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La fausse crise
Lysiane Gagnon
La Presse
mardi 11 septembre 2007


La commission Bouchard-Taylor... ou comment transformer un problème mineur en crise nationale. Dans ce dossier mal parti depuis le début, on va d’exagération en exagération, d’une crise manufacturée à une autre.

Prenons le dernier « scandale » : cette histoire de niqab dans les bureaux de vote. Il s’agit d’une pure invention des médias.

Tant dans le cas de la controverse qui a affecté le Directeur général des élections du Québec à la veille du scrutin de mars dernier que dans le cas de son homologue fédéral, ce sont des reporters qui ont orchestré le « scandale « , en téléphonant aux bureau des DGE pour demander si une femme en niqab pourrait voter - une hypothèse parfaitement gratuite, qui n’avait rien à voir avec la réalité.

Il n’y a pas une seule musulmane québécoise qui ait réclamé le droit de voter le visage couvert. Au contraire, comme le signale le président du Congrès musulman, Mohamed Elmasry, les femmes en niqab accepteraient volontiers de se dévoiler devant une femme. Or, les bureaux de vote sont principalement dirigés par des femmes. Où est le problème ?

Sans compter que chez nous, les femmes en niqab se comptent sur les doigts de la main. Selon M. Elmasry, il n’y en a pas plus d’une cinquantaine dans l’ensemble du Canada. La photo qui revient régulièrement dans les journaux et qui représente une file de femmes en niqab, d’où croyez-vous qu’elle vient ? Pas de Montréal, mais du Pakistan ! Faute de photo locale, on puise dans les archives des agences de presse internationales. Une autre photo couramment reproduite a été prise... en Jordanie.

Faute de niqab, on en invente, comme l’ont fait les petites comiques qui ont monté un « gag » en allant voter dimanche au scrutin anticipé d’Outremont déguisées en musulmanes « niqabées ».

Calmons-nous, de grâce !

Mais le calme, c’est bien ce qui a manqué le plus, dans cette histoire marquée par le sensationnalisme et la démagogie.

Certes, il y a eu des abus. Plusieurs « accommodements raisonnables » - notamment l’autorisation du kirpan sikh, et l’interdiction faite aux hommes d’assister à des cours prénataux - étaient parfaitement déraisonnables. Mais c’est le genre de problème qui se règle au niveau des pâquerettes.

Les ministères impliqués auraient pu organiser quelques journées d’étude, au moins en ce qui concerne les organismes publics (CLSC, corps policiers, écoles, etc.). On aurait pu, avec l’aide d’experts éclairés comme Marie McAndrew, de l’Université de Montréal, définir des lignes, des frontières, des pistes de réflexion. On n’avait même pas besoin d’établir des critères rigides et précis, car dans bien des cas, les rapports avec les minorités religieuses sont affaire de bon sens et de délicatesse, qui se règlent au cas par cas, de manière pragmatique.

On n’avait nul besoin de transformer une tempête dans un verre d’eau en crise nationale. Hélas, il y a eu la campagne électorale... et Mario Dumont, qui s’est mis à jouer la carte ethnique en se faisant le champion de l’absurde code de conduite de Hérouxville. Tout à coup, la majorité francophone était décrite comme un petit groupe fragile dont les valeurs étaient assiégées par une dizaine d’islamistes et de hassidim ! Ce discours a fait gagner des points à l’ADQ... et Jean Charest est embarqué dans le bateau.

Son premier réflexe - un réflexe libéral dans le vrai sens du terme - était pourtant le bon. Il avait dédramatisé les choses en disant qu’il s’agissait d’incidents isolés. Mais la marionnade avait pris, et comme Jean Charest n’avait ni la stature politique ni l’autorité morale pour calmer le jeu (René Lévesque l’aurait fait, lui, en deux phrases), il s’est laissé emporter par le courant, accréditant de ce fait les bobards répandus à partir d’une municipalité sans immigrant où l’on s’imagine que la lapidation est chose courante dans les sociétés musulmanes.

Solution classique : passer la patate chaude à une commission d’enquête. Si au moins M. Charest s’était contenté de baliser le mandat de la commission en s’en tenant exclusivement à la question des accommodements raisonnables... Mais il allait en donner plus que ce que le client en demandait, en confiant à la commission le mandat de recueillir les opinions des Québécois sur la diversité, et ce, dans toutes les régions.

Les commissaires Bouchard et Taylor allaient ensuite élargir leur mandat au-delà du sens commun et en remettre au chapitre de la sur-dramatisation.




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