Il s’agit incontestablement de la dernière trouvaille que l’intelligentsia péquiste a dénichée, pour rafraîchir le bitume de la route qui mène à l’indépendance du Québec. Cette nouvelle surface recouvre ainsi les anciennes qui s’accumulent, depuis la fondation du PQ.
Pas étonnant que plusieurs s’inquiètent présentement que le Parti québécois, à force de refaire le revêtement du chemin vers le pays, en finisse par oublier à quoi ressemblait sa fondation à l’origine. Assurément, l’ornière référendaire que l’on tente de dissimuler réapparaît implacablement, au fil du temps. La gouvernance souverainiste que propose la chef du Parti québécois, Pauline Marois, s’effritera aussi probablement, avec les années.
L’avenue préconisée par le Parti québécois pour réaliser son article 1 nécessite des travaux majeurs : il faut retirer toutes les couches qui ont modifié le parcours politique adopté en 1968. Exit donc la souveraineté-association, la souveraineté-partenariat, les conditions gagnantes, l’assurance morale de gagner, la feuille de route et cette gouverne autonomiste. Le PQ doit parler du pays du Québec, une nation inclusive, libre-échangiste et progressiste.
Parce qu’il s’entête dans l’étapisme référendaire, le PQ n’a d’autres choix que d’inventer périodiquement de nouvelles formules dans l’espoir de trouver celle qui suscitera l’intérêt général. Un nouveau slogan qui séduira suffisamment de manière à adoucir l’étape ultime qui dotera le Québec d’un statut national : le référendum.
Jetons alors un coup d’œil sur le nouveau maquillage que propose Pauline Marois aux Québécois. L’astuce de la chef, puisqu’il en faut une étant donné qu’il y aura encore un référendum, a le mérite de déstabiliser les fédéralistes. En promettant d’éliminer la déclaration de revenu fédérale s’il est porté au pouvoir, le PQ broute dans les plates-bandes de l’Action démocratique. Il ne peut ainsi être accusé de se radicaliser. Si l’ADQ traîne cette idée dans ses cartons depuis sa naissance sans avoir été dénoncée, pourquoi pas le Parti québécois ?
La formation souverainiste ne veut pas s’arrêter là. Des gains autonomistes (sic) sont également espérés dans le domaine de la culture et de l’immigration. Il ne fait pas de doute que le PQ veut défier Ottawa sur plusieurs fronts. Avec un peu de chance, s’il dirige bien ses dossiers, un gouvernement péquiste pourrait réussir à obtenir le soutien des Québécois pour rapatrier la compétence revendiquée. Au besoin, une consultation populaire sectorielle serait ultimement organisée, pour forcer l’État fédéral à abdiquer. Puisque le PQ refuse de proposer l’indépendance par voie électorale, et que l’attentisme qui le caractérise depuis près de quinze ans lui coûte cher en termes d’appui tout en ayant contribué dramatiquement à l’affaiblissement de la nation de langue française, la gouvernance souverainiste s’avère un moindre mal. Elle donne en effet l’impression que les péquistes se mettent finalement en marche après des années de piétinement provincialiste. Doit-on se réjouir de le voir se mettre en mouvement tout en renonçant clairement à son article 1, dans un avenir rapproché ?
La nouvelle stratégie du Parti québécois peut le conduire au pouvoir, lors du prochain appel aux urnes. Il lui faudra cependant marteler qu’elle ne cherche au départ qu’à accorder à Québec la pleine maîtrise des recettes fiscales, tout en remettant au gouvernement canadien « sa juste part. » Restera à voir si cela séduira l’électorat québécois. Un défi qui sera très difficile à relever car le Parti libéral claironnera que le PQ ne cherche que la confrontation afin de tenir au plus vite un référendum sur la souveraineté. Que répondra alors Pauline Marois ? On la sommera de clarifier ses intentions : tiendra-t-elle, oui ou non, un tel référendum s’il devait y avoir impasse avec l’État canadien ? Sa réponse sera négative car le contraire nuira aux chances de ses troupes de former le gouvernement. Cet engagement démobilisera une bonne partie de sa base militante. Le résultat du scrutin nous dira si cette décision aura été judicieuse. Malgré cette promesse, on reprochera à la chef péquiste de désirer instaurer un climat de discorde avec Ottawa, une atmosphère malsaine qui réduira les occasions d’ententes, celles qui permettront au Québec d’éliminer rapidement les pertes économiques que la présente récession lui aura infligées. Il ne fait pas de doute que l’idée de gouvernance souverainiste devra réussir à repousser efficacement ce genre d’attaques.
Déjà, Jean Charest est monté aux barricades en accusant sa rivale de vouloir diviser les Québécois. Le premier ministre du Québec est formidablement mal placé pour donner l’exemple à ce chapitre. Avec 52% d’insatisfaits envers son administration, le chef du PLQ divise amplement la population ! Pire : les occasions où il a fait l’unanimité furent le résultat de décisions désastreuses. Des politiques qui ont certes rassemblé les gens, mais pour les voir s’opposer massivement à des projets saugrenus, comme celui de privatiser le parc du mont Orford. En réalité, c’est le député de la circonscription de Sherbrooke qui entretient la division entre les francophones afin de conserver le pouvoir. L’unité, il l’obtient auprès des non-francophones qui l’appuient à près de 95% ! Bref, le leader libéral n’a absolument pas de leçon à donner à la chef péquiste. L’homme est indigne du poste qu’il occupe, lui qui a mis l’appareil d’État au service de ses députés et des copains qui gravitent autour d’eux.
On peut reprocher au Parti québécois de ne concentrer ses efforts que sur l’amélioration du statut du Québec à l’intérieur du Canada. Sa frilosité souverainiste ne contribuera certainement pas à ramener les appuis au projet de pays à près de 50% sinon davantage, comme en juillet 2005. Le PQ se fait ainsi le complice de la baisse du soutien populaire observée ces derniers mois. Lorsque Jacques Parizeau s’est emparé du pouvoir en 1994, c’est avec la promesse de tenir un référendum, même si les membres du Sanhédrin médiatique québécois avaient décrété que les gens n’en voulaient pas. Il a alors défié « l’ordre établi » et a gagné son pari. Une gigantesque fraude fédérale aura injustement privé l’homme de la place qu’il mérite dans les livres d’histoire, tout comme celle qu’aurait dû avoir Lucien Bouchard, son successeur qui en a eu plein les bras, avec les sanctions économiques imposées par Ottawa. Je n’affectionne pas particulièrement ce dernier. Il faut néanmoins reconnaître qu’il a grandement aidé le camp du OUI durant la campagne référendaire.
L’épisode de 1995 démontre qu’un Parti politique peut, s’il en est convaincu, entraîner le peuple à sa suite vers un objectif rassembleur. Nombreuses sont les conclusions à tirer de ce référendum. L’une d’elles est qu’on ne peut plus faire confiance à l’adversaire canadian dans un autre processus semblable. Encore plus si celui-ci est sans lendemain. Le PQ refuse de retenir cette leçon. Il fait plutôt le choix de gruger doucement les compétences qui se trouvent à Ottawa. Il croit que sa gouvernance souverainiste, s’il remporte la prochaine élection, l’y aidera. Voilà une lente démarche qui exigera beaucoup de temps. Une denrée temporelle qui manque justement à la seule nation francophone d’Amérique. Un handicap dramatique que le Parti québécois ne semble pas réaliser.
Patrice Boileau

