À Pile ou Glace, le nom des glaces « maison » est écrit en anglais. Pour le propriétaire, un Français de Montpellier, « c’est le Québec « multilangue » ». De toute manière, si les clients ne comprennent pas, on est là pour leur expliquer. Pas de quoi s’affoler. Après tout, « on est dans une Amérique anglophone ».
Québec est multi. « Multilangue », c’est-à-dire, de plus en plus anglais, multiculturel, multiethnique, « multireligion », c’est-à-dire, de moins en moins québécois.
Ce qui, il y a de cela deux siècles et demi, était considéré comme l’affirmation d’un peuple à vouloir vivre dans sa langue et, dans les années 1960, à se défaire de l’emprise de la religion et de celle des Anglais, était en fait un repli du peuple québécois sur lui-même. Les batailles livrées ont été vaines. Le Québec, grâce aux efforts des frères Bouchard, des Larose-Landry-Marois, et à la persévérance canadienne, a compris qu’il était dans son intérêt de s’angliciser et de faire place à toutes les religions.
Il ne reste plus qu’à givrer nos vitres de fenêtres pour n’offusquer personne, à applaudir à l’initiative de l’État d’offrir de cours d’éthique et de culture religieuse aux enfants et des cours d’anglais en première année du primaire et ce, pour soustraire les petits Québécois aux lacunes de leurs parents. Accueillons le port du voile comme un signe d’épanouissement de la femme musulmane.
Les Bourgault, d’Allemagne, Miron, Julien, Godin, et tous ces autres, ont sacrifié leur vie à une cause qu’ils n’auraient jamais dû épouser. Un Québec français libre et indépendant brimerait les Québécois, les condamnerait à parler une langue que ne partagent que 200 millions d’individus. Tant de poèmes, de chansons, de films, de paroles inutiles… 40 ans d’un passé qui ne laissera guère de traces. Tout s’efface.
Il n’est, heureusement, pas trop tard pour bien faire et, par chance, les péquistes ont abandonné le combat. Nous mettrons les bouchées d’anglais doubles. D’ailleurs Montréal a déjà été récompensée du titre de plus grande ville de langue anglaise du Québec. D’autres suivront son exemple. En augmentant le nombre d’immigrants, en ne les francisant pas, en fermant les yeux sur la non-application d’une loi 101 obsolète, nous y parviendrons.
Nous ferons partie de ce tout-en-un anglais, puissant.
Vive le Québec anglo-canado-américain ! Vive le multi-Québec !
One strawberry ice cream, please !

