Le prochain conseil national du Parti québécois, qui doit avoir lieu en fin de semaine prochaine, s’apprête à jeter aux poubelles une 2è fois le "projet de pays" adopté avec espoir et enthousiasme, y compris par Mme Pauline Marois et la plupart des députés actuels du parti, lors du XVè Congrès en juin 2005.
Cette décision est contraire aux statuts du Parti québécois puisque le conseil national n’a aucun pouvoir ni aucune juridiction pour défaire ce qui a été adopté lors d’un congrès. Seul un autre congrès peut le faire, car le congrès est l’instance suprême du parti (Article 92 des statuts). En vertu de l’article 106 de ces mêmes statuts, le conseil national peut adopter la plate-forme électorale du parti, mais sa seule juridiction est de le faire en adoptant des politiques qui visent à préciser et à compléter le programme et les engagement du parti. Or, en juin 2005, le Parti québécois, par son XVè Congrès, s’est engagé formellement à proposer à l’électorat québécois un "projet de pays" accompagné d’un cadre financier national. Voir à ce sujet le chapitre 1.2.3. du programme qui, soit dit en passant, est encore en vigueur.
Sous prétexte de vouloir faire disparaître du programme l’obligation de tenir un référendum le plus tôt possible lors d’un premier mandat, on en profitera pour faire disparaître, d’un même souffle, le chapitre 1.2.3 du programme et toutes les obligations qu’il comporte, de façon subreptice et par la porte d’en arrière. C’est la deuxième fois en moins de 2 ans qu’une telle manoeuvre aura lieu, car l’équipe d’André Boisclair avait fait la même chose lors de l’élection de 2007.
Au lieu de proposer à l’électorat un "projet de pays" concret et emballant, pour employer l’expression du député de Rousseau, François Legault — et j’espère qu’il s’en souviendra — voilà que le conseil national s’apprête à nous proposer, entre autres, une "conversation nationale sur la souveraineté", phrase aussi creuse, mais encore moins contraignante que la mythique "promotion de la souveraineté" qui a été le leitmotiv de ce parti pendant des décennies, avec le résultat que l’on connaît.
Que doit-on penser de gens qui ont peur de proposer à l’électorat ce qui constitue le coeur même de ce parti et qui cherchent toujours des portes de sortie pour éviter de mettre les vraies choses sur la table, tout cela dans le but de se faire élire à tout prix ?
Regardons les choses en face. Depuis la fondation de ce parti, on a eu "l’étapisme" de Claude Morin en 1974, le "rénérendum" de René Lévesque en 1981, le "beau risque" en 1984, "l’affirmation nationale" de Pierre-Marc Johnson en 1985, les "conditions gagnantes" de Lucien Bouchard en 2000-2002, la "conciliation famille-travail" en 2003, la "feuille de route provinciale" d’André Boisclair en 2007 et maintenant la "conversation nationale sur la souveraineté" de Mme Pauline Marois en 2008. À force d’ajouter de l’eau dans la soupe, elle finit par être carrément indigeste.
À ce rythme-là, on aura formé depuis 40 ans, plusieurs générations de politiciennes et politiciens dits "souverainistes la main sur le coeur" qui ont accumulé argent, gloire, honneur et privilèges sur le marché public en invoquant la "souveraineté" comme un fantasme. Et au fil du temps, tous les vrais militants de l’indépendance ont été écartés ou se sont écoeurés suscitant chez eux l’amertume, la colère et la tristesse.
Pierre Cloutier


