L’avènement d’Option nationale a suscité de l’intérêt et bon nombre d’adhésions enthousiastes, et aussi quelques critiques et réactions plus sceptiques. Certains ont amené la question sémantique — souveraineté vs indépendance —, la reliant à une culture péquiste qui n’a pas la cote. On a aussi interprété la démarche indépendantiste d’ON de diverses façons, en suggérant parfois qu’elle pourrait être " étapiste ". Encore ici, le spectre du péquisme se manifeste. Attardons-nous sur cette question, à partir du point de vue de l’auteur de ces lignes sur la genèse et le sens de ladite démarche, dont il a lui-même participé au processus de création.
On se souviendra qu’à l’été 2011, M. Aussant a évoqué publiquement la création d’un parti qui chercherait à réaliser l’indépendance par mandat électoral, sans référendum subséquent. Encore aujourd’hui, celui qui est désormais chef d’Option nationale affirme que s’il n’en tenait qu’à lui, une élection décisionnelle demeurerait son moyen d’action privilégié. Avez-vous récemment entendu quelqu’un du PQ dire une chose pareille ? Moi non plus.
Après cette première prise de position, l’étape suivante pour Jean-Martin Aussant fut d’aller consulter toute une batterie d’experts, de constitutionnalistes, et d’indépendantistes parmi les plus illustres et déterminés. Il en est ressorti que pour l’immense majorité d’entre eux, l’élection décisionnelle pose un problème démocratique au point d’être à proscrire, purement et simplement. J’ai moi-même pu le constater en direct auprès de gens commele professeur Denis Monière et l’ex-Premier Ministre Bernard Landry. On sait également que Jacques Parizeau tient lui aussi à ce que la décision ultime de l’indépendance soit prise autrement qu’à même un vote électoral.
C’est donc en vertu d’une réflexion responsable et sérieuse à cet égard que Jean-Martin Aussant, comme bon nombre de membres fondateurs d’Option nationale, en sont venus à la conclusion que prôner l’élection décisionnelle risquerait de confiner le nouveau parti à la marginalité perpétuelle, faute de crédibilité auprès d’un trop grand nombre de démocrates, aussi indépendantistes fussent-ils.
C’est en tenant compte de cela qu’a été mise au point la démarche que propose ON dans sa plateforme actuelle, sur un modèle qui rappelle beaucoup ce qu’ont déja avancé des gens comme Robert Laplante, notamment, qu’on ne peut certainement pas accuser de péquisme compulsif. Essentiellement, le but de cette démarche est d’aller chercher le mandat électoral le plus indépendantiste possible sans que l’élection ne soit décisionnelle à proprement parler. Donc, on demande le pouvoir pour procéder au rapatriement des trois axes principaux de la souveraineté, i.e. lois, impôts et traités, et aussi pour faire rédiger une constitution comprenant une déclaration d’indépendance, qu’on soumettra au vote référendaire. Et si Ottawa rechigne à laisser aller ces pouvoirs qu’un gouvernement aurait pourtant dûment été élu pour rapatrier ? Rien n’empêche entre-temps l’autre pan du programme d’ON — constitution et référendum — de suivre son cours et d’aboutir. Il ne s’agit donc pas, ici, d’aller quémander à genoux quelques improbables réaménagements du fédéralisme en espérant plus ou moins se faire dire non. Il s’agit plutôt de réaliser l’indépendance, et de le faire en respectant des normes démocratiques élevées.
Cette proposition n’est évidemment pas exempte de défis et de pièges à éviter. Il y a notamment le risque inhérent à toutes les démarches de type élection-d’abord-référendum-ensuite, celui de la perte de capital politique dans l’intervalle précédant le référendum. Plus le temps passe, plus le risque est grand.
Il y a aussi, à mon sens, un potentiel de division autour de la constitution. Une constitution, c’est beaucoup d’articles qui, même adoptés par une assemblée constituante, ne feraient pas nécessairement l’unanimité, et seraient donc autant d’excuses possibles pour rejeter la proposition, et avec elle, l’indépendance. Il reste, je pense, du débat, de la réflexion et du travail à faire pour trouver des solutions à cet écueuil éventuel.
