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Voici une petite chose sans prétention dont je ne suis pas trop sûr de voir quels commentaires elle appelle. Mais bon…
Je m’étais mis en tête, voyez-vous, d’écrire une petite chronique d’été. Quelque chose de « léger », comme on dit. Pas capable. Désolé. Mais vous allez voir : j’ai essayé.
L’été amène sur nos écrans ce qu’on appelle les films « de pur divertissement » : ces films démolis par la critique, mais que nos enfants veulent absolument aller voir, comme Astérix aux Jeux Olympiques. Évidemment, on y va.
Mais un père responsable a aussi droit à sa récompense. Alors j’ai reloué l’autre jour L’Âge des ténèbres de Denys Arcand. J’en suis à mon troisième ou quatrième visionnement.
L’Âge des ténèbres avait été démoli par la critique parisienne, qui n’avait rien compris aux références québécoises. Et par la critique québécoise, qui attend que la première lui dise quoi penser.
Trop noir, trop cynique, trop désespéré, avait-on dit. Cela ne pardonne pas de nos jours.
De nos jours, voyez-vous, il faut être PO-SI-TIF, joyeux, avoir l’esprit festif et le rire libérateur. Sinon, hop, la thérapie.
Nous disons vouloir la vérité. C’est de la foutaise. Arcand nous présente un miroir. Nous n’aimons pas ce qu’on y voit. Alors c’est évidemment le miroir et celui qui le tient qui ont tort.
Dans le film d’Arcand, l’État est parfaitement incapable de régler notre vrai problème, qui est la perte de sens, l’absence de points de repère. Mais en même temps, nous nous tournons vers lui pour absolument tout.
La vie morne de Jean-Marc est réglée comme du papier à musique. Il voudrait croire en quelque chose, mais ne voit rien qui en vaille la peine. Jeune, il avait pourtant eu des idéaux.
Sa femme dégèle des bâtonnets de poisson à chaque souper, fait le chauffeur pour ses deux ados, a toujours son cellulaire à l’oreille, et se tient en forme avec son Stairmaster.
Et il faudrait en plus, se choque-t-elle, trouver du temps et de l’énergie pour parler et faire l’amour avec son mari ? La vie sexuelle de Jean-Marc se passe donc dans sa tête et dans le cabanon de son jardin.
Les deux filles de Jean-Marc vivent sur une autre planète puisqu’elles ont toujours leur MP3 dans les oreilles. Les mots « cool » et « wôôô » constituent les deux tiers de leur vocabulaire.
Sa mère se meurt dans un CHSLD parfaitement sinistre, entourée d’autres vieux en jaquette.
Jean-Marc croise d’autres désespérés qui s’évadent momentanément de leurs vies robotiques en participant à d’absurdes fins de semaine médiévales déguisés en chevaliers et en princesses.
Il exagère Arcand ? Regardez pourtant les fêtes du 400e de Québec, formidablement révélatrices du Québec d’aujourd’hui.
Ayons du fun en gang avec Sir Paul, nous dit-on, et, de grâce, ne chiquez pas la guenille avec vos maudites questions politiques sur le « sens » de la fête.
Depuis quand faut-il qu’un party ait un « sens » ? Vous ne voulez donc pas comprendre que nous sommes ici pour nous A-MU-SER ? Yo, man !
Au Moyen-âge, une poignée d’hommes travaillait à faire advenir la Renaissance. Elle arriva finalement.
À la fin du film, Jean-Marc pèle des pommes en regardant la mer. Il attend la Renaissance. Viendra-t-elle ?

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