J’ai écrit il y a quelques semaines dans « Gursky, Kravitz, VLB et les autres… », un article publié dans les pages de Vigile, que le pays appartenait à celui qui l’occupait. Sous cet angle, on ne peut surtout pas reprocher à VLB de ne pas être passé de la parole aux actes en allant habiter les Trois-Pistoles. Cependant, malgré toutes ses explications, je n’ai jamais compris la logique suivant laquelle il avait appuyé l’ADQ aux dernières élections. On peut aimer et respecter ses voisins sans nécessairement partager leurs idées. Occuper le territoire, ne signifie pas partager les idées de ses adversaires. Moi-même qui viens de Rouyn-Noranda, la ville de Réal Caouette, je n’ai jamais été créditiste de ma vie. Dans cette perspective, son appui avoué au PI et son désir de se présenter sous cette bannière aux prochaines élections, cadrent mieux avec ses convictions. Si le simple fait qu’il ne brûle pas son œuvre est déjà une bonne nouvelle en soi, le fait qu’il revienne dans la famille indépendantiste en est une meilleure !
Les lecteurs de Vigile, péquistes ou péistes, reconnaîtront tous que le PI lui convient mieux que l’ADQ. Ce parti qui avait tant besoin d’un porte-étendard pour se faire connaître, pourra maintenant compter sur la notoriété de VLB. Toutefois, le problème du PI demeure entier. Il faut plus qu’une simple pluralité de vote pour fonder un pays, il faut une majorité de votes, juste 50%+1. Pas 55 % ou 60% comme le propose Stéphane Dion, juste 50%+1. Pourquoi ?
Parce que, quand on prétend qu’une minorité de votes peut suffire pour enclencher le processus d’accession à l’indépendance, on accrédite également la thèse de nos adversaires fédéralistes, celle de Stéphane Dion, à l’effet qu’une minorité de personnes, 40% ou 45%, peut suffire pour bloquer le vœu de la majorité d’accéder à l’indépendance, qu’une minorité pourrait avoir suffisamment de légitimité pour imposer sa loi à une majorité ! Une thèse très dangereuse pour l’indépendance du Québec. Plusieurs péquistes refuseront donc de rejoindre les rangs du PI pour cette question fondamentale. Le risque ne vaudrait pas la chandelle !
Toutefois, on ne peut pas nier l’habileté politique du Parti Indépendantiste à défendre une thèse qui a des assises légales, même si elle pose de sérieux problèmes en terme de légitimité et de précédent. En défendant l’idée qu’on peut faire l’indépendance avec une majorité de sièges et une minorité de voix, le PI force le débat avec le PQ. Plutôt que de se déchirer entre indépendantistes pour savoir qui sont les vrais indépendantistes, le genre de débat dont on n’a vraiment pas besoin, les échanges entre les deux partis vont plutôt porter sur la très pertinente question du pourcentage de votes nécessaires pour accéder à l’indépendance.
Une majorité ou une pluralité ?
Plus le PI deviendra populaire auprès des indépendantistes qui représentent actuellement 35% de la population québécoise, plus il obligera le PQ à prendre position sur la question de l’indépendance du Québec. Si le PQ ne veut pas perdre les appuis indispensables pour prétendre à la victoire lors des prochaines élections, il n’aura d’autres choix que de défendre l’idée qu’on doit enclencher le processus d’accession à l’indépendance dès qu’il obtiendra 50% + 1 du vote à un suffrage universel.
Tout éventuel attentisme du PQ sur cette question, ne pourrait plus être considérée comme une position valable par de nombreux indépendantistes qui décideraient alors d’aller rejoindre les rangs du PI, convaincus qu’ils n’ont plus rien à faire dans un parti qui se prétend indépendantiste, alors qu’il refuse même de s’engager à enclencher le processus d’accession à l’indépendance s’il obtenait une majorité absolue des voix à l’occasion d’une élection.
La présence du PI ouvre également le débat entre les deux partis sur la nécessité de former une coalition de partis indépendantistes pour enclencher le processus d’accession à l’indépendance dès que tous ceux-ci obtiendront ensemble plus de 50% du vote à l’occasion d’un même scrutin. En forçant tous ces débats que le PQ a toujours cachés sous les tapis à l’occasion de chaque élection, le PI ne peut que gagner en popularité auprès de nombreux indépendantistes déçus du PQ. Dans cette perspective, plus le PI sera populaire, plus il obligera le PQ à préciser davantage son option indépendantiste, le forçant ainsi à abandonner toute velléité d’ajournement de l’option pour gagner les prochaines élections.
L’équation est simple, à cause de la présence du PI, les vrais indépendantistes du PQ vont obliger le PQ à faire de l’indépendance l’enjeu principal de la prochaine campagne électorale, sinon plusieurs d’entre eux quitteront le vaisseau amiral pour aller rejoindre les rangs du PI, préférant changer une règle qu’ils n’aiment pas au sein du PI, plutôt que de demeurer dans un parti qui ne correspond plus à leurs convictions, privant ainsi le PQ des indispensables votes nécessaires à son élection. Ajourner la question de l’indépendance pour gagner l’élection deviendra alors un pari extrêmement dangereux où le PQ risquera de perdre plus d’électeurs qu’il ne pourra espérer en gagner, la présence de l’ADQ à sa droite, l’empêchant de compter sur les autonomistes et les fédéralistes fatigués pour gagner la prochaine élection.
S’il veut demeurer le vaisseau amiral de l’indépendance, le PQ n’aura pas d’autres choix alors, que d’exercer un leadership au sein des forces indépendantistes, à défaut de quoi il disparaîtra rapidement de la carte électorale, comme ce fût le cas pour la défunte Union Nationale en 1985. On peut comprendre que les membres du PQ aient pu jadis être déchirés par le fait de choisir entre l’option et leur chef, René Lévesque. Cette fois-ci, Mme Marois n’est vraiment pas dans une position stratégique pour ajourner l’option. Elle ferait bien d’y réfléchir deux fois avant de suivre les traces de son prédécesseur André Boisclair car cette fois-ci, il y a un joueur de plus dans l’arène, et il est d’autant plus redoutable qu’il est ouvertement indépendantiste, à l’image de 35% de la population québécoise.
Si le terrain appartient à celui qui l‘occupe, en laissant tout le terrain de l’indépendance au PI, le PQ finira par disparaître de la carte électorale faute d’électeurs. Une logique implacable à laquelle devraient sérieusement réfléchir les dirigeants du PQ. Voilà ce qu’annonce la venue de VLB au PI. Si nous voulons un pays, il faut l’occuper et défendre âprement chaque pouce de terrain menant à son indépendance. On peut compter sur VLB pour défendre cette idée : la logique de l’occupation.
Louis Lapointe
Brossard
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


