclaté de rire. « S’il avait été branché sur un polygraphe, l’aiguille aurait tapé dans le rouge », dit l’un d’eux. On nous a raconté plusieurs incidents, qu’on nous a ensuite prié de taire parce qu’ils étaient trop « identifiants ».

« Les journalistes de Québecor avec qui j’avais une bonne relation m’avertissaient souvent à l’avance des questions qui étaient « une commande » de la haute direction, raconte un ancien élu. Ça me donnait 30 secondes pour me préparer. »

D’autres affirment, au contraire, n’avoir jamais reçu de commandes directes du grand patron. « Il n’a pas besoin d’intervenir personnellement. Les gens veulent lui plaire. C’est comme ça qu’on monte ou qu’on garde son emploi », de résumer un autre ancien cadre d’une salle de rédaction.

Le négociateur

Au bout du fil, l’homme sanglote. L’homme, c’est Raynald Leblanc, qui a tenu la barre du Syndicat des travailleurs de l’information au Journal de Montréal pendant le lock-out qui a duré plus de deux ans. La question était pourtant banale : « Comment êtes-vous sorti de ce conflit, M. Leblanc ? » Après un long silence, la réponse est finalement venue. « Comme vous le voyez, madame. Comme vous le voyez. »

Trois ans après la fin du plus long conflit du secteur des communications au Québec, Raynald Leblanc est un homme brisé. « La convention qu’on a finalement signée, c’était renier une activité syndicale de 25 ans. Ce n’est pas glorieux, dit-il. Mais ce qui fait le plus mal, c’est de savoir que certains n’ont jamais été capables de retrouver un emploi et en ont arraché. J’essaie de ne pas trop y penser. C’est trop douloureux. »

La méthode PKP, face aux syndicats, se résume en deux mots : non-négociation, estime Pierre Roger, actuellement président de la Fédération nationale des communications (FNC) de la CSN, impliqué de très près dans le conflit au Journal de Montréal. « M. Péladeau a mis de côté tout le jeu normal de la négociation. Il arrivait et disait : voici ce qu’on veut. Et ça va être ça. »

Six conflits en vingt ans

En 20 ans, Québecor a vécu six grands conflits de travail. Le premier a été celui des pressiers et des typographes, en 1993. Pierre Péladeau père était encore aux commandes de l’entreprise. Serge Fortin s’en souvient parfaitement : à titre de vice-président aux ressources humaines, c’est lui qui négociait.

« On parle beaucoup de l’intransigeance de Pierre Karl, mais si on faisait un concours d’intransigeance entre lui et les syndicats de la boîte, je suis pas sûr que c’est lui qui gagnerait. Les conditions de travail au Journal étaient aberrantes », résume l’homme, qui a quitté Québecor au milieu des années 2000. Exemple ? Des pressiers qui travaillaient 20 heures par semaine payés au-delà de 100 000 $ par an... avec vacances payées à temps et demi.

Le lock-out dure cinq mois, après quoi, Pierre Péladeau demande à Serge Fortin de régler le conflit. Son fils, lui, aurait voulu poursuivre la bataille. « Oui, il l’a probablement eu sur le coeur », dit Fortin.

En 2002, PKP prend le fauteuil de PDG quand un conflit de travail éclate chez Vidéotron. Le patron veut y couper 30 millions sur une masse salariale de 110 millions. Plus de 2000 employés sont sur le trottoir. Comme l’entreprise est régie par une charte fédérale, Péladeau peut avoir recours à des briseurs de grève.

Malgré nos demandes auprès de membres de l’exécutif syndical de l’époque, personne n’a accepté de nous parler de ce douloureux épisode : le règlement à l’amiable d’une poursuite intentée par Québecor, à l’époque, les empêche toujours de s’exprimer... « On ne veut pas rouvrir de vieilles plaies », se borne à dire Jacques Denommée, président actuel du syndicat.

