« Un individu conscient, éveillé et debout est plus dangereux pour le pouvoir en place que 10 000 individus endormis et apeurés. »
Ghandi

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 283

La désorientation politique est-elle consubstantielle au PQ ?

Les souverainistes doivent cesser de souffler le chaud et le froid

Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 5 avril 2007
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Les imprécisions au sujet de la souveraineté du Québec ont entraîné le fondateur du Parti québécois à osciller entre la souveraineté et le fédéralisme. D’une part, il souhaitait l’existence d’un État souverain pour le Québec, mais associé et, d’autre part, il appelait à une nouvelle formulation politique de l’union canadienne qu’il ne parvenait pas à définir clairement. Selon les circonstances, il a été un chef politique qui a soufflé le chaud et le froid. Cette tendance à continuer avec tous les autres présidents du Parti québécois.

Rétrospectivement, les souverainistes sont en majorité des victimes du couplage de la souveraineté-association et de l’ajout de la procédure référendaire qui a plus embrouillé les choses que clarifier l’objectif même de l’indépendance du Québec. C’est la source de la désorientation consubstantielle péquiste. À preuve, la politique du « beau risque » après l’échec du premier référendum au lieu de la démission du gouvernement ou de l’imagination d’une formule intelligente de crise politique au Québec qui aurait dû provoquer un électrochoc auprès de la population québécoise et canadienne compte tenu du comportement du gouvernement fédéral surtout et du Canada-Anglais dans le sillage de leur gouvernement NATIONAL.

Cet affrontement entre deux nationalismes n’aurait jamais dû se conclure par l’écrasement du premier ministre péquiste et, paradoxalement, de sa réélection en 1981. Phénomène incroyable d’une démocratie fondée sur un « double standard » qui provoque des comportements contradictoires en les justifiant constamment au péril de la destruction de l’identité propre de la société. Ce travail de rationalisation ou d’autojustification nous a conduits jusqu’à cette dernière élection qui est devenue une sorte de cauchemar collectif. Bien malin celui qui peut comprendre cette recherche collective tout azimut des Québécois sauf s’il est capable de s’expliquer clairement et d’accepter complètement le sens, la portée et les conséquences de l’ANNEXION PROLONGÉE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DEPUIS 1763.

Il faudra bien un jour que nous parvenions à comprendre que l’histoire n’est pas simplement une série d’événements consécutifs, mais aussi et surtout un ensemble de conditions structurantes qui façonnent la grande histoire. Dans cet esprit, l’indépendance du Québec ne dépend pas seulement de cette lutte nationale au premier degré qui afflige les partis politiques, la société tout entière et qui, finalement, anéantit nos espoirs dans des dérives n’affectant que des cas de personnalité ou des événements de strict tactique politicienne et machiavélique que les porteurs du nationalisme québécois montent en épingle jusqu’à leur épuisement moral.

La peur des Québécois devant l’inconnu (?) de l’indépendance n’est pas principalement le produit d’une accumulation d’événements conjoncturels, elle découle par-dessus tout des effets structuraux de l’annexion des Canadiens-Français et de la superposition d’un État fédéral canadian sur la société québécoise. Cette superposition de la nation MAJEURE maintient le cap sur la mobilisation coûte que coûte et à n’importe quel prix des CANADIENS ET DES CANADIENNES dans l’ESPRIT de l’unité canadienne, c’est-à-dire du ONLY ONE CANADA (dans l’espace et dans le temps et UNE UNION CANADIENNE sur tous les plans politique, économique, social et culturel).

L’ÉTAT CANADIEN REPRÉSENTE ADÉQUATEMENT LA NOTION DE NATION AU SENS INTÉGRAL, CE QUE LES NATIONALISTES QUÉBÉCOIS EN TRÈS GRANDE MAJORITÉ N’ONT PAS ENCORE COMPRIS. La tradition historique et nos discours emberlificotés nous entraînent constamment dans l’esprit de la réforme des institutions fédérales canadiennes. Même René Lévesque n’a pas échappé à cette tendance qui nous hante encore aujourd’hui après 40 ans et même plus… de cette lutte nationale portant sur l’avenir du Québec.

