« Je peux pas croire que tu sois si bas - Je peux pas croire que tu sois si rat - Faudrait que tu sois si bête - À semer du vent de cette force-là - Tu te prépares une joyeuse tempête - Peut-être bien que tu t'en aperçois pas » Gilles Vigneault
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La chanson française a peu d’avenir

« Ici ou en France, les jeunes, peu importe le style musical choisi, chantent en anglais », constate la responsable de la programmation du Festival d’été de Québec

jeudi 8 juillet 2010

La nouvelle responsable de la programmation du Festival d’été de Québec, Dominique Goulet.
Photo : Yan Doublet - Le Devoir

Isabelle Porter - Québec — Le Festival d’été de Québec (FEQ) qui débute aujourd’hui présente peu d’artistes francophones pour la simple et bonne raison que les groupes français et québécois sont de plus en plus nombreux à choisir l’anglais, signale la nouvelle responsable de la programmation Dominique Goulet.

Suffit de jeter un coup d’oeil à la programmation pour le constater, note-t-elle. Sur la poignée d’artistes français invités cette année, trois chantent en anglais : Caravan Palace (electro-swing), Hindi Zahra (world) et les Naive New Beaters (electro-rock). Cette tendance est encore plus manifeste du côté de la programmation québécoise puisqu’un grand nombre de groupes émergents chantent en anglais.

En effet, Clio and The Blues Highways (blues), Lucky Uke (pop), Jay & I (reggae), Bobby Bazini (pop), Collin Moore (folk), Besnard Lakes (indie-rock), Land of Talk (indie), Matos (électro) et Dance Laury Dance (rock) notamment ont tous choisi l’anglais. Quant au nouveau groupe de Tomas Jensen, Hombre, il se produit en espagnol. En excluant la musique instrumentale (jazz, électro, progressif), le volet anglophone compte pour environ la moitié du contenu québécois présenté au Festival.

« Il faut réaliser que la chanson française ne semble pas être la voie d’avenir, du moins pour l’instant », a expliqué Mme Goulet lors d’un entretien avec Le Devoir avant le début du Festival. « Est-ce que c’est la mort de la chanson d’expression française ? Non, pas nécessairement. Mais ce qu’on est en train de remarquer, que ce soit ici ou en France, c’est que les jeunes, peu importe le style musical choisi, chantent en anglais. »

Le Festival a été vertement critiqué en mai dernier pour le peu de place qu’il accorde à la chanson francophone dans sa programmation. Dans une lettre transmise à la ministre de la Culture, un groupe de 25 artistes et ténors souverainistes suggérait au gouvernement de retirer ses subventions à l’événement s’il n’offrait pas davantage de contenu francophone.

Les subventions du gouvernement du Québec comptent pour 8,6 % du budget du FEQ, en excluant toutefois les commandites des sociétés d’État comme Hydro-Québec, la SAQ et Loto-Québec.

« Pas de problème » avec les Francos

Consciente de s’aventurer sur un terrain miné, Mme Goulet ne prend pas position quant à savoir si cela est malheureux ou pas, mais les constats sont là. Qu’il s’agisse de reggae, de musique du monde, de punk ou de rock, « c’est une tendance qui est de plus en plus importante ». Or, ajoute-t-elle, « c’est peut-être un peu moins pire avec le hip-hop parce que c’est un style qui nécessite une plus grande maîtrise de la langue. »

Le Festival d’été n’est d’ailleurs pas le seul à être aux prises avec cette contrainte, dit-elle. « Je parlais avec Laurent Saulnier [vice-président à la programmation des FrancoFolies] récemment » et ce dernier aurait, lui aussi, une « certaine difficulté » à programmer du contenu de France... en français.

Dans le passé, M. Saulnier a déjà évoqué les difficultés à convaincre les artistes français de traverser l’Atlantique pendant l’été. Les tensions entre les deux festivals semblent par ailleurs être une chose du passé. « Nous avons une cohabitation très amicale. Je n’ai aucun problème avec les Francos. » Lorsqu’on lui rappelle qu’à l’époque où les Francos ont décidé de changer de dates, le Festival d’été avait dit craindre de perdre des artistes français, elle répond que les soucis sont ailleurs.

