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La fin de l’ère Bush ?
La bataille pour la Maison-Blanche, en 2008, est lancée
Barthélémy Courmont
La Presse
jeudi 9 novembre 2006


Elle était prévisible et annoncée par les politologues américains, mais on ignorait quelle serait son ampleur. La vague démocrate a emporté le Parti républicain sur son passage, dans une élection aux allures de référendum pour ou contre la politique de l’administration Bush. Si le chef de l’exécutif est sanctionné par ce vote, son parti n’est pas parvenu à prendre ses distances par rapport à l’occupant de la Maison-Blanche, et a fait les frais de son impopularité.

La victoire des démocrates à la Chambre des représentants était attendue, mais c’est un événement, car pour la première fois depuis 1992, le parti de l’âne a remporté une élection législative. Depuis la vague conservatrice de 1994, les républicains contrôlaient les deux chambres du Congrès, à l’exception du Sénat entre juin 2001 et janvier 2002 (après la défection du sénateur Jim Jeffords du Vermont). Véritable symbole de cette nette victoire, Nancy Pelosi devient la première femme présidente d’une chambre du Congrès, et dans les deux prochaines années, la représentante de Californie sera au coeur de la bataille politique qui s’annonce entre la Maison-Blanche et la Chambre des représentants.

Bush s’est personnellement investi dans cette campagne, qui est son premier revers électoral depuis 1978 ! Il va lui falloir assumer cette défaite, et accepter le point de vue des démocrates sur certains dossiers sensibles, comme la baisse des impôts, l’immigration, et bien sûr la situation en Irak. Le président a d’ailleurs déjà commencé à se montrer plus conciliant en obtenant la démission de son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.

Devenu un lame duck (canard boiteux), comme en leur temps Clinton et Bush père, George W. Bush va devoir faire des concessions sur sa politique jusqu’à la fin de son mandat, et surtout faire face à des démocrates décidés à multiplier les investigations sur les mensonges et les scandales qui menacent son entourage, ce que les républicains lui avaient épargné.

Une victoire anti-Bush

De leur côté, les démocrates doivent leur victoire à l’effet anti-Bush, mais pas à un programme alternatif auquel les Américains auraient souscrit en masse. Il s’agit plus d’une défaite des républicains, jugés sur leurs résultats, que d’une victoire de leurs adversaires. Préparant le terrain aux batailles futures, le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow, a rappelé que les démocrates vont désormais devoir se lever, et sortir de l’opposition chronique qui les caractérise. L’administration Bush sera tentée de passer le relais à un Congrès démocrate pour la gestion des dossiers sensibles, et pourra compter sur les divisions internes au Parti démocrate, qui hésite encore entre un conservatisme de gauche incarné par Hillary Clinton et un radicalisme plus musclé que défend Howard Dean.

Les démocrates vont devoir prendre des décisions difficiles, pouvant être exploitées par leurs adversaires. On pense notamment à un retrait d’Irak, ou à une remise en cause de la politique d’immigration, sans oublier la baisse des impôts. Ils ont deux ans pour convaincre les Américains de leur capacité à proposer un projet pour l’Amérique, sans quoi ils en feront les frais lors de la prochaine élection.

De quoi donner des idées aux vaincus ! Il y a quelques semaines, devant le risque de perdre la majorité au Congrès, certains analystes conservateurs évoquèrent une stratégie de la défaite, en référence à la possibilité de laisser les démocrates gagner, afin de préparer une campagne de reconquête pour novembre 2008 en critiquant un bilan qu’on annonce déjà maigre.

En réponse, les démocrates rappellent que, plus que leur nouveau poids au Congrès, c’est leur majorité au nombre de gouverneurs (28 contre 22) qui pourrait leur permettre de préparer l’alternance de l’exécutif en 2008. La bataille pour la Maison-Blanche a bel et bien commencé et, pour la première fois depuis 1952, ni le président ni le vice-président actuels ne sont concernés, ce qui fait dire à de nombreux observateurs que l’ère Bush est désormais terminée. Mais c’est peut-être enterrer un peu trop rapidement le président américain qui pourrait surfer sur la vague démocrate pour, enfin, imposer le fameux "conservatisme à visage humain" promis en 2000, et que seule la position du président sur la question de l’immigration clandestine a laissé entrevoir ces dernières années.

L’auteur est chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, en France, et chercheur-associé à la chaire Raoul-Dandurand en études internationales, à l’UQAM.

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