Quelques extraits des déclarations de René Lévesque

– « Quebec and Federalism. » (1967)

D’entrée de jeu, René Lévesque déclare :

« I, too, believe in federalism provided it works and gives good results where I feel my priority to be, I’m a Québécois. I’m a French Canadian. If it works out well for me, I believe in it. If it doesn’t, I don’t. […] My vital priority (and I think it’s a growing vital priority in Quebec) is Quebec. »

Consulter : Allocution présentée durant la fin de semaine du 24 au 26 novembre 1967 dans le cadre d’un forum organisé par les étudiants du Collège Glendon de l’Université de Toronto. Reproduction dans René Lévesque. Textes et entrevues (1960-1987), p. 89. Préface de Claude Morin. Textes colligés par Michel Lévesque en collaboration avec Rachel Casaubon. Esquisse d’un portrait par Evelyn Dumas. Québec, PUQ, 1991, xxv + 444 p.

– « Pour un Québec indépendant. » (1976)

« … Avec cet étrange Québec aux couleurs nouvelles sur la carte entre l’Ontario et les provinces Maritimes, il faut éviter au Canada l’impression d’être incurablement « Pakistanisé », donc nous devons nous occuper sans délai du problème de garder ouvert un pont terrestre qui permette un flot de biens et de personnes aussi libre que possible ; autant et plus qu’il y a, j’imagine, entre l’Alaska et la masse continentale des États-Unis par le pont terrestre de l’ouest.

Un tel scénario exigerait, comme premier pas décisif, une union douanière aussi étroite que le permettront les intérêts mutuels des deux pays. En fait, c’est ce que nous proposons depuis la fondation même du Parti québécois, sans trouver dans les cercles fédéralistes orthodoxes autre chose qu’un silence tonitruant. Mais au milieu de ce silence, pas un seul homme politique responsable, ni, quant à ça, un seul homme d’affaires important, n’est allé jusqu’à dire que ce n’est pas ce qui arriverait, le moment venu. Car sans conteste une telle association, soigneusement négociée d’égal à égal, est un développement logique. Rien n’interdit d’envisager, par exemple, qu’elle aille immédiatement, ou du moins rapidement, aussi loin que le type d’union monétaire que le Marché commun européen […]. Et bâtissant sur ces fondations, elle [l’association] conduirait ce nouveau « northern tier » vers un avenir incommensurablement plus riche et plus stimulant que ce blocage vieux de 109 ans [la Confédération de 1867] dans lequel les deux nations se sentent et agissent plus souvent qu’autrement comme les deux scorpions dans la même bouteille dont parlait Churchill. […]

//168// En fait, le Québec français, […] reste au fond une société très solide, cohésive et non-violente. Même son nationalisme nouveau et exigeant a quelque //169// chose de moins strident et de plus assuré que sa contrepartie actuelle pancanadienne. Car le Québec a l’assurance d’une identité, en même temps qu’un manque relatif d’agressivité, qui sont le résultat de ce facteur unique de durée nationale qui manque au reste du Canada : une langue distincte et le tissu culturel qui l’accompagne. »

Consulter : Le texte original a été écrit directement en anglais par René Lévesque pour être publié par la revue américaine Foreign Affairs de juillet 1976 (vol. 54, no 4, p. 734-744). La version française a été reproduite par le quotidien Le Jour, 24 et 31 juillet, 7 et 14 août 1976. Evelyn Dumas en a assumé la traduction. Voir la réédition de l’article dans René Lévesque. Textes et entrevues (1960-1987), p. 167 et 168-169.

– « De même à San Francisco. » (1978)

« … Ce que nous proposons c’est la souveraineté-association. La souveraineté, c’est le self-government, la liberté d’adopter nos propres lois chez nous et d’imposer nos propres taxes. En d’autres mots, d’être responsables du gouvernement, de nous-mêmes, […]. La deuxième dimension de notre projet, celle de l’association, n’est rien d’autre que le désir de garder en //77// commun un grand nombre de ces éléments essentiels qui, dans le passé, ont assuré la continuité du Canada. […] Comme premier pas, nous voulons préserver le marché existant. […] Je crois que ce que nous proposons mérite le respect. »

Consulter : Discours prononcé devant le Commonwealth Club de San Francisco, le 29 septembre 1978. Reproduction du texte bilingue dans René Lévesque, OUI, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1980, 308 p. Préface de l’éditeur Pierre Turgeon. Voir p. 76-77 et 78.

