La malédiction Accurso ?

dimanche 18 octobre 2009

Ceux croyant que la démission-congédiement de Benoît Labonté « tuerait » l’éthique comme thème dominant de la campagne électorale à Montréal parce qu’il était le bras droit de la candidate à la mairie dont le « ménage » à l’Hôtel de ville est justement le message central, devraient comprendre qu’une telle chose est impossible avec tout ce qui se brasse de pas joli à tous les niveaux de la politique québécoise.

La raison : cyniques ou pas, les citoyens en ont ras-le-pompon.

http://www.cyberpresse.ca/actualites/regional/montreal/200910/18/01-912467-labonte-na-pas-su-dissiper-le-doute-dit-harel.php

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Tant et si bien que ce dimanche, le thème de l’éthique a même trouvé écho à l’ADQ.

Devenu chef grâce à deux petits votes émanant d’une faible participation de 30% des membres - l’avenir dira si cela aura été ou non un cadeau empoisonné -, Gilles Taillon en disait ceci :

« Scandales, collusion, corruption, déficits, c’est la marque de commerce des partis qui nous ont gouvernés depuis plusieurs années au Québec. La prochaine fois, c’est nous qui allons gouverner et on va faire disparaître ce qui fait en sorte que le Québec rapetisse en Amérique du Nord. »

(En passant, M. Taillon reprend ici un des thèmes préférés de Mario Dumont : comment l’ADQ se doit en tout d’être différente de ce qu’il appelait les « vieux partis ».)

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LA « MALÉDICTION » ACCURSO ?

Sur cette question d’éthique, si le maire Gérald Tremblay a refusé stratégiquement de se « réjouir » du week-end d’enfer de Louise Harel, c’est non seulement parce que c’est surtout dans sa propre cour que s’agglutinent les enquêtes de la Sûreté du Québec et les révélations faites depuis des mois par la plupart des médias.

C’est aussi peut-être parce que si Benoît Labonté vient de périr politiquement par la faute de ce qu’on pourrait appeler la « malédiction Accurso », il semble bien que ce soit à un cocktail de financement organisé à Saint-Léonard par Frank Zampino, lui-même ancien bras droit de Gérald Tremblay, que Labonté aurait rencontré Tony Accurso (*) la première fois, et ce à une époque où Labonté était encore à Union Montréal, le parti du maire.

Et il semble bien que ce soit l’incapacité de M. Labonté d’expliquer les traces laissées par des appels téléphoniques présumés entre lui et M. Accurso, qui ait été pour Louise Harel le prétexte final pour « démissionner » M. Labonté. Ou, dit en termes plus diplomatiques : la goutte ayant fait déborder un vase déjà passablement plein.

(*) Accurso dirige plusieurs compagnies dans le domaine de la construction, dont Simard-Beaudry, partenaire du consortium GÉNIEAU, lequel avait obtenu le fameux contrat des compteurs d’eau.

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Et maintenant, ceci, sous toutes réserves :

Selon TVA, Benoît Labonté, par l’entremise d’un intermédiaire, aurait également reçu plus de 200 000$ en dons d’une dizaine de firmes de construction, d’ingénieurs-conseil et d’architectes :

http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/regional/archives/2009/10/20091018-170729.html

Comme on l’aura répété à satiété : cela n’aurait rien d’illégal si l’argent est allé à la campagne à la chefferie, et non au parti . Explication : au Québec, les argents amassés pour les campagnes au leadership sont considérés comme faisant partie de la régie interne des partis ! Ce que seule l’Assemblée nationale peut modifier par loi. On peut toujours rêver...

Mais au niveau éthique, puisque de telles firmes attendent souvent des retours d’ascenceur en contrats publics du moment où le politicien en question prend le pouvoir, c’est une toute autre histoire.

Bien sûr, il y en a aura toujours pour banaliser un peu tout ça et avancer qu’il n’y a pas nécessairement de lien de cause à effet entre les contributions de propriétaires d’entreprises et l’obtention éventuelle de contrats publics. Mais le fait est qu’ils ne font certainement pas ces contributions par amour de la démocratie ! Et encore moins par charité chrétienne...

Dans la suite des révélations de l’émission Enquête, voici d’ailleurs ce qu’en rapportait Le Devoir :

« Jeudi, l’émission Enquête de Radio-Canada a diffusé un enregistrement d’une conversation téléphonique dans laquelle un entrepreneur, Lino Zambito, proposait à des élus de l’opposition à la Ville de Boisbriand d’éviter des élections le 1er novembre. Le Directeur général des élections du Québec a annoncé hier qu’il ferait des vérifications dans cette affaire. « Nous vérifions si une infraction a été commise relativement à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités », a indiqué Denis Dion, porte-parole du DGEQ.