« On était finis »

Au Journal de Montréal, en 2009, Québecor trouve une astuce pour déjouer la loi québécoise qui interdit les briseurs de grève : on augmente le personnel dans les entités parallèles de l’empire. Quand la Commission des relations de travail juge la chose légale, « ils [viennent] de gagner la bataille, dit Raynald Leblanc. On [est] finis ». Au fil des mois, l’absence de rapport de force se confirme : le tirage du Journal se maintient et les revenus publicitaires aussi.

Et les demandes sur la table sont énormes. PKP veut éliminer la quasi-totalité du personnel de bureau et, surtout, imposer une convergence des contenus qui aurait mené à une réduction massive du nombre de journalistes dans la salle.

« C’était devenu ingérable », écrivait cette semaine Pierre Schneider, ancien cadre du Journal de Montréal, dans les pages duDevoir. « La convention blindée du syndicat était un gros obstacle à la pratique d’un journalisme efficace. »

« Le syndicat au Journal était devenu un monstre, qui générait des centaines de griefs chaque année », dit Paule Beaugrand-Champagne, rédactrice en chef du Journal de Montréal de 1998 à 2001, qui a pourtant vertement critiqué la méthode PKP au Journal.

Chose certaine, le conflit a changé le rapport de force dans le secteur des médias, déplore Pierre Roger, de la FNC, qui représente également les journalistes de La Presse. « Rappelons-nous la menace à La Presse en 2009 : on va arrêter la publication ! Il y en a plusieurs qui ont surfé sur le lock-out au Journal », estime-t-il. Les négociations à La Presse se sont cependant conclues sans conflit de travail.

L’homme

De l’âge de 8 à 16 ans, celui qui s’appelait tout simplement Carl - avec un C, pas un K - n’a pas vécu avec ses parents. « Mon père bâtissait son empire et ma mère était très malade », laisse-t-il tomber sobrement.

Péladeau père conclut donc une entente avec une famille qu’il connaît bien : les Laframboise, qui habitent à Cartierville. La famille, qui compte six enfants, hébergera Pierre Karl pendant ces huit années. « Pierre Karl, je l’aime comme un fils », dit Marie Laframboise.

Ce séjour dans une « famille tissée serré, où régnait une grande joie de vivre », a été marquant, dit Pierre Karl Péladeau. « C’était un enfant agréable, un beau caractère. Il aimait relever des défis. » Le jeune Pierre Karl fait du ski de compétition avec les enfants Laframboise la fin de semaine. Quand il n’arrive pas dans les cinq premiers, il se fâche, raconte Mme Laframboise en riant.

Il va en autobus au Collège Stanislas où il est dans la même classe que Joseph Facal, qui deviendra ministre du Parti québécois. Régulièrement, il va voir son père, qui habite à Sainte-Adèle. Puis, à 16 ans, il va vivre seul dans un studio en face du Collège Jean-de-Brébeuf, qu’il fréquente. Un peu jeune pour vivre en solo ? « Je me suis toujours débrouillé pas mal tout seul », dit-il.

Cette étrange enfance a fait de Pierre Karl Péladeau un homme extrêmement attaché à sa famille. Ceux qui le connaissent racontent à quel point il adore ses enfants. « Son bureau a l’air d’un CPE ! C’est plein de dessins et de photos de famille », dit Michel Nadeau, maintenant à l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées.

Chaque année, le redoutable patron passait l’Halloween avec ses enfants. Pierre Karl portait invariablement le même déguisement que Thomas, qui a aujourd’hui 8 ans, et Julie était vêtue comme Romy, 5 ans. Un ami qui les a invités à prendre un verre lors d’une de ces tournées de bonbons n’en revenait pas. « J’ai un PDG déguisé en superhéros dans mon salon ! »

L’éclatement de ce couple uni a été brutal. Péladeau a quitté le chalet où était rassemblée la petite famille le 24 décembre dernier, avant que le réveillon commence.