– Défense de la question référendaire par le premier ministre Lévesque à l’Assemblée nationale (1980)

« Qu’on examine le programme politique que nous véhiculons, qu’on examine les manifestes que nous avons publiés au cours des années […], toujours cette aspiration, cet espoir sans cesse entretenu, cette ambition dévorante qui est l’ambition suprême, de faire saisir par les nôtres toutes les chances normales et tous les leviers normaux d’une nation […]. C’est une aspiration qui n’a jamais impliqué pour nous l’isolement du Québec, ce qui est d’une absurdité totale. Cela n’implique pas non plus la rupture avec le Canada comme les tenants du non voudraient nous le faire croire par la façon dont ils présentent la souveraineté, uniquement la souveraineté, comme un absolu, une fin en soi, et non pas comme nous la présentons, c’est-à-dire comme le plus noble et le plus efficace de tous les moyens dont peut disposer un peuple ; mais c’est aussi un moyen dont le monde entier nous enseigne qu’on peut l’ajuster à l’interdépendance. […]

//305// … [C]et avenir extraordinaire, nous, nous le voyons comme celui de deux peuples, associés dans cette égalité et pouvant enfin se forger, ensemble et côte à côte, avec, en même temps, la vraie compréhension et la vraie amitié qui leur viendront par surcroît. »

Consulter : Déclaration du Premier ministre à la clôture du débat sur la question référendaire à l’Assemblée nationale, le jeudi 20 mars 1980. Voir p. 301 et 305.dans René Lévesque, OUI, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1980, 308 p. Préface de l’éditeur Pierre Turgeon.

– Interprétation par Claude Morin de la souveraineté-association selon René Lévesque (1991)

Dans la Préface au recueil de « textes et entrevues » préparé par Michel Lévesque, on peut lire ce paragraphe essentiel de Claude Morin sur la pensée et le mode d’action de René Lévesque.

« LA SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION FUT SON INTUITION POLITIQUE MAJEURE LA PLUS LOURDE DE CONSÉQUENCES.

IL N’EN CONNAISSAIT PAS NÉCESSAIREMENT NI NE POUVAIT EN DÉCRIRE TOUS LES CONTOURS POSSIBLES, mais l’intensité de son adhésion à cet objectif n’eut jamais rien à voir avec les sondages d’opinion publique que pratiquaient le Parti québécois ou les médias.

Pour Lévesque, une trop grande dépendance envers les fluctuations souvent capricieuses du sentiment populaire menait fatalement à la négation du leadership (« Autant conduire le nez collé sur la vitre », disait-il), hissait l’absence d’audace et l’inaction au rang de brillantes vertus politiques et, plus grave, induisaient les politiciens en tentation permanente de manipulation et de dissimulation. » (Claude Morin, Préface, p. xxiii.)

Consulter : René LÉVESQUE (1922-1987), René Lévesque : textes et entrevues, 1960-1987. Textes colligés par Michel Lévesque avec la collaboration de Rachel Casaubon ; Préface de Claude Morin ; Esquisse d’un portrait par Evelyn Dumas. Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1991, xxv + 444 p., [12] p. de pl. : ill. Comprend du texte en anglais. Bibliogr. : p. [409]-439. ISBN : 2760506479

Peut-on considérer que l’étapisme et l’idée de référendum étaient des idées latentes dans l’esprit de René Lévesque ? On peut au moins dire que les agissements de l’ex-sous-ministre au gouvernement du Québec et ministre dans son cabinet lui ont valu les astuces de Morin, ce qui pouvait probablement le servir comme président du Parti québécois et premier ministre du Québec. Aujourd’hui, nous connaissons en plus l’existence des atomes crochus entre Lévesque et « les trois colombes » québécoises fédéralistes à Ottawa. Ce fait ne peut guère plus nous réjouir que cette histoire de Claude Morin et ses collaborateurs de la GRC. L’un a pensé jouer le bon politicien et l’autre le bon citoyen. Ils ont cru sauver tous les deux leur peuple.

« La peur des Québécois devant l’inconnu (?) de l’indépendance n’est pas principalement le produit d’une accumulation d’événements conjoncturels, elle découle par-dessus tout des effets structuraux de l’annexion des Canadiens-Français et de la superposition d’un État fédéral canadian sur la société québécoise. »

Il n’est pas facile de quitter son passé. Nous ne croyons pas que Claude Morin comprenait mieux la situation globale que son cinquième premier ministre. Voici quand même quelques photos qui illustrent des événements qui remontent à 1983 et 1987 où René Lévesque est photographié avec les « trois colombes » québécoises françaises fédéralistes à Ottawa.

