Commençons par clarifier une question subsidiaire. Est-ce que les militants de Québec solidaire se sont donné le mot pour participer à l’émission de Télé-Québec, “La Joute”, de vendredi dernier, pour faire gagner Françoise David à 44% ? C’est une question que je me suis posée suite à l’excellente performance des deux autres participantes Sophie Durocher (38%) et Sophie Cadieux (18%). Peut-être qu’un porte-parole pourrait me jurer que les membres de Québec solidaire n’ont pas faussé le vote en participant massivement à “La Joute” pour montrer que Françoise David, “c’est la meilleure” comme lui-même, d’ailleurs, s’est servi du site vigile.net pour démontrer que lui, il est le meilleur. C’est une question que je pose non une affirmation. Aux membres de Québec solidaire de répondre s’ils croient que je suis digne qu’ils entrent en dialogue avec moi.
Mais venons-en à mon commentaire sur la dernière prise de position de Françoise David sur le débat entre liberté de religion et égalité des sexes. Vigile.net a reproduit un texte paru sur le site de l’auteure. « Un accommodement c’est ce qui accommode sans incommoder autrui » dixit un ami.
Rappelons la prise de position de Françoise David sur la question du foulard islamique. Comme la Fédération des Femmes du Québec, elle est en faveur du port du foulard pour les femmes islamiques dans la fonction publique comme fonctionnaire, enseignantes, infirmières etc. Le Conseil du statut de la femme, Denise Bombardier, Louise Beaudoin, André Drouin s’opposent à cela au nom de la laïcité de l’Etat. La liberté de porter le foulard existerait pour favoriser l’intégration des musulmanes à la société québécoise, intégration qui serait faite, quel paradoxe, en sacrifiant une des valeurs de la société qui intègre, soit la laïcité. Vous vous intégrez en ayant un travail mais vous imposez un signe ostentatoire de votre religion contraire à la laïcité.
Vérifions si le principe mis de l’avant par Françoise David est, comme disent les sous-ministres, opérationnel. “Un accommodement, c’est ce qui accommode sans incommoder autrui.” Prenons le cas qui a été longuement discuté cette semaine à l’émission de Mongrain. Dans une école publique, une institutrice porte le foulard islamique. Elle enseigne à des petites filles de six ans. Elle leur explique que selon sa religion, elle n’a pas le droit par pudeur de montrer ses cheveux même à son papa. Une petite fille, troublée, explique cela à sa maman et lui demande pourquoi elle, elle peut montrer ses cheveux à son papa. La mère est outrée et explique longuement à Mongrain qu’elle est grandement incommodée par les questions que lui pose sa fille et par le fait qu’ayant sorti la religion catholique des écoles, on est en train d’y laisser entrer la religion musulmane.
Si j’applique le principe de Françoise David, le port du foulard de cette institutrice “n’accommode pas sans incommoder” et, par conséquent, cette institutrice devrait enlever immédiatement son foulard. Est-ce que je me trompe ? Il y a donc ici une contradiction entre le principe David et sa position sur la liberté donnée aux femmes musulmanes de porter le foulard dans la fonction publique.
Ce n’est pas une question d’accommodement, c’est une question de principe.
Quand Françoise David, d’une manière maternaliste, nous invite à ne pas nous énerver et s’en remet à des critères quantitatifs (il y a peu de cas de demandes de ce qu’elle appelle faussement des accommodements), elle fait de l’esquive. (Sur le quantitatif d’ailleurs, je fais remarquer qu’il y a peut-être plus de cas qu’on ne le pense et que nous ne connaissons pas.)
Elle conclut de la façon suivante :
“Ce qu’il faudrait ? Un véritable débat sur la laïcité suivi de l’adoption d’un texte, charte ou livre blanc, ou… Quelque chose de clair qui aide à tracer la ligne. Dans le plus grand respect, bien entendu de valeurs fondamentales telles que l’égalité entre les femmes et les hommes. Il faut l’exiger du gouvernement Charest !”
Sans doute. Mais, elle qui se réclame “bien entendu de valeurs fondamentales telles que l’égalité entre les femmes et les hommes”, croit-elle qu’un signe ostentatoire comme le foulard qui est un signe de l’infériorité de la femme musulmane par rapport à l’homme musulman doit être permis dans une fonction publique qui relève de l’Etat qui doit manifester sa neutralité par rapport aux religions ? Un débat n’enlèvera pas la contradiction qui marque les prises de position de Françoise David qui devrait s’amender avant que le Québec tout entier ne s’énerve de ses incohérences ou de ses esquives.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 18 octobre 2009

