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L’ouverture au fédéralisme
André Pratte
Éditorial - La Presse
samedi 31 mars 2007


Les Québécois accueillent très favorablement le « fédéralisme d’ouverture » que pratique le premier ministre Stephen Harper. En témoigne la forte majorité de votes obtenue lundi dernier par les deux partis, le PLQ et l’ADQ, qui veulent saisir cette main tendue. Paradoxalement, les Québécois sont aujourd’hui moins ouverts que jamais au fédéralisme.

Le mot même, « fédéraliste », a acquis une connotation extrêmement négative. Au point où un ancien organisateur du Parti libéral fédéral déclarait cette semaine au Devoir que « le PLC doit mettre de côté son étiquette fédéraliste ». Si les militants québécois du parti de Laurier et de Trudeau n’osent plus se dire « fédéralistes », qui le fera ?

Mario Dumont refuse catégoriquement de se définir comme fédéraliste. Ce n’est pas seulement un choix stratégique. Une lecture attentive de sa plate-forme électorale révèle qu’en effet, les adéquistes NE SONT PAS fédéralistes. On n’y trouve aucune mention des avantages que comporte, pour le Québec, son appartenance au Canada ou à une fédération. Aucune vision non plus de ce que devrait être la fédération canadienne dans l’avenir, aucune ambition du rôle que devrait jouer le Québec dans cette évolution.

Pour les adéquistes, l’appartenance du Québec à la fédération canadienne n’est qu’un fait, pas nécessairement souhaitable mais incontournable en raison des résultats des référendums de 1980 et de 1995. Le message subliminal du programme de l’ADQ est le suivant : « Comme le Québec ne peut pas sortir du Canada, essayons au moins d’en tirer tout le profit possible. » Dans la vision adéquiste, le gouvernement du Québec est un « État autonome » (pas une province) qui négocie « d’égal à égal » avec Ottawa et qui se fiche de ce que peuvent faire ou penser les autres gouvernements provinciaux (d’où l’abolition du Conseil de la fédération).

Le Québec adéquiste est en position de revendication permanente à l’égard du reste du pays, puisque « naturellement » en quête d’une autonomie toujours plus grande. Sous l’ADQ, le Québec se doterait de sa propre constitution, vouée à faire concurrence à la canadienne. Les Québécois ne rempliraient qu’une déclaration d’impôt, une manière de diminuer encore plus la présence du gouvernement du Canada dans notre vie.

Les Québécois se reconnaissent d’emblée dans ce « s’affirmer sans se séparer ». Ils ne réalisent pas qu’une telle démarche mène à se séparer - dans les faits, pas politiquement - en s’affirmant. D’ailleurs, dans le premier document qui a mené à l’élaboration de la politique autonomiste de l’ADQ, on parle de la « vie autonome, séparée » que devrait mener le Québec au sein du Canada.

Au fil des chicanes et frustrations constitutionnelles, les Québécois, même les rares osant encore se dire fédéralistes, ont oublié qu’être membre d’une fédération, c’est plus que de ne pas s’en séparer. C’est partager des préoccupations, des ressources, des institutions. C’est aussi, en échange des avantages de ces mises en commun, au nom de l’ouverture à nos partenaires, consentir à des compromis.

S’ils ne retrouvent pas le sens réel du fédéralisme comme ils demandent au Canada anglais de le faire, les Québécois verront vite se braquer le fédéralisme d’ouverture qu’on leur offre aujourd’hui. Car pour durer, l’ouverture doit être réciproque.

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