Première photo

René Lévesque en compagnie de Jean Marchand à l’occasion du 25e anniversaire de la grève des réalisateurs de RADIO-CANADA (1983).

En compagnie de Jean Marchand en décembre 1983, à l’occasion du 25e anniversaire de la grève des réalisateurs de RADIO-CANADA. Dans Attendez que je me rappelle… (Québec /Amérique, 1986, p. 201), il écrit : « Puissant orateur populaire, ce vieux copain possédait de plus ces deux précieux ingrédients du succès politique, le « common touch) » et ce côté Roger Bontemps qu’il n’a jamais perdu. » (Photo La Presse – René Picard)

Deuxième photo

René Lévesque en compagnie de Pierre Elliot Trudeau quelques heures avant son décès survenu
le 1er novembre 1987.

Une bonne blague en compagnie de Pierre Elliot Trudeau quelques heures avant son décès. « Nous n’avons jamais été des intimes, confie-t-il à Graham Fraser. En fait, il y a toujours eu entre nous un désaccord profond quant au type de nationalisme que nous défendions. » (Photo La Presse – Bernard Brault)

– « Pour un Québec indépendant. » (René Lévesque, juillet 1976)

« Trois fois au cours des quatre-vingts dernières années, l’un des « siens » [provenant du « Québec français »] a même été appelé – à des moments où il semblait particulièrement nécessaire de calmer les indigènes [c.-à-d., les Québécois-Français] – à remplir le plus flatteur de tous les postes, celui de premier ministre fédéral. Le dernier mais non le moindre des trois, M. Trudeau [1919-2000 / 80 ans],

[les autres étant le Très Honorable Louis Stephen St-Laurent (1882-1973 / 91 ans) :

et le Très Honorable Sir Wilfred Laurier (1841-1919 / 77 ans) :]

s’est exécuté de la meilleure façon qu’il était humainement possible de le faire, au cours de la majeure partie et de la dernière décennie, dans cette dimension « chef tribal du Québec » de son rôle qui s’intégrait du reste naturellement à son « nationalisme canadien ». Mais la loi des retours décroissants, et //163// la voie que suit toute chair (y compris en politique) ont fini par atteindre ce qu’on a appelé son « French Power » à Ottawa. Et il n’a aucun successeur à l’horizon. »

Note.– Malheureusement, l’histoire connaît bien des détours, et on doit ajouter ces deux derniers, les Très Honorables Martin Brian Mulroney de Baie-Comeau et Joseph Jacques Jean Chrétien de Shawinigan. Que l’histoire est donc bien surprenante !
Consulter : Le quotidien Le Jour, 24 et 31 juillet, 7 et 14 août 1976. Le texte original a été écrit directement en anglais par René Lévesque pour être publié dans la revue américaine Foreign Affairs de juillet 1976 (vol. 54, no 4, p. 734-744). Evelyn Dumas en a assumé la traduction. N. B. Nous avons ajouté les photos et les hyperliens aux trois premiers ministres canadiens issus du Québec-Français. Voir le texte français dans René Lévesque. Textes et entrevues (1960-1987), p. 162-163.

Troisième photo

René Lévesque en compagnie de Gérard Pelletier quelques heures avant son décès survenu
le 1er novembre 1987.

« Gérard Pelletier (…) c’était plutôt le très estimé collègue. Engagé lui aussi dans le combat social, autant sinon plus que dans le journalisme, je le trouvais aussi réfléchi que Marchand pouvait être animal d’instinct, d’une précision sans cesse plus exigeante à mesure que l’autre devenait plus lyrique. » C’est ce qu’écrit René Lévesque dans ses mémoires à propos de son ancien confrère journaliste qu’il devait rencontrer pour une dernière fois quelques heures avant son décès. » (Photo La Presse – Bernard Brault)

Consulter : René LÉVESQUE (1922-1987), René Lévesque : textes et entrevues, 1960-1987. Textes colligés par Michel Lévesque avec la collaboration de Rachel Casaubon ; Préface de Claude Morin ; Esquisse d’un portrait par Evelyn Dumas. Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1991. (838 notices) xxv + 444 p., [12] p. de pl. : ill. Comprend du texte en anglais. Bibliogr. : p. [409]-439. ISBN : 2760506479. Reproduction de 3 pages de planches (illustration en photos).

