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Deux événements récents dans l’actualité m’ont poussé à me questionner sur l’importance accordée par le mouvement étudiant québécois à la survie du français, langue commune du Québec et principal symbole de son identité collective. D’abord, comme nous l’a annoncé récemment le réseau LCN, l’association étudiante de la faculté de droit de l’Université de Montréal a décidé en Assemblée générale de permettre la publication d’articles en anglais dans son journal étudiant. L’indifférence face à l’invasion de l’anglais affecte aussi le vocabulaire des associations étudiantes. Ainsi, la Coalition des forces étudiantes nationales, rassemblement de plusieurs associations étudiantes du Québec, a décidé de tenir une manifestation le 22 novembre dont le premier mot de son slogan, « Stoppons la hausse des frais ! Marchons pour l’Éducation », est un anglicisme. Ces faits ne constituent peut-être que des anecdotes. Mais s’il s’avérait en fait qu’ils ne représentent que la pointe de l’iceberg, ne serait-ce pas inquiétant ?
Le mouvement étudiant n’a pas toujours été si insouciant de l’avenir de la langue française en Amérique du Nord. Une recherche personnelle m’a permis d’en connaître un peu plus sur l’histoire des luttes étudiantes québécoises. En somme, lorsqu’on traite de l’importance accordée à l’affirmation nationale, c’est le jour et la nuit si on compare les associations étudiantes actuelles et celles des années soixante et soixante-dix. En fait, le nationalisme était autrefois au cœur du débat étudiant.
Lorsque lutte étudiante et lutte nationale ne faisaient qu’un
Tout a commencé en 1962. (Donald Gordon), président du Canadien National, refusait alors d’admettre des Canadiens français au sein de son conseil d’administration, ne les jugeant pas assez compétents. Cela poussa alors des centaines de jeunes à manifester afin de protester contre cette forme de discrimination.
Au début des années soixante, le Québec remplaça le Canada comme patrie des étudiants francophones. Ainsi, en avril 1964, plus de 4000 étudiants manifestèrent leur appui aux revendications autonomistes du gouvernement du Québec. En octobre, on organisa une manifestation contre la venue de la reine Élisabeth II à Québec, symbole malgré elle du colonialisme britannique. Enfin, en mars de l’année suivante, la Presse étudiante nationale (PEN) décida d’appuyer l’indépendance, deux ans avant que le Général de Gaulle ne vienne crier son célèbre « Vive le Québec libre ! » à une foule jeune et enthousiaste. Les étudiants québécois se dissociaient de plus en plus du Canada.
En 1968, plusieurs d’entre eux perturbèrent la fête de la Saint-Jean-Baptiste pour s’opposer à la présence de Pierre Elliott Trudeau, (alors) premier ministre du Canada. Lors de la Crise d’Octobre, certaines associations étudiantes votèrent même des appuis au Manifeste du FLQ ou débrayèrent pour demander comme les felquistes la libération des « prisonniers politiques ». Dix ans plus tard, lors de la campagne référendaire de 1980, l’Association nationale des étudiants du Québec se prononça en faveur du OUI. Enfin, le 16 octobre de la même année, 5000 personnes dont des étudiants participèrent à une manifestation de commémoration de la Crise d’Octobre.
Outre les luttes antidiscriminatoires et nationalistes, les étudiants s’impliquèrent aussi dans la lutte pour la préservation de la langue française. En 1968, 15 000 personnes manifestaient en faveur de la francisation de l’université McGill. Quelques mois plus tard, 30 000 personnes manifestaient dans la capitale pour s’opposer à l’adoption du Bill 63, qui donnait le libre-choix en matière d’enseignement. Les étudiants étaient bien sûr présents lors de ces deux manifestations. En octobre 1975, les étudiants des Hautes Études Commerciales (HEC) appelèrent leurs pairs à la manifestation contre la Loi 22. On sentait toutefois que le mouvement étudiant national commençait à se dissocier de la lutte pour la langue française. Ainsi, l’ANEQ s’opposa à la décision des HEC prétextant que cela séparerait les étudiants entre francophones et anglophones. Certains accusèrent alors sa direction d’être dominée par des communistes. L’ANEQ adopta toutefois lors d’un colloque sur la question nationale tenu en 1980 des propositions demandant notamment la construction de nouvelles universités francophones et du matériel pédagogique en français. Bref, une partie importante de l’énergie du mouvement étudiant était consacré à la lutte nationale.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Une petite recherche au sein des sites Internet de la FEUQ, de la FECQ et de l’ASSÉ m’a permis de constater que les trois associations étudiantes nationales actuelles n’avaient aucune revendication concernant la préservation de la langue française ou le statut du Québec au sein du Canada. C’est plutôt désolant considérant que la question nationale est au cœur de la scène politique québécoise et que la langue de Molière constitue le ciment qui lie les Québécois entre eux. Les associations étudiantes auraient avantage à formuler des revendications linguistiques. N’oublions pas qu’en vertu de la Charte de la langue française tout étudiant a droit à une éducation en français (article 6). Malheureusement, plusieurs semblent se limiter au droit à l’éducation point.
Pourtant, ce ne sont pas les problèmes qui manquent ! Par exemple, la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, première université francophone en Amérique, a décidé d’offrir un cours d’assurance entièrement en anglais. De plus, le collège Édouard-Montpetit, cégep pourtant francophone, souhaite offrir un DEC unilingue anglais.
Par ailleurs, alors que le débat sur les « accommodements raisonnables » fait rage, on ne saurait passer sous silence le fait que la moitié des allophones ayant fréquenté le réseau primaire et secondaire en français décide de continuer leurs études dans un cégep anglais. Enfin, il y a à peine quelques mois, la Cour d’appel du Québec a invalidé la Loi 104. Cette loi empêchait les non-anglophones d’« acheter un droit » pour fréquenter l’école anglaise. Selon Louis Bernard, si la Cour suprême confirme le jugement de la Cour d’appel, cela ouvrira une brèche qui sera fatale pour la Loi 101. Au fur et à mesure que de plus en plus de personnes inscriront leurs enfants à l’école anglaise, il se créera une pression sociale qui poussera tous ceux qui en ont les moyens de suivre la vague. Il y a de quoi s’inquiéter pour notre droit de recevoir dans notre langue l’enseignement que l’on nous accorde.
Bref, la jeunesse québécoise doit retrouver une partie des revendications des jeunes d’autrefois sans quoi elle se condamne à l’isolement national. Les associations étudiantes du Québec doivent se battre pour la préservation de la langue française. Voila une revendication qui, en ces temps de grèves et de manifestations, recevra assurément l’appui du peuple québécois.
Maxime Schinck
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