Suivant les traces de la lâcheté d’André Juneau, de l’opportunisme de Jean Charest, de la sottise de Josée Verner, de l’insignifiance de Benoît Bouchard et des sophismes d’André Pratte, Pauline Marois a condamné”les propos violents” de l’éditeur du journal Le Québécois et maintenu le mot d’ordre lancé à ses députés de ne plus acheter de publicité dans ce journal le privant ainsi d’une somme de 10,000 $ par année. Elle s’est ainsi valu les louanges d’André Pratte “pour cette décision courageuse” (“Le triomphe d’un groupuscule”... ou la défaite d’André Pratte, La Presse, 24 février 2009). Je désapprouve cette tentative de dompter le fougueux destrier qui vient de publier La Nébuleuse et cette volonté inopportune et mal avisée de le domestiquer.
Au conseil national du 22 février dernier, les militants ont adopté une résolution demandant au Parti québécois de “rester solidaire des organisations indépendantistes qui oeuvrent pacifiquement à la promotion des intérêts du Québec” et Patrick Bourgeois, beau joueur, s’est félicité de cette proposition dûment votée par l’instance suprême entre les congrès, proposition où il faudrait préciser ce qu’on entend par “oeuvrer pacifiquement” quand une fière combativité digne d’éloge a comme adversaire un André Juneau qui avait pourtant reconnu, avec Montcalm et Wolfe souriants et se donnant la main, avoir commis une erreur “de mise en marché” ou une nounoune comme Josée Verner à propos de laquelle le maire mercantile de Québec Régis Labeaume a déjà avoué à Bazzo : “J’aurais le goût de la battre” (quelle violence !). Ou comme vis-à-vis les provocateurs de la radio-poubelle à qui on aurait le goût de donner des coups de pied dans le cul comme quand ils traitent la progressiste Françoise David de “soviétique”. Belle bande de gnochons réactionnaires.
On pourrait en rester là mais nous n’en ferons rien parce que Pauline Marois a dit que Patrick Bourgeois devrait s’excuser d’avoir tenu des propos violents s’il voulait récupérer le financement du PQ. J’ai entendu Bourgeois expliquer le contexte de violence entourant la contestation de la reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham. Il y avait beaucoup de violence dans les propos de ceux qui tenaient à la reconstitution : on a entendu à la radio-poubelle : si Falardeau et Bourgeois viennent à Québec, on va les tirer.
Est-on en train de revivre une autre affaire Luc Archambault qu’on aurait dû féliciter au lieu de le blâmer. Etre à Boston pour suivre des cours d’anglais n’était certes pas la meilleure façon de prendre conscience des manipulations de l’empire Gesca.
Les “véritables appels au meurtre” qui sont reprochés à Bourgeois sont donc le fait des partisans fanatiques de la reconstitution. De leur côté, les militants du RRQ voulaient empêcher la reconstitution par un sit-in au milieu des Plaines d’Abraham, ce qu’ils appellent de la désobéissance civile, sit-in auquel des gens comme Georges-Etienne Cartier et moi-même aurions participé comme nous l’avons écrit sur Vigile.net souhaitant créer ainsi “un joyeux bordel”. Peut-être que nous aussi il faudrait nous excuser d’avoir contribué à la victoire des indépendantistes contre la Commission des champs de bataille nationaux.
Quand Pauline Marois demande à Patrick Bourgeois de s’excuser, elle se comporte comme une Mère supérieure qui exige la politesse et le respect du décorum de la part de militants qui luttent. En souhaitant que les militants soient polis, effacés, modestes et gentils, elle essaie d’imposer des valeurs féminines aux mâles du RRQ et tente d’exercer ainsi une influence castratrice comme les enseignantes des écoles primaires qui empêchent les gars de se comporter comme des gars, ce qui a été dénoncé de multiples fois par le Docteur Mailloux. Même Bernard Drainville s’y est laissé prendre et a suivi la cheffe.
Nous disons non à la féminisation du Parti québécois. On dit en certains milieux que la violence verbale est nuisible à la cause indépendantiste. Et l’exemple de Pierre Falardeau est toujours cité. Pour une fois que l’action des plus virulents a été efficace, on devrait les féliciter au lieu de leur demander de s’excuser. Oui à la solidarité, non à la castration.
Je finance le Parti québécois depuis 1968. Il ne faudrait pas trop souvent me placer dans la situation d’avoir à me demander si je ne devrais pas plutôt financer ceux dont la priorité est l’indépendance du Québec et non l’accession au pouvoir “provincial”.
Dans “La Nébuleuse”, Patrick Bourgeois aligne une quarantaine de qualificatifs peu aimables à l’égard des membres de l’empire de Paul Desmarais dans un style admis par le genre littéraire du pamphlet. Etant déjà passé personnellement par là, je me permets de dire à l’auteur que les faits accumulés dans son essai sont très éloquents et très efficaces et qu’il n’était pas nécessaire de multiplier ce que nos adversaires appellent “des insultes”. Si une deuxième édition de La Nébuleuse devait paraître, je suggérerais la suppression d’une cinquantaine de passages agressifs qui ne sont pas nécessaires.
Je salue le militant Patrick Bourgeois qui, par ses recherches sur le train de vie de Jean Charest, a obligé le Parti libéral à révéler que Jean Charest recevait un salaire annuel de 75,000 $ depuis 1998 pour financer l’hypothèque de sa maison cossue de Westmount, le loyer de la maison du défunt Sam Pollock à North Hatley et, en général, le train de vie qu’il mène, sans oublier la tranquillité d’esprit que lui procure le pont d’or déposé en fiducie par les hommes d’affaires, avec Paul Desmarais en tête, pour le faire quitter Ottawa et abandonner son rêve de devenir premier ministre du Canada.
Dans cette conjoncture où la puissance de propagande de nos adversaires est disproportionnée. les militants indépendantistes ont un devoir de virilité tout en sachant que notre action sera déformée et blâmée par les propagandistes du statu quo. Les excuses, il n’en est pas question. Je conseille aux chefs souverainistes de cesser de jouer les éteignoirs.
Dans les reportages sur le Conseil national du Parti québécois, les journalistes ont affirmé que Pauline Marois tenait bien en mains son parti. Pourtant ne fallait-il pas comprendre que dans la résolution habile demandant au Parti québécois de “rester solidaire des organisations indépendantistes qui oeuvrent pacifiquement à la promotion des intérêts du Québec”, le mot-clef est “solidaire” !
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 25 février 2009