Un dernier mot sur cette désorientation consubstantielle du Parti québécois.

D’autres personnes que l’auteur de cette chronique ont vu ces trois photos. Elles nous ont manifesté leur opinion commune en des termes assez durs.

« C’est décourageant de voir monsieur René Lévesque qui, après avoir été combattu férocement par « ses petits amis », démontre tout de même une grande sympathie envers eux, se rappelant leur amitié lorsqu’il était journaliste.

Ou bien il était d’accord avec eux, donc il a trompé outrageusement les Québécois, ou bien il n’a pas de cœur ni un minimum de fierté humaine, donc il ne méritait ni l’appui de la nation québécoise ni de devenir son premier ministre. »

Quant à nous, nous trouvons ces trois instantanés de la vie de René Lévesque très intéressants, mais pour le moins gênants. Cependant, une chose est certaine, l’affrontement national Québec Canada relève de deux nationalismes dont l’un est MAJEUR et l’autre MINEUR. René Lévesque a défendu un nationalisme mineur et Pierre Trudeau le nationalisme majeur. L’un d’entre eux s’est subordonné aux autres à la fin de sa vie.

Il n’y a plus qu’une seule porte de sortie pour les Québécois : L’INDÉPENDANCE DE LA NATION QUÉBÉCOISE DANS L’UNITÉ QUÉBÉCOISE. Toute la philosophie politique du souverainisme péquiste et bloquiste et surtout du nationalisme mineur n’est que de la mauvaise rhétorique et surtout de la mauvaise politique.

Il manque cruellement, dans les circonstances actuelles, une éducation à l’indépendance, à ses fondements et aux actions à entreprendre pour « passer » le message. C’est ce que font tous les grands groupes de pression lorsqu’ils veulent obtenir l’adhésion des partis politiques, des parlements et des gouvernements en vue de gagner la cause qu’ils défendent. Pour cela, ils doivent convaincre la population et obliger les médias à nous faire entendre autre chose que le même disque qui saute répétant toujours les mêmes topos idéologiques présentés comme impartiaux. Les subtilités de la propagande conçues par les experts du nationalisme majeur sont incommensurables. Les indépendantistes devront apprendre rapidement à décoder facilement les messages subliminaux des fédéralistes. Le temps presse.

Bruno Deshaies

Commentaires

  • 10 avril 2007 16h19

    10 avril 2007 Bruno Deshaies

    « L’indépendance à deux est une aberration. Adieu l’association ! »

    Nous apprécions grandement les commentaires qui ont été publiés par nos lecteurs sur la personnalité de René Lévesque. Ils confirment ce court paragraphe de Camille Laurin que l’écrivaine Marguerite Paulin cite en exergue dans sa courte biographie du chef du Parti québécois.

    « Depuis que je travaille à ses côtés, écrit Camille Laurin, René Lévesque me paraît comprendre et ressentir dans sa chair ces contradictions de l’homme québécois qui tout à la fois lui imposent de se libérer et l’empêchent d’y parvenir. C’est pourquoi il oscille lui-même entre la nuit et la lumière, l’impatience et la confiance, la tendresse et la sévérité, la mercuriale et l’appel au dépassement lorsqu’il se parle à lui-même ou aux autres. » (Marguerite PAULIN, René Lévesque. Une vie, une nation. Montréal, XYZ éditeur, 2004, 165 p. (Coll. « Les Grandes figures ». ISBN : 2-89261-377-9)

    «  René Lévesque (1922-1987)
    Un sujet exemplaire des contradictions de l’homme québécois »

    http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2007/04/ren-lvesque-1922-1987.html

    Il suffit de parcourir le livre rapidement pour découvrir l’homme et son œuvre ainsi que son immense difficulté à s’extirper des interprétations traditionnelles de l’histoire du Canada que Maurice Séguin a très bien décrites de la manière suivante dans Les Normes (cf. Introduction. Guérin Éditeur, 1999). http://www.rond-point.qc.ca/seguin/lesNormes.phtml

    EXTRAITS :