Patron de l’entreprise de construction Infrabec, Lino Zambito a obtenu plus de 50% des contrats de la municipalité de Boisbriand ces dernières cinq années. Il a aussi été le seul soumissionnaire pour la construction de l’usine d’épuration des eaux. Or, selon le site du DGEQ, on peut voir qu’un Lino Zambito a beaucoup contribué au Parti libéral du Québec de 2003 à 2008 : 3000 $ en 2008, 2000 $ en 2007, 3000 $ en 2006, 2800 $ en 2005, 3000 $ en 2004 et 500 $ en 2003, pour un total de 14 300 $. Le même électeur a aussi versé un total de 4500 $ à l’ADQ, soit 2000 $ en 2002 , 1500 $ en 2003 et 1000 $ en 2007. Le Parti québécois a aussi profité de sa générosité, mais pour plus petits montants : 600 $ en 2001, 720 $ en 2004, 250 $ en 2005, 1000 $ en 2006 et 1000 $ en 2007. »

http://www.ledevoir.com/2009/10/17/272126.html

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ARGENT PROPRE VS. ARGENT SALE

Ce dimanche, Mme Harel observait ceci

« Il n’y a que l’argent propre qui peut chasser l’argent sale ».

Traduction : seul plus de dons, même petits, des citoyens peut assurer que les politiciens n’auront pas recours à l’argent sale des entrepreneurs en quête de retours d’ascenseurs.

D’accord. Mais avec deux bémols.

1) Même si cela est « légal » dans certains cas, un politicien est déjà parfaitement libre de refuser ce qu’on appelle l’« argent sale », i.e., en argent comptant et venant de gens s’attendant à des retours d’ascenseur. En fait, tout politicien devrait le refuser sans qu’une loi ait à le lui dire.

2) L’« argent propre » des citoyens retournera à nouveau dans les coffrets des partis lorsqu’ils sentiront qu’on leur offre une vision qui en vaut la peine.

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MASQUES ET COMMISSION D’ENQUÊTE

Évidemment, ce week-end de fou ajoute aux preuves démontrant amplement la nécessité urgente d’une enquête publique indépendante.

Néanmoins, tous ces témoignages anonymes de gens « masqués » ou « cachés », et qui ont tant troublé Louise Harel, y apportent en fait l’argument ultime : seule une enquête publique permettrait à ces gens, et à d’autres, de témoigner en toute sécurité à propos de ce qui patauge dans toute cette boue.

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MAFIA MADE IN CANADA :

Et pour ceux croyant que ces toiles d’araignées, courtoisie du crime organisé, ne se tisseraient qu’au Québec - quoiqu’elles se tissent par contre ici plus serrées à cause de la petite taille des « élites » -, lisez ceci :

http://ca.news.yahoo.com/s/capress/091016/national/mafia_corruption

Et voyez comment dans cet article de la Canadian Press - repris à travers le Canada -, on avance l’hypothèse selon laquelle la mainmise de la mafia sur les contrats d’infrastructures serait un problème à travers le pays tout entier :

« A prominent expert on the Italian mob says he hopes Ottawa will be moved to act by riveting accounts of how the Mafia gobbles up public money in Montreal, because he says the problem exists nationwide.(...)

Despite all the public money at stake, the author of several books on the Mafia said he doubts any government in Canada, at any level, will delve into the organized-crime issue.

Antonio Nicaso told The Canadian Press that no Canadian government has ever shown a desire to look into "this grey area where criminals, politicians and businessmen get together."

"I don’t think in Canada there is political will or commitment to fight organized crime," Nicaso said. "The problem has been here for so long and they’ve never taken action or addressed the problem in the right way." (...)

We have a huge problem in Alberta, in British Columbia, now organized crime is spreading all over the country," Nicaso said.

"The government — any kind of government, any colour — have never shown any political will or any political commitment to fight organized crime."

And a public inquiry would serve to establish once and for all the connections between the mob and Canada’s political and business elements, Nicaso said. »

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TOUT LE MONDE EN PARLE :

Après y avoir vu les trois candidats à la mairie : vous ne trouvez pas, en bout de piste, que plusieurs idées de Louise Harel et de Richard Bergeron se rejoignent ?

Deuxième question : maintenant qu’elle a été forcée de « démissionner » Benoît Labonté, est-ce que Mme Harel s’en rend compte ?

***

LES SQUELETTES :

Une chose est certaine, à deux semaines seulement des élections et après ce week-end d’enfer pour Vision Montréal, le parti de Mme Harel souhaitera sûrement qu’on s’y sera assuré que le placard de son nouveau bras droit, Pierre Lampron, est bien et bien vide de tout squelette.


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