« Le problème avec les artistes français, c’est qu’ils préfèrent souvent rester en Europe parce qu’il y a une offre très imposante d’événements. Je sais que les Francos ont eu du mal à aller chercher certains artistes et ont eu un certain nombre de refus. Ils voulaient faire Jacques Dutronc et ça n’a pas fonctionné parce qu’il a décidé de rester de l’autre côté. Moi, j’ai voulu faire Charlotte Gainsbourg, qui elle aussi chante en anglais la plupart du temps, mais finalement, elle a décidé de tourner du côté européen. »

Âgée de 42 ans, Dominique Goulet signe cette année sa première programmation du FEQ après une bonne décennie consacrée à assister l’ancien directeur Jean Beauchesne, son « mentor ». Débarquée au Festival en 1994, elle dit avoir atteint ce poste prestigieux « par la méthode japonaise », soit en « gravissant les échelons, un après l’autre ».

Plus discrète et résolument moins verbomotrice que son prédécesseur, elle estime que le grand défi au Festival d’été est de concevoir une programmation « équilibrée ». « Je dois avoir fait environ 52 grilles de programmation en cours d’année », raconte-t-elle. « À un moment donné, il me manquait du francophone, j’avais trop de rock. » Il faut dans ces cas là, s’ajuster, explique-t-elle.

Or, c’est sur les Plaines que le casse-tête est le plus grand. Surtout si on veut y présenter des artistes francophones. Sur les onze têtes d’affiche des Plaines, seulement trois chanteront en français : le spectacle Les Chansons d’abord en ouverture, Lara Fabian le 10 et Gilles Vigneault le 14 juillet.

« Je me souviens d’un dîner avec des amis où je leur avais dit : "Je vous offre 100 $ si vous trouvez un artiste francophone qui pourrait remplir les Plaines" ». La question serait restée sans réponse et Mme Goulet a gardé son argent. « Il n’y en a pas beaucoup. Ce n’est pas parce qu’on n’en veut pas. »

Ainsi, les succès de foule des dernières années sur les Plaines ont leur « contrepartie », ajoute-t-elle. « On a beau avoir une offre francophone intéressante sur les autres sites, les gens ne les voient pas parce que toute l’attention va aux Plaines. »

Le Festival en quelques questions :

* La meilleure prise de Dominique Goulet : Rammstein. Le groupe culte de métal allemand présentera le 18 son grand « show de stade » sur les Plaines, une première à l’échelle de l’Amérique du Nord. On s’attend à une grosse machine, à des effets pyrotechniques impressionnants et probablement à la foule la plus imposante. Mais ils seront, selon elle, talonnés de près par le groupe pop Black Eyed Peas. - Le 18 juillet sur les Plaines.

* Sa meilleure prise en musique du monde ? Staff Benda Bilili de la République démocratique du Congo, un groupe défendu par le même agent que Konono # 1 et Taraf de Haïdouks. Les membres du groupe sont paraplégiques et vivent pratiquement dans les rues de Kinshasa. Leurs pratiques ont lieu au Jardin zoologique de Kinshasa. « C’est une leçon de vie extraordinaire et ça lève partout, peu importe l’auditoire. Une leçon de rock et de vie en même temps. » - Le 8 juillet à la place D’Youville

* Son pari le plus risqué ? Passion Pit, un groupe rock américain très populaire auprès des 18-20 ans. « C’est l’exemple type du groupe qui a vendu trois albums à Québec, mais qui pourrait attirer beaucoup de monde. Il y a vraiment un engouement pour eux en ce moment ». - Le 11 juillet au parc de la Francophonie

* La curiosité du programme ? : Yat Kha, un chanteur de la République de Touva près de la Mongolie. Sa voix gutturale est pour le moins déroutante. « C’est assez particulier. Ça fait des années que j’en entends parler. L’agent des disques Éthiopiques le fait tourner depuis très longtemps. Pour avoir une idée du phénomène, écoutez sa version de Black Magic Woman » : http://www.youtube.com/watch?v=q6DP1aFeHbs - Les 14 et 15 à la place D’Youville


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