Le problème central actuel du Québec est de savoir si le Québec accepte de disparaître, de se fondre dans la mer anglo-saxonne nord-américaine ou s’il décide de prendre sa place parmi les nations.
Le Québec passe par une période de profonde perplexité. On a l’impression qu’il ne sait plus ce qu’il veut, qu’il ne sait plus qui il est. Il ne s’intéresse pas à son histoire, c’est-à-dire à son identité, à lui-même. On nous dit qu’à Montréal, il est plus facile de gagner sa vie en anglais qu’en français. Certains soutiennent qu’il faudrait enseigner l’histoire et la géographie en anglais dans les écoles pour permettre aux Québécois de se fondre dans la grande masse nord-américaine. Relevez tout ce qui s’écrit et se dit dans les journaux et les divers médias sur le présent, le passé et l’avenir du Québec, et vous éprouverez une impression de désarroi indescriptible.
En soi, un débat est salutaire. Mais encore faut-il qu’il y ait un débat. Il ne faut pas confondre le débat avec un exercice de défoulement, ou des démarches de diversion. Pour qu’il y ait un débat entre deux personnes, il faut que l’on discute d’un même sujet. À plus forte raison si l’on parle d’un débat public, il faut que l’on s’entende sur le sujet de la discussion. Le problème central actuel du Québec est de savoir si le Québec accepte de disparaître, de se fondre dans la mer anglo-saxonne nord-américaine ou s’il décide de prendre sa place parmi les nations. Ce qui explique la confusion des discussions actuelles, c’est que les termes de ce débat ne sont pas formulés. Il n’y a personne qui formule le discours de l’indépendance qui permettrait de situer les questions et les problèmes que nous brassons de façon désordonnée et anarchique. Ce serait le rôle du Parti québécois de formuler ce discours et de le défendre, mais il oublie pourquoi il existe. Il s’est résigné au rapatriement unilatéral de la Constitution, au tripotage de la Loi 101 par la Cour suprême du Canada, au déménagement de l’aéroport de Mirabel à Toronto, au vol du dernier référendum, à la démolition de GM à Fabreville, et on pourrait allonger la liste indéfiniment. C’est pourquoi le débat actuel est faux, il est une fuite, une diversion. Loin d’être salutaire, l’exercice ressemble moins à une quête de liberté qu’à une capitulation tranquille.
Paul-Émile Roy