La gauche errante

samedi 13 juin 2009

Les élections européennes tenues dimanche dernier se sont déroulées sur un fond de crise. Chômage croissant, déficits gouvernementaux, baisse du pouvoir d’achat, sans parler de la crise financière et immobilière. Le Parlement européen n’est pas le lieu où se dénouent ces enjeux, mais il fait partie des outils de solution, avec la Commission européenne et les gouvernements nationaux. Et quoi qu’on en pense, il n’existe pas de solutions « nationales » à cette crise de la mondialisation.

C’est pourquoi Le Monde écrivait en éditorial la veille du scrutin : « Plus d’Europe. Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le besoin de plus d’Europe ne s’est fait aussi urgemment sentir. Pas celle du "laisser-faire"... mais une Europe forte construite sur le modèle de l’économie de marché responsable. »

La crise vient des États-Unis, mais elle n’aurait pu se propager autant en Europe, miner autant de banques et d’institutions financières, si l’Union européenne n’avait pas elle aussi adopté presque tous les dogmes de la déréglementation financière qui ont cours chez nos voisins du Sud et sur les grandes places financières.

La crise était de toute évidence une crise provoquée, consentie par la droite, par les conservateurs qui contrôlent le Parlement européen et par les gouvernements néolibéraux qui ont laissé aller les dérives des fonds spéculatifs et des chasseurs de primes au rendement. On aurait pu croire que les réformistes, les progressistes, la gauche en général, profiteraient de cette situation. Pas du tout. En France, les socialistes passent de 29 % en 2004 à 16 %. En Espagne, le Parti conservateur dépasse le gouvernement socialiste. En Allemagne, les conservateurs font des gains. C’est le cas dans la majorité des pays de l’Union européenne.

Ce paradoxe apparent s’explique. Devenus machines de pouvoir, les grands partis de gauche européens, travaillistes anglais, socialistes français, espagnols, réformistes italiens, sociaux-démocrates allemands, ont tous accepté les nouvelles règles de la mondialisation et de la déréglementation au nom de la croissance. Ils prétendaient mieux redistribuer la richesse, ce que ne faisaient pas les gouvernements de droite. Mais, en bout de ligne, à ne pas vouloir bousculer les règles du capitalisme libéral, la gauche traditionnelle n’a pas redistribué grand-chose. Et, à vouloir s’insérer dans le capitalisme, la gauche a abandonné ses réflexes critiques et ses capacités de mobilisation, sinon aussi de réflexion.

La haine de Sarkozy

L’exemple français est remarquable. Le Parti socialiste s’est transformé en noeud de vipères. Barons, éléphants et jeunes tigres luttent pour le pouvoir interne. Ils n’ont pas le temps de penser, ils ne vivent que d’intrigues et de calculs personnels. Dépourvus d’idées pour l’Europe, ils ont appelé à sanctionner Sarkozy à travers les élections européennes. Voilà ce qui les unit en ces temps de crise : la haine de Sarkozy. Défenseurs d’une Europe plus fédérale, plus sociale, les socialistes n’avaient rien à proposer.

Par contre, la crise, le monde qui change, la critique de la mondialisation par les altermondialistes, les changements climatiques, les OGM, tout ce que la gauche traditionnelle n’a pas réussi à intégrer dans sa pensée et son discours est devenu la marque de commerce, le pain et le beurre, d’une nouvelle force progressiste, Europe Écologie, menée par Daniel Cohn-Bendit, le leader de Mai-1968, José Bové, le leader paysan, et Eva Joly, la juge anticorruption. La percée des nouveaux verts en France est éclatante. Ils passent de 7 % à 16 %, à égalité avec le grand Parti socialiste français. Une enquête révèle que c’est la classe moyenne socialiste qui s’est ralliée à ces nouveaux verts, qui ne parlent plus maintenant que de la nature, des animaux et des changements climatiques. Dans le nouveau discours vert, le capitalisme et la recherche de la croissance débridée détruisent la planète, oui, mais ils créent aussi de nouvelles injustices, modifient les rapports Nord-Sud, accentuent les risques de précarité. C’est une critique globale de l’ordre mondial et économique actuel.

J’ai souvent comparé le Parti québécois et le Parti socialiste français. Machines de pouvoir, engagées de moins en moins dans la réflexion réformiste, mais de plus en plus dans la réflexion stratégique, la rentabilité politique, les deux formations voient leur électorat progressiste les abandonner. Ce sont des socialistes qui ont élu Cohn-Bendit et ce sont des péquistes qui ont élu Amir Khadir.

Déçus par toutes les gauches traditionnelles qui n’ont jamais pris en compte l’écologie, les pays votent de plus en plus pour les verts. Mais, traumatisés par la crise, certains tombent dans la xénophobie. C’est le cas des Pays-Bas, où un parti antimusulman devient la deuxième force politique du pays. En Grande-Bretagne, même réaction : l’extrême droite sera représentée. Ces élections entraînent des bouleversements profonds, comme si des plaques tectoniques s’étaient mises en mouvement.

Scandale absolu

La FTQ possède une longue culture de laxisme, de conflits d’intérêt, de syndicats corrompus. On peut comprendre les petits prêts accordés à des entrepreneurs suspects, les vacances passées avec le plus gros employeur de la construction. On accepte les excuses et le manque de jugement. Mais la coupe déborde. Le Fonds de solidarité s’associe, pour acheter le Canadien, au pire patron du Québec, le champion des lock-outs et du mépris pour ses employés syndiqués. Quebecor. Plus d’un an au Journal de Québec et probablement autant pour le Journal de Montréal. La FTQ et Quebecor, la main dans la main.

Plus con que ça, tu meurs.


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