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L’ortograf et nou
André Pratte
Éditorial - La Presse
jeudi 8 novembre 2007


Dans le débat sur l’identité québécoise qui a cours depuis plusieurs mois, on a parlé de voile, de kirpan, de crucifix, d’immigration, de francisation... de tout, sauf de la qualité du français que parlent et écrivent les Québécois de souche. Or, l’enquête de nos journalistes sur l’enseignement du français confirme une réalité maintes fois dénoncée dans le passé : les jeunes Québécois francophones ne maîtrisent pas leur langue maternelle.

L’« hécatombe orthographique » révélée à la une de La Presse d’hier ne trouve pas sa source seulement dans les programmes d’enseignement et dans la formation des maîtres. C’est, comme le disait Jean-Paul Desbiens (le « frère Untel ») dès la fin des années 50, un problème de « civilisation ». Les Québécois ont beau se montrer terriblement inquiets pour l’avenir de leur langue, ils ont beau intimer aux immigrants de l’apprendre dès leur arrivée chez nous, ils se soucient eux-mêmes fort peu d’en préserver la qualité. Et pourtant, si la langue qui en est le pilier est branlante, notre identité le sera tout autant.

« Le langage est le lieu de toutes les significations, écrivait M. Desbiens il y a un demi-siècle. Notre inaptitude à nous affirmer, notre refus de l’avenir, notre obsession du passé, tout cela se reflète dans le joual, qui est vraiment notre langue. »

Depuis, il y a eu la Révolution tranquille, les « nouveaux programmes » des années 70, les états généraux de l’éducation, la réforme pédagogique des années 90. Après tout cela, les états généraux sur la situation de la langue française concluaient en 2001 que la qualité de la langue était « la grande oubliée de la politique linguistique ». Selon toutes les enquêtes réalisées sur cette question, déplorait la commission présidée par Gérald Larose, « les jeunes Québécoises et Québécois ont de graves lacunes quant à la maîtrise du code linguistique. La persistance des déficiences en langue française, notamment en matière de code, tout au long des cycles d’enseignement, est inacceptable. »

Les États généraux recommandaient que le Québec mette en branle un « vaste chantier » visant l’amélioration de la qualité de sa langue nationale dans tous les secteurs d’activité. Une excellente idée... qui est restée en plan.

Ce que disait la commission Larose à l’époque reste vrai aujourd’hui, alors que les Québécois se montrent si préoccupés de préserver leur identité : « Le statut de la langue dépend de notre volonté de promouvoir ici, au Québec, un français de qualité. C’est à cette condition que les Québécoises et Québécois seront fiers de leur langue, qu’ils donneront le goût aux autres locuteurs de la parler (...) »

Ce ne sont pas les immigrants qui menacent l’identité québécoise (surtout que plusieurs d’entre eux parlent un meilleur français que bien des Québécois de souche). Ce n’est pas non plus le multiculturalisme, ou les marques de commerce en langue anglaise, ou la mondialisation. Le danger vient d’abord de notre négligence.

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