Cela étant dit, on peut penser ce qu’on veut de la proposition d’Option nationale, tant dans la plateforme actuelle que dans les paroles et les actes du chef, mais il est difficilement possible d’y voir autre chose qu’une offre résolument indépendantiste. Et c’est précisément là, dans ce message conséquent et engagé, que réside toute la pertinence de ce parti auquel personne, évidemment, ne promet le pouvoir demain matin. La politique et la démocratie, on semble parfois l’oublier chez ceux qui nous alertent avec insistance de la " division du vote ", ce n’est pas seulement la prise du pouvoir. Quand on a quelque chose à dire, a fortiori quelque chose qui rejoint d’emblée quarante pourcent de la population, on peut jouer un rôle majeur sans être immédiatement au pouvoir. Dans le contexte actuel, où les partis traditionnels sont peu populaires et au coude-à-coude, l’espace est considérable pour une action politique alternative. Parlez-en à Amir Khadir.
Parlez-en à Mario Dumont qui, somme toute, a eu beaucoup d’influence pendant plusieurs années, et continue d’en avoir même après sa retraite, sans jamais avoir gouverné. Depuis longtemps, tout le monde joue à l’ADQ, Charest parfois, Legault et Marois souvent. Et d’ailleurs, plusieurs idées maîtresses de Dumont n’ont jamais été aussi populaires et soutenues par des gens aussi respectés que l’idée de l’indépendance. Autrement, peut-être aurait-il justement pris le pouvoir.
Bref, on peut donner du pouvoir à une idée, on peut même la mettre au pouvoir, avant de le prendre ou sans le prendre soi-même. Dans l’immédiat, le rôle que peut jouer Option nationale est, au minimum, de donner du sens et de l’oxygène à l’indépendantisme, qui depuis plusieurs années est travesti par le Parti québécois, qui en fait plutôt une affaire ambigüe de gouvernance provinciale, de discours sans conséquence et d’éventuels tiraillements déprimants avec Ottawa.
La question brûlante que doivent aujourd’hui se poser les indépendantistes est la suivante : Après quasiment deux décennies d’apparitions sporadiques et de lancinante confusion, l’indépendantisme peut-il se permettre d’aller encore se censurer derrière parti qui juge bon — c’est son droit — de se confiner indéfiniment au pouvoir provincial ? Faut-il vraiment sacrifier une idée aussi noble et forte sous prétexte que nous allons supposément être mangés tout crus par le grand méchant monstre libéral ?
Oui, plusieurs politiques et accointances du gouvernement provincial actuel sont abjectes. Devons-nous y répondre par l’indépendance, ou plutôt en acceptant d’aller sur la patinoire provinciale jouer un jeu dont nos adversaires dictent les règles, et les changent au gré de leurs besoins ? Le PQ a été au pouvoir pendant près de vingt ans. Cela a-t-il empêché Jean Charest de sévir ensuite ? Le gouvernement libéral n’est pas le vrai problème du Québec. Il en est plutôt une indication, une conséquence. Cette famille politique, en perpétuel porte-à-faux avec nos intérêts nationaux, carbure à notre soumission au pouvoir canadian. La congédier provisoirement, en attendant qu’elle revienne inévitablement, est-il une solution valable pour quiconque pense que le Québec a besoin de son indépendance ?
Je respecte, sans les renvoyer dos-à-dos, les militants et sympathisants qui entendent avec enthousiasme les solutions provinciales du PQ, de la CAQ, de QS et même du PLQ. Ces partis font diverses propositions tout à fait légitimes. Quant à moi, je préfère une action indépendantiste forte, organisée et dynamique, audible dès maintenant, plutôt que brimée dans l’antichambre du demi-pouvoir provincial, et entachée de bilans et de débats de gouvernance qui n’ont rien à voir avec elle.
Nic Payne
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


