La fin du vocable "canadien-français" : Parti Pris, janvier 1965 !
Née en octobre 1963, avec l’apparition du Front de Libération du Québec , la revue Parti Pris fut le lieu du combat pour l’affirmation du fait québécois, j’ose affirmer que ce fut à travers cette revue que s’est magnifiée la lutte de libération nationale.
Le numéro de janvier 1965 marque le coup de départ de cette lutte : "Pour une littérature québécoise" fut conçu tel un manifeste, réunissant toute l’équipe de la revue, autour de Pierre Maheu, Paul Chamberland, Gérald Godin, André Major, André Brochu, d’autres, auxquels Gaston Miron s’était ajouté.
Comme il se doit, la bataille fut virulente, en particulier, une certaine élite intellectuelle habituée aux subventions des riches organismes du Canada, des professeurs d’universités qui s’obstinaient à publier du "Montréal dans le roman canadien-français", se sont fait dire par leurs étudiants d’arrêter ce lavage de cerveau colonial qui, constatons-le, n’a pas de cessé...
C’est ainsi que la bataille dut être stratégique, voire même littéraire : c’est Gaston Miron et Gérald Godin, à titre d’éditeurs, de L’Hexagone et de Parti Pris, qui ont exigé que désormais les droits de publier un texte seraient corollaires à la désignation de la spécificité québécoise de notre littérature. Petit à petit, les anthologistes rapidement, les Guy Sylvestre, Pierre de Grandpré s’y plièrent. Le paroxysme fut atteint quand ils amenèrent Paris et Alain Bosquet, auteur de "La poésie canadienne contemporaine de langue française", à modifier son titre en 1968 qui devint : "Poésie du Québec".
Par le biais de la littérature d’abord, toute notre culture devint québécoise. Cela permit aux autres communautés françaises d’affirmer leur spécificité ; les Acadiens en particulier rompirent la brêche canadienne-française, toutes les autres communautés emboitèrent le pas. Aujourd’hui, ce vocable est utilisé pour désigner l’ensemble des communautés françaises "hors Québec" sans nier leur spécificité.
Dans le Canada colonial, cette appellation réductrice nivelait toute notion de peuple, de nation. D’ailleurs, ce ne sont pas les "Canadiens Français" que le Canada a récemment reconnus comme nation, mais les "Québécois", pour mieux diviser.
Luc Archambault est bien admirable de répondre à ces confusionnaires d’arrière garde, probablement toujours à s’abreuver à ce détournement de nos impôts que sont les officines fédérales tout "conseil des arts et conseil de recherche" masquées qu’elles soient.
Gaëtan Dostie
directeur des Éditions Parti Pris
1976-1984

