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La France : une société de castes
Nos cousins français déçus du Québec font partie des courageux qui ont voulu découvrir autre chose
Claude Herdhuin
Tribune libre de Vigile
mardi 11 décembre 2007      369 visites      1 message


Je viens de relire la préface de Pierre Bourdieu à La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré d’Abdelmalek Sayad, juste après avoir lu l’article Immigration – Les espoirs déçus de nos cousins français dans le journal La Presse d’aujourd’hui.

À une époque où la mondialisation n’a jamais été aussi forte et ce, dans tous les domaines, l’intolérance et la violence à leur paroxysme, les guerres et les menaces de guerre omniprésentes, force nous est de constater (si ce n’est déjà fait) que rien ne changera si nous n’acceptons pas notre responsabilité individuelle.

Dans sa préface à La double absence, Pierre Bourdieu nous parle de « … [la] solidarité avec les plus démunis [d’Abdelmalek Sayad] principe d’une formidable lucidité épistémologique, [qui] lui permettait de démonter ou de détruire en passant, sans avoir l’air d’y toucher, nombre de discours et de représentations communs ou savants concernant les immigrés ».

Malheureusement les Français n’ont rien appris de cette solidarité. Ils ne veulent rien remettre en cause et encore moins se remettre en cause. La France est un pays de certitudes et c’est ce qui lui a permis de fonctionner (plus ou moins bien selon les époques). Mais rien ne va plus quand on touche à ses certitudes. Les mouvements de grève actuels illustrent à merveille le mode de pensée français. La solidarité n’a rien à voir dans ce mouvement. Chacun lutte pour ses acquis et non pour le bien-être commun. La peur des fonctionnaires dont les régimes spéciaux sont menacés n’est pas tant de voir leur retraite diminuer que de passer à la classe sociale inférieure.

Contrairement à l’Amérique du Nord, la hiérarchie sociale joue en France un rôle prédominant. À Paris, les quinquagénaires d’aujourd’hui sont très souvent issus de la paysannerie pauvre. Leurs grands-parents ont quitté leur village qui ne pouvait pas les nourrir pour monter à Paris. À force de travail, ils ont pu acheter une petite maison, envoyer leurs enfants « aux études ». Ces derniers se sont transformés en petits cols blancs et ont donné naissance à nos petits cadres quinquagénaires qui regardent en tremblant les cheminots manifester dans la rue. Ils sont au-dessus de la mêlée mais ils se savent vulnérables. Un petit cadre est plus facile à remplacer qu’un ouvrier spécialisé.

C’est cette peur du déclassement social qui fait que les Français et leur gouvernement n’ont rien appris des événements de ces dernières années. Les violences urbaines de novembre 2005 ont pris naissance dans les cités. Deux ans plus tard, le même phénomène s’est reproduit. Les Français ont-ils essayé de comprendre pourquoi ? Les Parisiens sont-ils descendus dans la rue pour soutenir les gens des cités ? Les cadres quinquagénaires, qui n’ont pas l’excuse de ne pas avoir fait des études, ont-ils compris les causes de cette violence ? Ils préfèrent regarder, avec envie, vers le haut de l’échelle (vers le seizième et les beaux quartiers). Leur vision se limite à la caste supérieure, qu’ils respectent, et à la caste inférieure, qu’ils côtoient pour se rassurer. C’est réconfortant de savoir que son voisin de pallier a de la difficulté à payer ses charges.

Nos cousins français déçus du Québec font partie des courageux qui ont voulu découvrir autre chose. Mais le système de castes de l’hexagone ne leur avait pas permis d’approcher ces « ‘personnes déplacées’, dépourvues de place appropriée dans l’espace social et de lieu assigné dans les classements sociaux » que sont les immigrés. Ils se sont retrouvés sans repères et ont réalisé brutalement ce que c’est que de devoir se faire sa place dans un pays d’accueil (le Québec), pourtant plutôt accueillant. Ils étaient devenus des déclassés.

Claude Herdhuin

Auteure, scénariste (française immigrée au Québec depuis 20 ans)

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —



Vos commentaires:
  • La France : une société de castes
    11 décembre 2007, par Confirmation

    Soumis hier à LaPresse, ce texte peine à traverser le filtre :

    ON EST VRAIMENT DES ÉTRANGERS, ICI.

    J’ai perdu 3 ans de ma vie(Rodolphe Claret). Monsieur François Lubrina, qui vit au Québec depuis 35 ans aurait dû prévenir les immigrés français : Le Québec, ce n’est pas la France, c’est un pays conquis. Étrangers, comment pouvaient-ils s’attendre à autre chose : sur un autre continent. De plus, perdu 3 ans de sa vie. Il n’a pas été patient. Nous, Québécois de plusieurs générations, depuis 1759 ça nous fait bientôt 250 ans de perdus, à essayer de survivre en français, à se refaire une culture, une économie, à essayer de se faire un pays, sans la tutelle d’un Canada assimilateur, statistiques à l’appui, cette semaine. Maudit Français ? Je dis plutôt pauvre Français. Si vous aviez patienté encore quelques années, peut-être auriez-vous pu participer à notre naissance, sous le parapluie de l’UNESCO, en tant que patrimoine mondial en danger, la culture française en Amérique.


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