La révolte du gosse riche

Au début des années 80, quand il entre en philo à l’UQAM, Péladeau fils a un accès de révolte contre son riche papa : il s’en va vivre dans un appartement miteux de la rue Saint-Dominique avec Charles Landry, qui est ironiquement le rejeton de Roger D. Landry, à l’époque éditeur de La Presse. Ils ont pour tout ameublement deux matelas posés par terre, une table de cuisine léguée par un précédent locataire et un grille-pain.

« C’était infesté de coquerelles et on gelait l’hiver, raconte Landry. On se prenait pour des communistes. On avait passé à travers 150 pages du Capital de Marx, et on avait trouvé ça ben correct. »

Les deux potes ont établi leur quartier général au Café Campus et distribuent des tracts sans vraiment être des militants. Ce ne sont pas les paternels qui paient les 220 $ de loyer : Péladeau travaille au Big Boy, un resto de burgers près de l’oratoire Saint-Joseph. « Il a commencé laveur de vaisselle et ensuite, a eu une promotion comme serveur », rigole Landry.

Péladeau décide ensuite d’aller poursuivre ses études de philo à Paris, à l’Université Paris VIII-Vincennes, l’un des berceaux des soixante-huitards.

Il revient finalement à Montréal pour étudier le droit. Là, il empruntera le chemin que son père avait tracé pour lui et entre chez Québecor.

Dépenser ? Pas question !

Comme patron, il a exigé une discipline financière de tous les instants. Une discipline qu’il s’impose aussi dans la vie, raconte Luc Lavoie. « L’idée de dépenser 200 $ pour une cravate, pour lui, c’est complètement fou, dit-il. Je ne l’ai jamais vu avec une voiture neuve ! »

Quand sa secrétaire - une maniaque du vélo - l’informe que son nouvel engin, cadeau de Julie Snyder, vaut plusieurs milliers de dollars, il est horrifié. « Échange-le contre 48 week-ends à Plattsburgh ! », blague le conseiller Lavoie.

Au travail, il impose à tous son rythme démentiel. Christian Paupe l’a connu - et apprécié - à ses débuts comme PDG. « Il était très exigeant, et ce n’est pas pour tout le monde. Tout le monde ne peut pas vivre avec un "beat" d’enfer », dit-il.

À l’époque, Péladeau se levait à 5 h, était dans la piscine à 6, nageait 100 longueurs, puis, se rendait au bureau à 7 h avec, sous le bras, un four pack de canettes Perrier. Pas de café, jamais d’alcool, jamais de restaurants ou d’hôtels coûteux.

Il pouvait facilement envoyer à ses cadres trois ou quatre courriels avant l’aube. Sa spécialité ? Découper des articles dans les journaux, les faire scanner par sa secrétaire, puis les envoyer à qui de droit. « Je lui disais : arrête ! », relate Luc Lavoie.

Même ses plus féroces détracteurs vantent son intelligence exceptionnelle et sa mémoire phénoménale. Et aussi, ses accès de générosité.

Ses amis comme ses ennemis l’ont regardé sauter dans l’arène politique comme simple soldat avec un certain amusement. « De l’imaginer simple député qui doit rendre des comptes, c’est inimaginable. Invraisemblable », dit un ancien cadre de l’entreprise. « Je ne le vois tellement pas discuter dans un caucus pendant deux heures avec des députés pas toujours très pertinents ! », s’esclaffe un autre.

Et Luc Lavoie de conclure : « Il a toujours été patron. C’est son destin d’être patron. Est-ce qu’il va être capable de ne pas être le patron ? »

La star

Vacances de Noël 2001. Julie Snyder et Pierre Karl Péladeau font un séjour de ski en France. Péladeau a interdit la télé pendant le séjour. Snyder a donc loué une autre chambre pour pouvoir regarder une émission de téléréalité qui fait vibrer la France : Star Academy. Son conjoint, curieux, laisse tomber ses principes et la regarde à ses côtés. Tous deux sont happés par le concept.

Cette anecdote, maintes fois racontée, fait désormais partie de la légende du couple Péladeau-Snyder. Un an auparavant, son union avec la démone avait propulsé PKP dans le petit monde du vedettariat. « C’étaient deux personnes en grande osmose. Un team », dit Stéphane Laporte, qui se retrouvera aux commandes de Star Académie, version Québec, aux côtés de Julie Snyder.

