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Le chef du Parti québécois, André Boisclair, s’est attaqué dimanche à Jean Charest, Mario Dumont et Stephen Harper. Selon lui, les trois politiciens font partie de « la même gang », celle du « statu quo constitutionnel « et des « intérêts de la droite ».
Il y a, de fait, beaucoup d’affinités entre ces hommes, mais celles-ci ne se résument pas aussi simplement que l’a fait M. Boisclair. Ce que MM. Charest, Dumont et Harper ont en commun, c’est leur volonté de mettre de côté les vieilles querelles et de faire fonctionner le système fédéral à l’avantage du Québec. Cette voie est incontestablement la préférée d’une majorité de Québécois, y compris de plusieurs souverainistes qui, en attendant que leur rêve ait des chances de devenir réalité, souhaitent voir les gouvernements travailler ensemble dans l’intérêt des citoyens.
C’est clair, l’Action démocratique du Québec est désormais fédéraliste bien qu’elle refuse d’employer le mot, préférant se dire « autonomiste ». Sa plate-forme électorale parle de « retrouver une place pour le Québec dans l’ensemble canadien », de s’« affirmer sans se séparer ». « Les citoyens sont las de ces éternels conflits qui ne mènent nulle part », constatent les adéquistes. En effet.
Fédéraliste qui n’a pas peur du mot, Jean Charest est devenu, avec le temps, autonomiste. Il était franchement étonnant de l’entendre parler avec passion, en fin de semaine, de la nation québécoise et de son rôle sur la scène internationale. Conversion profonde ou dictée par l’opportunisme ? En tout cas, conversion il y a.
Quant à Stephen Harper, il s’est mis en quatre pour satisfaire les revendications du gouvernement du Québec, notamment sur l’UNESCO, l’environnement et le déséquilibre fiscal. Il parle de « fédéralisme d’ouverture », il a fait adopter une motion reconnaissant que les Québécois forment une nation. Là aussi, il y a une forte dose d’opportunisme. Mais le résultat, pour l’instant, c’est une bonne entente Québec-Ottawa qui produit des résultats.
Alors, quand M. Boisclair dit que le Parti québécois est la solution de rechange à la « gang » Charest-Dumont-Harper, que veut-il dire sinon qu’une fois devenu premier ministre, il ferait une croix sur l’étroite collaboration entre Québec et Ottawa ? Chose certaine, la perspective d’un référendum « le plus vite possible » créera tout de suite un climat de tension avec le reste du pays.
Notre collègue Chantal Hébert mettait en évidence hier dans Le Devoir un enjeu important de la campagne électorale qui commence. « Vu de l’extérieur du Québec, écrivait-elle, le scrutin du mois prochain constitue rien de moins qu’un référendum sur la vision du fédéralisme de Stephen Harper. Si le Parti québécois l’emporte, une bonne partie de l’électorat du reste du Canada ne pardonnerait pas au premier ministre conservateur l’échec de ses ouvertures québécoises. »
C’est une donnée dont feraient bien de tenir compte les électeurs québécois. La réaction du Canada anglais ne doit évidemment pas dicter leur vote, destiné non à plaire au reste du pays mais à choisir le meilleur gouvernement possible pour la province. Néanmoins, les Québécois doivent être conscients du fait qu’à la suite de l’élection du PQ, les portes du fédéralisme d’ouverture se fermeront avec fracas.
apratte@lapresse.ca

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