De retour au Québec d’où j’étais absente depuis le 3 mai, je viens de lire attentivement la lettre que vous m’écriviez, le 14 mai, et m’adressiez, via Vigile. Je vous envoie la mienne à la même adresse.
Que répondre qui ne vous heurterait pas, surtout qui ne vous désenchanterait complètement du Parti québécois auquel vous accordez encore votre confiance ? Je l’ignore. Ne militant actuellement dans aucun parti, ni mouvement, je ne me sens d’aucune manière autorisée à critiquer votre pensée et votre action. Or, le simple fait d’exposer ma vision du rôle du PQ dans notre lutte constitue en soi un désaveu de votre démarche.
En effet, toutes mes analyses et mon expérience du véritable combat m’amènent à conclure que le MSA, d’où est issu le PQ, a été le fossoyeur du mouvement indépendantiste dans ses premiers et puissants élans et que ce dernier n’a pas su, en 41 ans d’existence redonner au projet son véritable souffle, celui nécessaire à la mobilisation de tout un peuple pour mener victorieusement la lutte toujours difficile, parce que révolutionnaire, du renversement d’un système établi, en l’occurrence le système fédéral canadien.
Ce qui ne m’empêche pas, au moindre signe qu’il donne de sa volonté de réellement œuvrer à l’accession du Québec à l’indépendance, d’accorder au PQ le bénéfice du doute, tellement est grand mon espoir de le voir s’orienter clairement et fermement dans cette voie. Malheureusement, il me donne le plus souvent la preuve de son impuissance à s’y engager coûte que coûte, trop manifestement soucieux de prendre le pouvoir ou de le conserver. Ce qui serait légitime s’il s’en servait comme outil privilégié pour faire l’indépendance. Or, en démocratie, on exerce le pouvoir de la manière dont on le prend et le PQ ne l’a encore jamais pris en s’appuyant sur le projet indépendantiste et rien n’indique en ce moment qu’il se propose de le faire, lors de la prochaine élection. Donc...
À 74 ans, je demeure une rebelle qui pense que pour changer les situations qui doivent l’être, parce que sources de domination, d’exploitation et d’aliénation, il faut s’attaquer à leurs racines, les détruire et non essayer de seulement les améliorer. L’indépendance ne passe pas par l’exercice d’un bon gouvernement (étapisme) encore moins par la quête de l’approbation de l’ennemi (proposition d’association, de partenariat), surtout pas par le maintien du Québec dans la mouvance destructrice du néo-libéralisme (programme actuel du PQ), mais par la rupture radicale d’avec toutes les lois, règles et politiques qui régissent d’Ottawa la vie politique, économique et sociale au Québec, ce qui implique le choix de moyens de lutte non confinés à l’électoralisme.
Comme vous voyez, il est naturel que vous n’ayez pas beaucoup entendu mon discours, que même les Bourgault et autres Lévesque ont voulu étouffer, en leur temps, et sans cesse le PQ.
Néanmoins, comme l’indépendance est une nécessité et qu’on n’échappe pas, sous peine de mort, à la nécessité d’être ce qu’on est, c’est-à-dire de persister dans son être, je suis intimement convaincue que le peuple québécois la réalisera. Peut-être même de mon vivant, l’histoire étant faite de revirements brusques et inattendus. C’est mon espérance.
Avec l’expression de mon estime pour votre engagement.
Andrée Ferretti.
P.S. Cette lettre qui n’est qu’une lettre, énonce plusieurs propositions non développées. Elles le seront dans un prochain ouvrage retraçant mon parcours intellectuel, politique et littéraire.