Et la suite fait partie de l’histoire : Star Ac sera l’un des plus grands succès de la télé québécoise. Trois millions de téléspectateurs chaque semaine, puis une tournée de spectacles à travers le Québec et un disque qui occupera la première place du palmarès pendant des semaines.

Pour cette première mouture de l’émission - il y en aura quatre au total -, Laporte a consacré trois mois aux auditions de 5000 candidats. Ailleurs dans le monde, aucune autre équipe qui diffuse le concept n’a procédé ainsi. « Les autres nous trouvent fous de faire ça. C’est vrai qu’il y a quelque chose d’extrême là-dedans », dit Stéphane Laporte.

Tremplin de la convergence

Star Académie a non seulement été une réussite sur les plans culturel et télévisuel, mais Péladeau en a aussi fait le tremplin de la convergence pour son groupe médiatique. Nous sommes en 2003, le Québec est plongé en élections, la guerre en Irak vient d’être déclenchée, mais Le Journal de Montréal fait plusieurs fois sa une avec les jeunes chanteurs de Star Ac. La boîte de Julie Snyder, Productions J, fait signer des contrats aux plus talentueux... et on vend leurs disques chez Archambault, propriété de Québecor.

Résultat : Star Académie devient un phénomène de société. « À un moment donné, on a senti que Star Académie était entré dans le coeur des gens », dit Stéphane Laporte. D’autres concepts à succès suivront, toujours produits par Julie Snyder : Le banquier,Occupation double, et maintenant La voix.

Cette emprise sur le monde de la culture a son revers : Louis Morissette, mari de Véronique Cloutier, est banni de l’empire Québecor pour un sketch du Bye Bye jugé trop grinçant par le grand patron. Morissette, depuis revenu en grâce, a refusé nos demandes d’entrevue. « Il juge qu’il en a assez parlé », nous a dit son adjointe, Caroline Bouchard.

Mais au-delà des émissions blockbusters diffusées à TVA, Québecor finance aussi une myriade d’organismes culturels qui sont bien loin des paillettes. Comme le Festival du nouveau cinéma, dirigé par Claude Chamberlan. « Un jour, il nous est arrivé avec une proposition très généreuse », dit Chamberlan.

Pour Chamberlan, la plus grande réalisation culturelle de Péladeau, c’est toutefois le projet Éléphant : Québecor a financé la numérisation de 200 classiques du cinéma québécois, offerts sur les terminaux illico. « Il a sauvé le patrimoine du cinéma en le rendant accessible », dit-il.

Le héros de Québec

L’entreprise de PKP n’a été nulle part aussi généreuse que dans la ville de Québec. Québecor est partout : Espace Félix-Leclerc, Les Violons du Roy, l’hôpital Laval, le Petit Séminaire de Québec... Pourquoi Québec ? Parce que c’est là, avec le projet des Nordiques, que Péladeau a acquis une stature de sauveur.

« Pierre Karl Péladeau, à Québec, c’est une rock star », dit Mario Bédard, comptable chez Mallette et architecte du projet J’ai ma place. Avant même que le projet d’amphithéâtre ne prenne réellement forme, le groupe de Bédard a vendu à la population de Québec des sièges fictifs dans ce Colisée fictif. Total : 20 millions amassés. C’est dire à quel point les gens de Québec désiraient le retour du hockey dans leur ville...

Lors de la Marche bleue, en 2010, des dizaines de milliers de personnes ont marché sur les Plaines pour réclamer le retour des Nordiques. « Péladeau y a été applaudi comme un héros », note François Bourque, chroniqueur au Soleil. « Péladeau a parti le rêve des Nordiques, résume Mario Bédard. Et cette perspective a redonné espoir aux gens de Québec. »

- Avec la collaboration de Denis Lessard, Francis Vailles et Kathleen Lévesque


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