Les religions majeures qui sont présentes au Québec sont toutes nées avant la démocratisation des sociétés occidentales. Nous arguons ici que cette démocratisation, dans ses dimensions politiques, culturelles et sociales, constitue le plus grand apport occidental au reste du monde. Il s’agit, en fait, de la pierre angulaire de la civilisation occidentale moderne. Elle devrait donc s’appliquer au sein des organisations religieuses.
Il incombe, en effet, non seulement à la démocratie de s’accommoder aux différentes croyances, d’y faire place, de les accepter et d’en débattre, mais aussi, il convient aux religions de s’adapter à la démocratie, pierre angulaire de la civilisation occidentale. En cas de divergence, la démocratie doit primer. L’un des fondements de la démocratie moderne, c’est l’égalité en droit des hommes, c’est-à-dire la non-discrimination sur le fondement du sexe, de la race et de l’orientation sexuelle.
Aucune organisation à vocation universelle ne peut donc être fondée sur une telle discrimination sans contrevenir à la valeur pilier de l’Occident : la démocratie et l’égalité entre les hommes. C’est donc dire, que, logiquement, il convient de mettre une condition à l’exercice d’une religion organisée au Québec : le respect de cette valeur-mère au sein de l’organisation religieuse.
De plus, nous croyons qu’il est inacceptable qu’un chef d’État ou de religion, ou des deux, nomme, au Québec, des dirigeants religieux. Non, le peuple, dans ce cas-ci, les membres de la dite religion, doivent nommer, par élection, leurs dirigeants religieux. Nous proposons de plus un type de nationalisation des religions, c’est-à-dire une souveraineté populaire des Québécois sur les institutions religieuses auxquelles ils ont choisi d’adhérer.
La conjonction de ces deux principes, la démocratisation et la nationalisation, le second dérivant du premier, implique finalement, le droit inaliénable des groupes religieux québécois de choisir les règles de leur vie religieuse. Ceci n’implique pas nécessairement une rupture avec certaines allégeances extérieures ; pensons aux baha’ïs, plus démocratiques dans leurs institutions, quoique imparfaitement (les leaders centraux restent exclusivement mâles).
Cependant, il est complètement inacceptable, au XXIème siècle, que le Pape de Rome nomme un évêque au Québec qui n’ait pas eu l’aval des Québécois membres de cette religion. Allons plus loin, et disons que le Pape de Rome peut bien avoir, officieusement, son propre candidat, mais que les Québécois membres de la religion désireux de s’y présenter peuvent le faire, qu’ils soient hommes, femmes, chastes ou non.
On s’entend que le candidat devra faire preuve d’une certaine connaissance religieuse, que certains peuvent choisir de valoriser un candidat mâle chaste, et ainsi de suite, mais cela ne saurait être une condition démocratique d’accès aux fonctions de leadership religieux. Nous proposons donc de doter le Québec d’une Loi sur la démocratisation et la nationalisation des religions, fondée sur les principes suivants :
1- L’élection des chefs de culte au suffrage universel à l’intérieur de la communauté,
2- L’éligibilité universelle des adultes québécois à l’ensemble des fonctions religieuses électives,
3- L’adoption interne, nationale, des règles qui régissent la vie religieuse.
Un groupe religieux qui ne respecte pas ces conditions démocratiques, au Québec, se verrait refuser le statut de religion, et les droits et obligations qui y sont liés. L’un de ces droits est le droit d’être enseigné à l’école, non que l’on doive faire abstraction complète des religions non-démocratiques, mais plutôt, que l’on leur préférera l’enseignement de la doctrine québécoise, obligatoirement démocratique, pour le dit courant religieux.
Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire, pour les juifs, qu’ils ne pourront fonder au Québec, l’adhésion à la religion juive sur un principe ethnique, ou de sang, mais que toute personne peut, de son propre gré, adhérer à la religion juive. Cela veut dire que, au Québec, la religion chrétienne, comme les autres, devra accepter que des femmes et des gens non chastes, mariés ou non, soient candidats aux fonctions religieuses électives.
Je ne crois pas, personnellement, que les humains sont égaux spirituellement. Pour moi, Jésus, par exemple, reste plus grand que moi spirituellement. Il en va de même pour Marie. En revanche, je ne crois pas que ces inégalités se fondent ou doivent socialement se fonder sur l’appartenance ni à un sexe, ni à une caste religieuse, ni à une race, ni, bien sûr, à une religion. Muhammad a dit qu’il ne peut y avoir de distinction entre les croyants qu’en matière de piété.
Ce que je propose, tout compte fait, c’est d’actualiser et de moderniser ce principe, par ailleurs, fort démocratique, et d’en faire un principe fondateur des religions au Québec.
David Litvak
Détenteur d’un baccalauréat personnalisé en “Religions et pensée moderne”