    — « Des interprétations que l’on appellera traditionnelles et majoritaires ont pour thèmes généraux (si l’on simplifie...) :

    l’égalité politique dans un régime fédéral (ou d’union fédérale) entre le Canada anglais et le Canada français considérés comme groupes ethniques [ou sociétés distinctes] ;
    une inégalité sur le plan économique, due à des causes temporaires et qui peut être corrigée : ou l’égalité économique possible.
    l’avantage de deux cultures pour une nation. »

    — « D’autres interprétations, traditionnelles aussi mais minoritaires ont soutenu (si l’on n’entre pas dans les détails) :

    1° l’obtention de l’indépendance politique pour le Canada-Français
    a) comme possible [ET] assez facilement, si l’on veut cette indépendance ;
    [ET AUSSI]
    b) comme quelque chose qui va de soi,

    2° ou le recouvrement possible d’une indépendance politique perdue ou refusée par accident :
    3° [et malgré tout] percevant l’inévitable inégalité politique d’une nationalité minoritaire. »

    N. B. Il paraîtrait que ces deux phrases sont tellement difficiles à comprendre pour un non-initié, c’est-à-dire s’il n’est pas historien, qu’il est nécessaire de lui faire un dessin ! Êtes-vous du même avis ?

    Selon nous, la désorientation péquiste n’est pas accidentelle, elle est la conséquence de l’annexion prolongée du Canada-Français au Canada-Anglais. Les événements qui expliquent ce phénomène historique de longue durée sont objectivement étudiés par Maurice Séguin dans Histoire de deux nationalismes au Canada (Guérin, Éditeur, 1997). http://www.rond-point.qc.ca/auteur/livres/nationalismes.html (Je sais, je sais, je prêche pour ma paroisse !) Or, pour faire l’indépendance du Québec, il faudra bien un jour devenir capable de raisonner sur le déroulement de l’histoire qui se passe sous nos yeux dans l’OPTIQUE INDÉPENDANTISTE. Qui peut se targuer d’être en mesure de le faire en ce moment ?

    Notre plus grande difficulté, c’est que nous sommes trop centrés sur le moment présent et l’événementiel. Les forces profondes nous échappent complètement. C’est une des conséquences les plus néfastes pour toute la société québécoise. Il faut penser autrement pour réaliser l’indépendance du Québec. Sur ce point, René Lévesque a échoué lamentablement tout comme le Parti québécois et le Bloc québécois.

    Si l’on veut être réaliste, le BQ doit disparaître à Ottawa et le PQ devrait savoir maintenant que l’indépendance du Québec n’est pas qu’une question de stratégie, mais de doctrine claire concernant le concept même d’indépendance. L’indépendance à deux est une aberration. Adieu l’association ! En revanche, l’inévitable collaboration entre les nations dans des rapports interétatiques et non de subordination et de superposition, c’est OK ! Autrement dit : « Vivre avec les autres, mais par soi », « Collaboration mais autonomie » et « Together but on our own feet », c’est PARFAIT ! Rien ne peut être accepté en deçà des relations de juxtaposition entre des nations souveraines malgré toutes les tensions que ces rapports peuvent créer.

    Pour franchir ce pas, il n’est plus question de rêver et de rédiger des projets de pays sur papier à chaque année ou avant et après les élections. Notre avenir n’est plus à la croisée des chemins comme le pensent trop d’indépendantistes. Le pays est en action ; il doit agir par lui-même ; il doit collectivement prendre par lui-même ses responsabilités, défendre ses intérêts et chercher le moyen de collaborer sans perdre la maîtrise de sa souveraineté. Ce qui est très différent du discours que nous entendons dans la bouche des souverainistes péquistes ou bloquistes. C’est toute une culture politique qui doit être bouleversée radicalement.

