La grande récupération - Le Vatican dénature la sélection naturelle

mercredi 4 mars 2009

Du 3 au 7 mars se tient au Vatican un colloque sur la théorie de l’évolution. Le fait que des théologiens s’intéressent à la science ne peut être qu’une bonne chose. Mais l’événement, qui a déjà reçu plus d’attention que le 200e anniversaire de Darwin, a d’abord et avant tout pour but d’examiner « l’héritage de Darwin sous une approche critique » tout en gardant la porte ouverte au créationnisme mou, c’est-à-dire au dessein intelligent.

En annonçant ce colloque le 10 février dernier, Mgr Gianfranco Ravasi, ministre de la Culture du Vatican, déclarait que « pour l’Église catholique, l’évolution est la façon par laquelle Dieu crée ». L’Église, a-t-il ajouté, est convaincue qu’« aucun des mécanismes de l’évolution ne s’oppose à l’affirmation que Dieu a voulu et a créé l’homme » et que celui-ci est « le couronnement de la création ».

Voilà une magistrale récupération de l’une des théories scientifiques explicatives les plus puissantes à être élaborées.

L’évolution ne poursuit pas de but

La théorie de l’évolution (qui doit être entendue dans le sens de « ce qui n’est pas fixe » et non dans le sens de « progrès ») est fondée sur un fait largement démontré, celui de la sélection naturelle : de petites différences dues au hasard des mutations et des combinaisons génétiques apportent à certains individus de légers avantages qui, au hasard des variations de leur environnement, feront qu’ils seront mieux adaptés et qu’ils transmettront leur avantage génétique à leurs descendants. L’accumulation de ces différences, et parfois des transformations plus radicales, conduira à de nouvelles espèces.

Cela signifie que l’évolution ne poursuit aucun but. Si elle ne poursuit aucun but, cela veut dire que l’être humain aurait pu ne pas exister ; il n’est d’ailleurs apparu que 13 milliards d’années après la « création ». La vie aurait pu ne pas apparaître ou en rester aux dinosaures, aux tulipes ou aux bactéries. Une telle perspective est incompatible avec une position finaliste qui fait de l’être humain le produit d’une intention divine, à moins que Dieu ne se soit limité à mettre du hasard dans sa création.

Même chez les évolutionnistes, qui ont souligné les limites de la sélection naturelle en tant que mécanisme de l’évolution, personne n’a remis en question le principe fondamental du hasard. Que ce soit Stephen Jay Gould et son « néo-mutationnisme » ou encore le généticien Motoo Kimura et sa théorie neutraliste, tous reconnaissent que l’évolution est aveugle.

De la même façon dont le théoricien de l’évolution Théodosius Dobzhansky déclarait que rien n’a de sens en biologie si ce n’est à la lumière de l’évolution, on pourrait affirmer que rien n’a de sens dans la théorie de l’évolution si on refuse le hasard. C’est l’aspect le plus difficile à accepter de la théorie, et c’est pourquoi il constitue la principale cible des créationnistes.

Le créationnisme évolutionniste

Les théologiens, qui ne peuvent plus nier l’évidence de l’évolution, sont toutefois ennuyés par cette notion. Ils ont fini par accepter les preuves de l’évolution, mais rejettent l’élément central de la théorie. Ils règlent la question en remplaçant le hasard par la main de Dieu et l’évolution devient ainsi le moyen choisi par Dieu pour aboutir à l’homme. Mais pourquoi Dieu s’est-il donné tant de mal pour aboutir à cette fin ?

Nul n’est obligé d’accepter la théorie de l’évolution dans son ensemble. En dehors du modèle consensuel, on peut croire en ce que l’on veut et développer ses propres théories. Mais il ne faudrait pas prendre des vessies pour des lanternes. Il est complètement erroné, à la lumière des connaissances scientifiques actuelles, de soutenir qu’« aucun des mécanismes de l’évolution ne s’oppose à l’affirmation que Dieu a voulu et a créé l’homme » ; c’est soit de l’ignorance, soit une entreprise de récupération.

La position du Vatican et des théologiens qui la soutiennent représente en fait une forme de créationnisme. Que l’acte créateur soit survenu il y a 13 milliards d’années plutôt qu’il y a 10 000 ans, comme le croient les créationnistes durs, cela ne change rien au fait que l’évolution demeure, dans cette perspective, un dessein de Dieu. Cette position porte maintenant un nom : c’est ce qu’il est convenu d’appeler le « créationnisme évolutionniste ».

***

Daniel Baril, Anthropologue et auteur de La Grande Illusion ; comment la sélection naturelle a créé l’idée de Dieu (MultiMondes)


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Darwin et les créationnistes

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