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La dernière interview de René Lévesque
Le Québec est « une force qui va ». Son tort, c’est d’en douter.
José Fontaine
Chronique de José Fontaine
samedi 18 avril 2009      427 visites      2 messages


La mise en ligne progressive des archives TOUDI (et de nouvelles collaborations), me permet de réaliser un vieux rêve, celle de pouvoir faire lire la dernière interview de René Lévesque avant sa mort . A l’endroit que je viens d’indiquer, on peut également prendre connaissance de quelques uns des articles sur le Québec rédigés dans TOUDI de 1987 à aujourd’hui.

L’article de 1987 (avant l’interview), et celui de 1988 (les funérailles de René Lévesque), ont été écrits par un (alors) jeune journaliste d’une grande finesse, abasourdi par la trajectoire historique du Québec, puis par celle du plus « grand » des Québécois. Il ne cache d’ailleurs pas ses sympathies social-démocrates ni un certain scepticisme très wallon à l’égard du nationalisme.

Il y a quelques jours, j’ai tenté de dire la suite de l’histoire que l’on ne connaissait fatalement pas en 1988, le Lac Meech, le référendum de 1995, Jacques Parizeau, la vie qui continue, sans cependant insister sur les tout derniers développements (ainsi la reconnaissance du Québec comme nation), sauf sur la remontée d’un PQ qui paraît justement increvable. Et je rappellerais aussi ici qu’il y eut chez nous en 1946 (l’année de ma naissance), une revue Québec-Wallonie qui certes n’a paru que deux fois, mais dont le souci était déjà la Francophonie (qui ne portait pas encore ce nom et le mot « Québec » n’était pas alors aussi fortement mis en avant). Cette remontée dans les archives de la revue que je dirige depuis 22 ans est une remontée dans ma propre vie. Mais aussi dans celle du Québec. Il y a là comme le fil d’une histoire (la mienne, celle de la Wallonie…) enfoui et qu’on déterre. Mais il y a aussi celle du Québec. Le fil d’une histoire nous mène, croit-on, aux origines. Et si le même fil ne nous conduisait pas surtout à ce qui est à venir ?

Il me semble que oui. Un jour du début des années 70, je revenais en omnibus vers ma ville quasi natale, Dinant (la ville martyre de 1914) : j’étais assis en face d’une jeune fille qui était allée au Québec. Elle me dit l’enthousiasme que lui inspirait la montée québécoise. Comme d’habitude, quand je suis dans cette situation, je proposai à mon interlocutrice de prendre conscience que les choses ne sont jamais loin de nous, s’agirait-il même de l’Infini. Et que donc, ici en Wallonie... « Non », me répondit-elle, « en Europe, nous sommes si vieux ! » J’ai bien compris le sens de sa réponse . A moi aussi, le Québec apparaissait comme la jeunesse du Monde. C’est-à-dire comme un goût d’Infini, au sens où Bernard Stiegler (pourtant un athée), dit que pour dire « nous », nous avons besoin d’un avenir infini puisque de toute façon on ne peut se proposer d’aimer qu’inconditionnellement ou infiniment. Se le proposer ne signifie pas qu’on le réalise, mais c’est le sens du saut que nous faisons jusqu’à l’Autre « jusqu’à se perdre ».

Sur VIGILE, il y a ce grand territoire du Québec qui lui sert de logo : ce grand vaisseau, je ne conçois pas qu’il sillonne une autre mer que celle de l’Espérance, non pas cette espérance dont Spinoza (si bien compris par Andrée Ferretti dans Bénédicte sous enquête), dit qu’elle est la représentation de quelque chose que nous ne pouvons pas. Mais le vaisseau qui porte l’Espérance conduit à sa réalisation (il me semble que je sais ce dont je parle...).

Le Québec est « une force qui va »

Son tort, c’est d’en douter.




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Vos commentaires:
  • La dernière interview de René Lévesque
    19 avril 2009, par Nicole Hébert
    Merci, monsieur Fontaine, pour ce brasse-mémoire... Lorsque l’on a vécu, comme moi, tous ces évènements, de tels documents ont un pouvoir de nostalgie mais aussi de fierté et, au rappel de la qualité d’âme qui habitait cet homme, René Lévesque, d’espoir que nous soyons encore capables d’en produire de cette trempe. et de faire enfin ce que nous avons à faire.
  • La dernière interview de René Lévesque
    19 avril 2009, par José Fontaine

    Il ne m’est pas difficile d’imaginer ce que vous avez vécu puisque - permettez-moi de dire cela, je le nuancerai après ! - cela a été aussi mon cas à partir de 1967 en tout cas, mais aussi de façon plus immémoriale à travers un Canada français qui me semblait si loin quand j’étais enfant, qui l’est devenu moins lorsque j’ai rencontré les premiers Canadiens français à Louvain, vu et entendu à la télé la reine d’Angleterre s’exprimant en français au Québec (c’est un vrai souvenir qui n’est pas livresque), puis le Vive le Québec libre ! Et tout le reste...

    Quand je dis "je l’ai vécu" c’est évidemment bien moins fort que vous, alors je m’imagine ce que cela a été pour vous et tous les patriotes du Québec.

    J’avais lu cette après-midi votre chronique sur la semaine sainte... Habermas - philosophe athée et rigoureux - propose que les traditions religieuses soient traduites dans un langage universel (pour l’humanité de l’ère post-séculière, c’est ainsi qu’il la nomme), en estimant que ces traditions possèdent "un potentiel de vérité" qui permet aux croyants "d’apporter, dans un langage religieux, leur contribution aux débats publics" (voir ESPRIT, juillet 2004).

    On a parfois caricaturé le nationalisme québécois en disant qu’il était, dans ce pays autrefois si catholique, une manière sécularisée de prolonger l’espérance chrétienne en la fixant non sur un objectif hors du monde mais dans celui-ci. Et cela avec le même dogmatisme rigide.

    A cause d’Habermas, il me semble que ce n’est pas vrai. Et je pense qu’il me permet de dire ceci qui est partageable tant par des croyants, que des agnostiques ou des incroyants : il se joue dans nos combats politiques quelque chose qui nous dépasse infiniment.



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