    Il est frivole de parler pour parler sur les voies à suivre concernant l’« avenir du Québec » ou la « question nationale », si l’option de l’INDÉPENDANCE est la solution retenue par les Québécois. Il est grand temps de pousser sur le bouton Action. Pour ce faire, il faut un moteur quelque part, un RÉALISATEUR, dans le sens que donne à ce mot Le Robert (Tome V : 1962), c’est-à-dire « celui, celle qui réalise, rend réel, effectif ». Par conséquent, il est celui ou celle qui donne l’existence à une chose après avoir effectué le passage « de ce qui a été conçu et qu’on transporte du monde de la pensée dans celui des faits ou des objets » (cf. Henri Bénac, Dictionnaire des synonymes, Paris, Hachette, 1956, p. 778). Finalement, il s’agit de celui ou celle qui doit mener à bien ce qui doit être exécuté. Le contraire est improductif s’il s’agit encore de concevoir, de projeter ou de proposer seulement. Le réalisateur doit être celui ou celle qui postule le NATIONAL non pas comme la résultante accessoire des transformations SOCIALES, mais comme la raison d’être de l’agir par soi collectif. Si le social, le culturel ou l’économique peuvent plus ou moins bien s’accommoder du fédéralisme, nous pouvons considérer que le politique vu dans l’optique indépendantiste ne peut admettre les conséquences du fédéralisme ou même du confédéralisme qui serait très peu ou même peu centralisé et a fortiori s’il s’agit d’un type de fédéralisme très centralisé.

    La désorientation politique ne saurait être corrigée sans une préparation sérieuse des nouvelles idées (très connues toutefois dans quelques milieux), mais ignorées et occultées par les élites souverainsites et indépendantistes en place. Un travail de terrain s’impose.

  • 6 avril 2007 02h22

    René Lévesque ne cessait de " s`excuser" , en tant qu`"humble serviteur", tout courbé, la tête enfouie dans sa main...Dieu que ça m`exaspérait !
    Et il trouvait Jacques Parizeau " un peu paranoïaque" parce que ce dernier s`inquiétait des complots fédéralistes...( j`en fus personnellement témoin : il sollicitait mon accord ! ).

    Tout grand démocrate et réformateur qu`il ait été, il n`osait pas, comme B. Landry et les autres .
    Il n`a pas su , pas osé, être un authentique libérateur .Il ne nous faisait pas assez confiance pour ça.

    Sa soi-disant"prudence" n`était, comme n`a jamais cessé de l`être celle des gens "en place" du PQ, les éteignoires qui s`incrustent dans les structures et contrôlent notre Parti, que rationalisation peureuse et velleitaire de mentalités mal décolonisées qui "se trouvent des défaites" , selon la si juste expression bien de chez nous.

    Soigneusement cultivée par nos adversaires qui la chérissent et ne cessent pour cause de nous l`opposer sournoisement, sa mémoire nous paralyse et doit cesser d`être une référence obligée !
    Nous devons de toute nécessité nous libérer de cette obsession, et la dépasser.

    Georges-Étienne Cartier le 5 avril 2007

  • 5 avril 2007 23h41

    Montréal, 5 avril 2007

    Bonsoir Monsieur Pierre Martin,

    Je vous remercie pour votre commentaire. Il met l’accent sur un trait de la personnalité de monsieur Lévesque. En effet, la personnalité d’un chef d’État a son importance en politique. René Lévesque a été apprécié pour son intégrité par les Québécois, mais cela n’a pas fait de lui le meilleur combattant de l’indépendance du Québec. Son nationalisme était mineur. Je crois qu’il abhorrait le nationalisme même à cause surtout des deux guerres mondiales du XXe siècle.

    S’il a su communiquer avec les Québécois, en contrepartie, il n’a pas été capable de comprendre sa défaite référendaire. Malheureusement pour lui, il a obtenu un second mandat électoral en 1981 qui l’a conduit à la catastrophe. Le « beau risque » a fait sauter les plombs des indépendantistes qui voulaient un pays. Eux aussi ont finalement échoué en 1995. Il y eut une autre démission. Finalement ce parti a connu cinq démissions de premier ministre en trente ans sans compter l’histoire des relations de Pierre Bourgault avec le PQ. Pourrait-on compter finalement une sixième démission ? N’y a-t-il donc pas plus que des problèmes de personnalité dans l’histoire de ce parti politique ? Il y a, comme nous l’avons écrit, une « désorientation consubstantielle au PQ ».

    L’indépendance devrait être pensée en tant que combat et non de pouvoir, c’est-à-dire en tant que combat idéologique en lieu et place de luttes électorales pour le pouvoir. Les indépendantistes doivent former un front commun, vivre avec une doctrine commune et un plan commun d’action.

    Les zigzags continuels ne peuvent servir la cause de l’indépendance du Québec (ce qui n’est pas la même chose que de dire « l’avenir du Québec » ou « bâtir un pays »). Chaque chose en son temps et avec les bons mots serait le meilleur service que les indépendantistes pourraient rendre à la nation québécoise. Encore faut-il qu’ils soient en mesure de former l’élite capable de prendre le taureau par les cornes une fois pour toutes.

