Vous avez vu la couverture du débat des chefs de La Presse au lendemain du 13 mars ? J’ai eu comme un léger haut-le-cœur en tournant les pages.
Je n’ai pas l’habitude de me procurer La Presse. Lire La Presse, ça me donne des maux de têtes. Mais cette fois, je me suis dit que ça en valait la peine ; je voulais voir la façon dont le débat apparaissait aux yeux des chiens de garde de la « démocratie » fédéraliste.
Alors je l’ai lue. En fait, je n’avais même pas besoin de la lire pour connaître la position officielle.
Commençons par la première page, la page A2 (la couverture étant relativement vide de contenu). Le premier titre, qui couvre le haut des pages A2 et A4, annonce le ton : « DUMONT ÉBRANLE CHAREST ». Je ne sais pas si, comme moi, vous avez vu les choses un peu différemment. Dumont, si ce n’est de sa manœuvre plutôt pitoyable d’accuser Charest grâce à un papier plus ou moins pertinent, est resté passablement hors piste. Il s’est fait avoir plusieurs fois, d’ailleurs sur le manque de chiffres dans son programme. Pourtant tout le monde pouvait prédire que la question ferait surface. De toute façon…
Ensuite, première photo, sur la page A2, montre un Boisclair avec un air confus placé derrière deux hommes décontractés et souriants. Derrière eux, avec le doigt pointé en l’air et le visage d’un homme abattu, Boisclair a l’air très « ti-cul ».
Deuxième titre : « Le chef de l’ADQ fier de son coup, le premier ministre fulmine ». Encore une fois, un référence au « grand coup » de Dumont, le papier sur la Concorde. Bon, ça fait déjà deux articles, sur le même page, qui traite du même sujet.
Le troisième titre entre dans le vif du sujet. En une nuit, ou plutôt une soirée, CROP a réussi à effectuer un sondage « scientifique » sur la performance des trois chefs. C’est ce qui permet le titre, en page A3 : « Boisclair le moins convaincant ». La méthodologie ? Rien de plus simple : « 328 entrevues téléphoniques effectuées hier soir entre 21h30 et 23h. Les personnes interrogées avaient toutes regardé le débat [!] des chefs à la télévision. D’un point de vue statistique, un échantillon de cette taille est précis à 6 points près, 19 fois sur 20. »
La Presse prend vraiment ses lecteurs pour une bande de débiles. Tout d’abord, les entrevues ont été effectuées à l’intérieur d’un laps de temps excessivement court : 1h30 ! Le nombre de personnes qui ont été sondées n’est que de 328 personnes ; ce qui, selon la note méthodologique, « est précis à 6 points près », ce qui n’est vraiment pas une marge négligeable, « 19 fois sur 20 ».
Or, comment CROP a pu procéder pour établir un échantillon REPRÉSENTATIF ? Car la marge d’erreur n’est valide QUE SI l’échantillon représente effectivement les différentes caractéristiques de la population : âge, sexe, religion, ethnie, circonscription ou lieu de résidence, langue maternelle, etc. Évidemment, CROP demeure muet sur le sujet. Le sondage, quant à lui, a vraisemblablement été biaisé.
Passons tout de suite à la page A5 (puisque la page A4 n’est qu’une immense publicité de Bell). Premier titre : « Le lapin dans le chapeau de Dumont ». Vous l’aurez deviné, il s’agit, pour la troisième fois, du fameux papier de Dumont sur le pont de la Concorde. Jamais deux sans trois, dit-on. Mais juste en dessous, « Le document de l’ADQ au cœur des conversations ». Eh oui, c’est bien le quatrième article portant sur le même sujet. Par souci d’objectivisme, bien entendu. Plus petit – et en moins important, par le fait même – on parle enfin d’un autre chef : « Les souverainistes vont rentrer au bercail, prédit Boisclair ». J’imagine que c’est ici qu’on abandonne la magnification de M. Dumont…
Page A6, sorte d’analyse-éclaire de la performance des trois chefs par une série d’inconnus. Passons, étant donné la futilité de l’exercice. Page A7, chronique de Vicent Marissal : « Mario en feu, Charest éteint ». J’ai l’impression – une légère impression – que l’organe médiatique de GESCA fait, pas du tout subtilement d’ailleurs, la promotion de l’ADQ. J’imagine que je suis un séparatiste paranoïaque et schizophrène, obsédé par la théorie du complot fédéraliste ; mais il me semble que tout est fait pour faire perdre le PQ.
À ce sujet, Alain Dubuc écrivait dans son éditorial qu’il ne faut pas comparer le débat des chefs à une joute de hockey ; il n’est pas possible d’établir hors de tout doute le gagnant. Par contre (cœurs sensibles, s’abstenir), Dubuc croit que le débat peut se comparer à (deuxième avertissement… respirez profondément) Star Académie ! Et que si on ne pouvait pas donner de gagnant, on peut certainement donner le perdant. À qui vous pensez ? Dubuc, lui, a tout de suite pensé à Boisclair. « Tout sauf le PQ »…
J’en peux plus, je ferme le journal, et je le recycle… Non. Je ne le recycle plus, tiens. Je le jette. Je dois le rendre à son habitat naturel, avec les siens. Les ordures pourront probablement l’apprécier à sa juste valeur…
