|
|
| Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production. | |||||
| Financement 2008 |
| Objectif : 20000$ | |||
Confronté à la crise environnementale, l’homme se voit dans l’obligation de
modifier son style de vie. Quand la température passe de -5 degrés la nuit
à 27 le jour, on doit prendre une pause et réfléchir. Si l’homme réfléchit,
il verra l’obligation de s’améliorer. Le sort que la nature lui réserve, et
il ne s’agit pas d’une ruse, est la grandeur. Car l’homme qui veut
continuer à habiter la Terre n’a plus le luxe d’attendre, il doit faire
tout de suite de petits gestes qui lui assureront un espace habitable et le
rendront meilleur. Comme le prophétisait le philosophe Nietzsche, il faut « élever » l’homme.
Or la « bonne nouvelle » n’est pas religieuse ou scientifique, elle est politique. L’homme s’améliorera, car c’est son destin. Cette amélioration ne passera pas d’abord par des inventions techniques, mais par une acceptation des limites. L’économie triomphante, vantant la croissance infinie sur une terre finie, doit céder le pas à une politique des limites. Dans la modestie nouvellement réhabilitée, le destin se veut évidemment commun.
Le destin comme vérité politique commune
Face à la menace qui pèse sur nous, notre destin prend la forme d’un défi lancé à chacun, mais qui nous concerne tous. Si l’espérance de grands changements reste illusoire, éduquer des hommes et les rendre politiquement meilleurs est nécessaire. L’obligation de se changer soi-même traduit alors une vérité politique commune. Apprendre à se fixer des limites, voilà ce que de plus en plus d’hommes doivent apprendre à ressentir et à espérer des autres. La rhétorique environnementale, le discours qui conduira à une politique commune, est devenue trop importante pour être laissée aux écologistes, aux économistes ou aux idéologues patentés. Elle nous concerne tous.
Si la rhétorique environnementale questionne la surconsommation éhontée, c’est parce que l’American way of life, qui ne cesse de nous définir, constitue une fuite et un mensonge. La « grandeur » ne se trouve plus dans le gros, mais dans le petit, le minuscule, le détail. Contre le rêve d’une fausse grandeur, il faut opposer la culture des limites et l’esprit de finesse. Voilà le suprême retour sur soi-même auquel est appelée notre humanité : combattre le mensonge de la fausse grandeur par la défense de la modestie. L’idée d’un point tournant à ce sujet fait lentement son chemin en nous-mêmes.
Sentez-vous le tournant ?
Contre un rêve américain pour lequel tous nos problèmes se réglèront dans la consommation et la technique, il importe de défendre la modestie, car un tournant s’est opéré dans notre destinée commune. En effet, il ne faut plus consommer comme si nous vivions « au-dessus de la nature », mais se sentir un peu plus en elle. Quand on place le centre de gravité dans la vie et non plus au-delà, on sent les choses différemment. La sensation peut nous guider vers ce que nous sommes : des animaux cultivés, des animaux qui se construisent une maison et qui doivent s’en occuper. Nietzsche écrivait dans Ecce homo en 1880 : « Je suis le premier à avoir découvert la vérité, par le seul fait que je suis le premier à avoir senti - à avoir flairé - le mensonge comme mensonger... Tout mon génie est dans mes narines ». Il voulait dire que l’on peut soupçonner le « mensonge » du courant dominant. Contre le rêve actuel, peut-être faut-il défendre l’idée que l’avenir consiste à ressentir l’urgence de se créer un nouvel espace commun, moins gros mais habitable. L’homme n’est plus au centre du monde : il est à sa limite et voit sa fin. À tous les jours se rapproche-t-elle un peu plus de lui et l’interpelle.
Grandir, une chance unique dans l’Histoire ?
Notre situation est dès lors unique dans l’Histoire. Contrairement aux générations précédentes, nous formons la première génération confrontée à l’appel de son destin. L’obscurcissement de notre avenir, notre fin qui s’avance vers nous, voilà une vérité que n’ont pas connue nos grands-parents. Interpellé par la crise environnementale marquant la seconde limite de l’Histoire après la bombe atomique, l’homme reconnaîtra-t-il sa chance de grandir ? Car s’il continue à se moquer de l’avenir en utilisant les changements climatiques comme de nouvelles possibilités économiques, demain sera court. Mais il y a de l’espoir car la grandeur se révèle à la difficulté de l’épreuve que l’on doit surmonter. L’homme, disait Nietzsche, est appelé à un grand destin…
Dominic DESROCHES
Département de Philosophie /Collège Ahuntsic
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

12731$ 64%
|
Pour contribuer en ligne
|