    D’après nous, le « MOUVEMENT » est rendu là. Cependant, le nombre ne vient pas appuyer le mouvement. Les nouvelles idées circulent, mais elles sont sans ressources humaines suffisantes pour accélérer le MOUVEMENT susceptible d’ébranler assez fortement la population et ses chefs où qu’ils soient.

    Il faut travailler dans l’optique indépendantiste et organiser l’action indépendantiste. Dans cet esprit, un chef sortira du rang. Il faut le préparer maintenant.

    C’est le cas de le dire, il faut réunir les individus pour grandir collectivement.

    Bruno Deshaies

  • Michel, 5 avril 2007 21h54

    Vos questions sur Lévesque sont pertinentes et, oui la désorientation politique fait partie de l’essence même du PQ.
    Lévesque est sorti du Parti Libéral mais on n’a jamais sorti le Parti Libéral de Lévesque. Je n’ai jamais été impressionné par cette air de pitou piteux sympathique au Québecois qui se reconnaissaient dans cet allure de ’’looser’’ si perceptible le soir de la première défaite référendaire et pleinement assumée la nuit des longs couteaux.
    Quelque temps après que le Rassemblement pour l’Indépendance Nationale s’est sabordé pour lui laisser la voie libre, j’ai eu l’occasion de jaser avec Lévesque et je n’ai pas reconnu en ce personnage et ses propos, même un début de conviction indépendantiste. Je peinais à comprendre son insistence sur cette association au Canada dans son projet de souveraineté. Comment transformer une lutte pour se libérer du Canada en un élan vers une association... que nous tentions justement de nous défaire ? Son hésitation à parler d’indépendance et son insistence sur ce lien ’’canadian’’
    sentait le libéral et n’augurait rien de bon.
    Je ne suis pas devenu membre du PQ parce que ça transpirait l’opportunisme et la courbette...ces traits du père passeront dans les gènes du PQ
    Pierre L’Arrogant ( Trudeau ) s’est payé la tête de ce personnage hésitant et faible et celui-ci en a redemandé...le ton était donné et ses héritiers ’’mous et confus ’’ n’hésiteront pas de taxer de ’’pur et dur’’ ceux qui sont resté fidèles à l’indépendance et qui proposent une démarche claire au lieu de toutes ces valses référendaires.

  • Pierre Martin, 5 avril 2007 13h26

    « Nous sommes quelque chose comme un grand peuple ».

    Pour moi, il n’y a pas d’expression plus pathétique que celle-là. Car elle est l’expression d’un malaise évident.

    Lévesque souffrait probablement du même syndrome qui affecte depuis toujours notre élite nationale : une défiance absolue envers le peuple et sa capacité de mobilisation.

    Mais plus pathétique encore, Lévesque souffrait d’un complexe d’infériorité à l’endroit du Canada anglais, d’où sa déférence qui s’exprimait par ce souci de respecter scrupuleusement les règles imposées par le fédéralisme canadien (et le modèle britannique), approche extrêmement légaliste, par ne pas dire un légalisme à outrance. Or dans un système où le précédent crée la règle, cette attitude est suicidaire ; elle laisse toujours à l’ennemi une longueur d’avance et lui rend prévisible nos actions toujours calquées sur les règles du droit constitutionnel pourtant biaisées.

    L’expression de son complexe d’infériorité a atteint son paroxysme lors de sa visite en France quelques mois après son élection de 76. Lors de sa conférence de presse, Lévesque a pris de longues minutes pour s’excuser auprès d’Ottawa d’avoir enfreint le protocole (on avait déroulé pour lui le tapis rouge réservé aux chefs d’État). Plus colonisé que ça…

    Malheureusement, Lévesque a profondément marqué notre psyché collective et a enraciné son ambivalence dans la culture du parti québécois à un point tel que je doute qu’il soit jamais réformable.

    Malgré ces faits troublants, je persiste à croire que René Lévesque fut providentiel pour l’avancement de l’indépendance. Dans mon panthéon personnel, il demeure le plus grand chef (pas nécessairement le plus grand patriote). L’erreur est de vouloir perpétuer son héritage.

    Ceci dit, on a les chefs que l’on mérite.

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